Acide acétylsalicylique
L'essentiel
Cette fiche traite l’aspirine dans son usage antalgique et antipyrétique, à forte dose. C’est la même DCI que l’aspirine cardio (acide acétylsalicylique), mais à des doses bien plus élevées et ponctuelles : à ces doses, l’aspirine est un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS), avec tous les risques de la classe (digestifs, rénaux, hémorragiques). Son usage antidouleur est aujourd’hui marginal en ville : le paracétamol, puis l’ibuprofène, lui sont préférés pour un meilleur profil de tolérance. Deux réflexes incontournables : jamais chez l’enfant fébrile (syndrome de Reye) et jamais à partir du 6e mois de grossesse. Disponible sans ordonnance, mais placée derrière le comptoir depuis 2020 (comme le paracétamol et l’ibuprofène) : la délivrance passe par le conseil du pharmacien.
Posologie
- Adulte (à partir de 50 kg) : 500 mg à 1 g par prise, à renouveler si besoin en respectant un intervalle d’au moins 4 heures, sans dépasser 3 g/jour en automédication. Les doses anti-inflammatoires (3 à 6 g par jour dans les rhumatismes) relèvent uniquement d’une prescription.
- Durée sans avis médical : 3 jours maximum en cas de fièvre, 5 jours maximum en cas de douleur. Au-delà, on réoriente vers le médecin.
- Enfant et adolescent : à ne pas utiliser en automédication, en particulier en cas de fièvre d’allure virale (risque de syndrome de Reye, atteinte hépatique et cérébrale rare mais grave). Réservé à des indications spécialisées encadrées ; en première intention chez l’enfant fébrile, c’est le paracétamol.
- Sujet âgé : 2 g par jour au maximum. Faible poids, antécédent d’ulcère, insuffisance rénale ou hépatique : prudence renforcée ; terrains où le risque digestif et rénal est majoré.
- Modalités de prise : de préférence au cours d’un repas pour limiter l’inconfort digestif ; les formes effervescentes et les sachets de poudre se prennent dans un grand verre d’eau.
À dose antalgique, l’aspirine est un AINS : risque d’irritation et de saignement digestif (parfois sans douleur), risque hémorragique majoré, risque rénal sur terrain fragile. Trois portes fermées à connaître : l’enfant ou l’adolescent fébrile (syndrome de Reye), la grossesse à partir du début du 6e mois (24 semaines d’aménorrhée, contre-indication formelle même pour une prise unique, comme tous les AINS), et le terrain à risque (antécédent d’ulcère, asthme ou réaction allergique à un AINS). Toujours vérifier qu’aucune aspirine cardio ni aucun autre AINS n’est déjà pris, pour ne pas cumuler.
Interactions
- Anticoagulants oraux (AVK, AOD) : association contre-indiquée aux doses anti-inflammatoires, et aux doses antalgiques en cas d’antécédent d’ulcère gastro-duodénal ; déconseillée dans les autres cas, comme avec une héparine à dose curative ou chez le sujet âgé. En pratique, pas d’aspirine antalgique chez un patient anticoagulé : on oriente vers le paracétamol. Antiagrégants plaquettaires (aspirine cardio, clopidogrel, ticagrélor) : addition nette du risque hémorragique, on ne les empile pas.
- Autres AINS (ibuprofène, etc.) : cumul du risque digestif et hémorragique, sans gain d’efficacité ; on n’associe pas deux AINS.
- Méthotrexate : l’aspirine freine son élimination et majore sa toxicité, notamment hématologique. Contre-indiquée dès la dose antalgique avec un méthotrexate à plus de 20 mg par semaine ; en dessous, association possible seulement sous surveillance de la numération sanguine. En automédication, chez un patient sous méthotrexate, on oriente vers le paracétamol.
- Corticoïdes : risque accru d’ulcère et de saignement digestif en association.
- Nicorandil : association déconseillée, risque majoré d’ulcération et d’hémorragie digestives. IEC, sartans, diurétiques : risque d’insuffisance rénale aiguë chez le patient déshydraté (fièvre, diarrhée, chaleur) et baisse de l’effet antihypertenseur ; si l’aspirine est retenue, faire boire et rester bref.
- Repère utile : chez un patient anticoagulé, asthmatique, avec antécédent d’ulcère ou insuffisant rénal, le paracétamol est l’antalgique à privilégier plutôt que l’aspirine.
Grossesse / allaitement
- Grossesse : à dose antalgique (à partir de 500 mg par prise), contre-indication formelle à partir du début du 6e mois (24 semaines d’aménorrhée), comme tous les AINS, même pour une prise unique : risque cardiopulmonaire et rénal grave pour le fœtus, pouvant aller jusqu’à la mort fœtale. Avant ce terme, on évite l’automédication et on oriente vers le médecin. À ne pas confondre avec la faible dose prescrite et suivie dans certaines indications obstétricales, qui relève d’un autre cadre.
- Allaitement : à éviter en prises répétées ou à forte dose (passage dans le lait) ; pour un besoin antalgique chez la femme qui allaite, orienter vers le paracétamol et l’avis médical.
Conseils de comptoir
- À dose antidouleur, l’aspirine est un AINS, pas un antalgique anodin : en première intention, on propose le paracétamol (meilleure tolérance, utilisable sur plus de terrains). L’aspirine antalgique est devenue un usage de second plan.
- Jamais chez l’enfant ou l’adolescent fébrile en automédication : le syndrome de Reye, rare mais grave, impose d’écarter l’aspirine et de doser le paracétamol au poids.
- Signaler tout signe de saignement digestif : selles noires, douleur ou brûlure de l’estomac, remontées acides persistantes ; un antécédent d’ulcère est un vrai point de vigilance.
- Antécédent d’asthme ou de réaction à un AINS (urticaire, œdème, gêne respiratoire) : l’aspirine peut déclencher le même type de réaction. Dans le doute, on n’engage pas l’automédication et on oriente.
- Vérifier qu’aucune aspirine cardio, aucun anticoagulant ni autre AINS n’est déjà pris : le cumul majore le risque de saignement.
- Médicament sans ordonnance mais placé derrière le comptoir depuis 2020 : c’est le moment du conseil pharmacien (terrain, durée, alternative).
Teste-toi
Mémo
À forte dose, l’aspirine est un AINS antalgique, aujourd’hui supplanté par le paracétamol. Trois portes fermées : enfant fébrile (Reye), grossesse dès le 6e mois (comme tout AINS, même une prise), terrain ulcère ou allergie AINS. Et le fil rouge de l’aspirine, quelle que soit la dose : ça saigne.
À voir aussi
Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) :
Références bibliographiques
- RCP Acide acétylsalicylique (formes antalgiques) (spécialité : ASPEGIC ADULTES 1000 mg), Base de données publique des médicaments (ANSM/HAS) Consulter (nouvel onglet)
- Thésaurus des interactions médicamenteuses, ANSM Consulter (nouvel onglet)
- Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), médicaments et grossesse / allaitement Consulter (nouvel onglet)
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