Médicaments de la goutte
La vidéo
Voix et visuels générés par IA, personnages fictifs.
Les chapitres (17)
- 0:00 Le cas de M. F. (lire à partir de ce passage)
- 0:27 La goutte et ses objectifs (lire à partir de ce passage)
- 1:04 La stratégie (lire à partir de ce passage)
- 1:36 La colchicine (lire à partir de ce passage)
- 2:24 Colchicine : une marge étroite (lire à partir de ce passage)
- 3:34 Cas pratique : colchicine + clarithromycine (lire à partir de ce passage)
- 4:14 AINS et corticoïdes (lire à partir de ce passage)
- 5:02 Le dernier recours : anti-IL-1 (lire à partir de ce passage)
- 5:43 Traitement de fond : la cible d'uricémie (lire à partir de ce passage)
- 6:34 Allopurinol (lire à partir de ce passage)
- 7:45 Cas pratique : éruption sous allopurinol (lire à partir de ce passage)
- 8:24 Fébuxostat, probénécide, rasburicase (lire à partir de ce passage)
- 9:29 Hygiène de vie (lire à partir de ce passage)
- 10:13 Retour chez M. F. (lire à partir de ce passage)
- 10:54 Orienter : rouge, orange, vert (lire à partir de ce passage)
- 11:43 Les 5 choses à retenir (lire à partir de ce passage)
- 12:32 Sources (lire à partir de ce passage)
Molécules de la famille : 3 molécules à cocher
L'essentiel
- La goutte est une arthrite microcristalline due à des cristaux d’urate. Elle évolue par accès aigus et peut devenir chronique.
- Deux volets : traiter l’accès goutteux, et corriger l’hyperuricémie pour éviter les récidives et l’arthropathie goutteuse.
- L’accès se traite dès les premières heures : colchicine, AINS ou corticoïde selon le terrain. En recours : un anti-interleukine 1 (canakinumab).
- À distance de l’accès : règles hygiéno-diététiques, prévention des crises par colchicine ou AINS, inhibiteur de la synthèse de l’acide urique (allopurinol, sinon fébuxostat), traitement des comorbidités.
- Cible du traitement de fond : uricémie < 300 µmol/L. Une hyperuricémie sans symptôme n’est pas une indication.
- La colchicine a une marge thérapeutique étroite : la diarrhée peut être le premier signe d’un surdosage.
- Certains médicaments élèvent l’uricémie : diurétiques, aspirine à faible dose au long cours, ciclosporine, tacrolimus, pyrazinamide, éthambutol.
Par classe ou par molécule
Colchicine
- Mécanisme : alcaloïde antimitotique. Dans la crise, elle freine l’action des polynucléaires sur les cristaux d’urate et limite l’acidification locale qui favorise leur précipitation.
- Place : 1re intention de l’accès goutteux (avec les AINS et les corticoïdes, selon le terrain), le plus tôt possible, dans les 12 premières heures.
- Repères de dose (posologie réduite actuelle) :
- accès, 1er jour : 1 mg, puis 0,5 mg une heure après ;
- jours suivants : 0,5 mg 2 à 3 fois par jour ; la durée suit l’évolution de l’accès ;
- prévention des crises : 0,5 à 1 mg par jour ;
- insuffisance rénale ou hépatique légère à modérée, sujet âgé : commencer à 0,5 mg par jour ; insuffisance rénale modérée : surveillance étroite, et 0,5 mg un jour sur deux en cas d’effet indésirable.
- Effets indésirables : diarrhée, nausées, vomissements peuvent être les premiers signes d’un surdosage : réduction de dose ou arrêt, sur décision du médecin. Plus rarement, atteinte sanguine : leucopénie, neutropénie, thrombopénie.
- Contre-indications : insuffisance rénale sévère (clairance < 30 mL/min), insuffisance hépatique sévère.
- Interactions :
- Contre-indiquées : macrolides sauf la spiramycine (par exemple clarithromycine), pristinamycine ;
- déconseillées : ciclosporine, vérapamil, antifongiques azolés, inhibiteurs de protéase boostés et autres inhibiteurs puissants du CYP3A4 ;
- précaution d’emploi : statines (surveillance musculaire, risque de rhabdomyolyse) ; antivitamines K (INR contrôlé plus souvent, pendant le traitement et 8 jours après) ;
- à éviter : les ralentisseurs du transit (lopéramide) et l’association fixe colchicine + tiémonium + opium, qui peuvent masquer la diarrhée.
AINS
- Place : option de 1re intention selon le terrain ; on y passe notamment si la colchicine est mal tolérée, inefficace ou contre-indiquée.
- Repères : sur une courte période, à dose forte les premiers jours, puis rapidement dégressive. La durée suit l’évolution de l’accès.
- À éviter : maladie cardiovasculaire sévère, et dès l’insuffisance rénale modérée.
Corticoïdes
- Place : une option selon le terrain, éventuellement quand la colchicine ne convient pas.
- Repères de dose : 30 à 35 mg par jour d’équivalent prednisone pendant 3 à 5 jours, ou injection intra-articulaire.
- Précautions : risque de récidive à l’arrêt. Non recommandés en cas de diabète de type 2 non contrôlé ou d’hypertension.
Canakinumab (anticorps anti-interleukine 1 bêta)
- Place : dernier recours. Réservé à l’adulte qui a fait au moins 3 crises dans l’année, quand la colchicine et les AINS sont contre-indiqués, mal tolérés ou insuffisants, et que des cures répétées de corticoïdes ne conviennent pas. Prescription réservée à certains spécialistes (rhumatologie, médecine interne, dermatologie, pédiatrie).
- Dose : une injection sous-cutanée de 150 mg. Pas de nouvelle injection si le patient n’a pas répondu ; au moins 12 semaines entre deux injections.
- Contre-indication : infection.
- Surveillance : numération formule sanguine.
Inhibiteurs de la synthèse de l’acide urique : règles communes
- Mécanisme : ils bloquent la xanthine oxydase.
- Indications : après des accès goutteux, ou en cas de tophus ou d’arthropathie goutteuse.
- Cible : uricémie < 300 µmol/L (50 mg/L), ou au moins < 360 µmol/L (60 mg/L) si 300 ne peut pas être atteint.
- Début : à distance d’une crise, jamais pendant. Au début, ils peuvent déclencher des crises (mobilisation des cristaux) : prévention par colchicine ou AINS à faible dose pendant au moins 6 mois.
Allopurinol
- Place : traitement de fond de 1re intention.
- Repères de dose : 100 mg par jour au départ, ou 50 mg si la fonction rénale l’impose, puis augmentation par paliers, en contrôlant l’uricémie, jusqu’à la cible, sans dépasser la dose maximale fixée par le RCP selon la clairance de la créatinine. Rythme des paliers : 2 à 4 semaines selon la SFR, 1 à 2 mois selon le RCP.
- Délais : effet maximal en 2 semaines ; à l’arrêt, l’uricémie revient à sa valeur antérieure en 10 jours.
- Effets indésirables : les troubles digestifs n’imposent pas l’arrêt. Une éruption cutanée peut annoncer un syndrome de Stevens-Johnson, de Lyell ou d’hypersensibilité : arrêt immédiat. Après une réaction grave, l’allopurinol n’est jamais repris.
- Facteurs de risque de réaction cutanée grave : insuffisance rénale, diurétique, forte dose, groupe HLA-B*58:01 (plus fréquent chez les patients d’origine chinoise Han, thaïe ou coréenne).
- Interactions :
- Contre-indiquées : azathioprine, mercaptopurine ;
- prudence : antivitamines K, théophylline.
Fébuxostat
- Place : 2e intention, en cas d’échec ou d’intolérance à l’allopurinol. Indiqué seulement s’il y a déjà eu un dépôt d’urate.
- Repères de dose : 80 mg une fois par jour, puis 120 mg si l’uricémie reste trop élevée après 2 à 4 semaines. Pas d’adaptation de dose en cas d’insuffisance rénale légère à modérée.
- Précautions : prudence en cas de maladie cardiovasculaire sévère (infarctus, AVC, angor instable). Arrêt immédiat en cas de réaction cutanée grave ou de choc anaphylactique.
- Interactions : avec l’azathioprine ou la mercaptopurine, association « non recommandée » selon le RCP.
Probénécide
- Mécanisme : uricosurique.
- Place : usage limité.
- Contre-indications : insuffisance rénale (clairance < 50 mL/min), lithiase urinaire, crise de goutte en cours, méthotrexate. Aspirine déconseillée.
Rasburicase
- En perfusion, elle prévient l’insuffisance rénale aiguë au cours de certaines chimiothérapies.
Grossesse et allaitement
- Colchicine : le traitement peut être poursuivi jusqu’à la fin de la grossesse si la pathologie le justifie, sauf dans l’indication péricardite aiguë idiopathique, où la colchicine est contre-indiquée pendant la grossesse du fait de l’association aux AINS (RCP Colchicine Opocalcium 1 mg). Allaitement possible sous colchicine seule, sans opium ni tiémonium ; en cas de diarrhée chez l’enfant, réévaluer la poursuite de l’allaitement (CRAT).
- Allopurinol : pendant la grossesse, à n’utiliser qu’en l’absence d’alternative plus sûre et lorsque la pathologie comporte elle-même des risques pour la mère ou l’enfant. Déconseillé pendant l’allaitement (RCP Zyloric 100 mg).
- Fébuxostat : ne doit pas être utilisé pendant la grossesse ni chez la femme qui allaite (RCP Adenuric 80 mg).
- AINS : toute prise, même ponctuelle, est contre-indiquée à partir du début du 6e mois de grossesse (24 semaines d’aménorrhée) ; avant, seulement en cas de nécessité absolue (RCP des AINS). Corticoïdes et canakinumab : se référer au RCP.
Conseils de comptoir
- Prendre la colchicine dès les premiers signes de crise, à la dose prescrite, sans jamais la dépasser.
- Consulter rapidement en cas de diarrhée, de nausées ou de vomissements sous colchicine.
- Ne pas délivrer de lopéramide ni d’autre ralentisseur du transit à un patient sous colchicine, ni lui conseiller un antispasmodique en cas de troubles digestifs : ils masqueraient les signes de surdosage.
- Vérifier chaque nouvelle ordonnance d’un patient sous colchicine : pas d’autre médicament contenant de la colchicine, pas de macrolide (sauf la spiramycine), pas de pristinamycine ; appeler le prescripteur devant un inhibiteur puissant du CYP3A4.
- Prendre l’allopurinol après le repas, avec un grand verre d’eau, et au long cours, même quand l’uricémie est normalisée.
- Prévenir que le traitement de fond peut déclencher des crises au début, d’où la colchicine préventive ; en cas de crise, ne pas arrêter l’allopurinol ou le fébuxostat : la crise se traite en parallèle.
- Faire examiner sans délai par un médecin toute éruption sous allopurinol ou fébuxostat, surtout avec de la fièvre ; appeler le 15 en cas de bulles, de décollement de la peau ou de lésions dans la bouche.
- Pendant la crise : mettre l’articulation au repos, appliquer du froid local, prendre un antalgique comme le paracétamol ; pas d’aspirine contre la douleur, mais ne pas arrêter une aspirine à faible dose prescrite pour le cœur.
- Perdre du poids en cas de surpoids, réduire l’alcool (surtout la bière), limiter les aliments riches en purines (abats, gibier, charcuterie, poissons gras, crustacés), éviter les boissons sucrées.
- Boire suffisamment d’eau.
- Repérer les médicaments qui élèvent l’uricémie, sans les arrêter, et penser aux comorbidités : obésité, diabète, dyslipidémie, hypertension, maladies cardiovasculaires et rénales.
Orienter : rouge, orange, vert
Rouge, sans délai
Une éruption sous allopurinol ou fébuxostat, surtout avec de la fièvre ; le 15 si bulles, décollement de la peau ou lésions des muqueuses. Ou, sous colchicine, une diarrhée avec vomissements, fièvre ou grande faiblesse.
Orange, on appelle le prescripteur
Une diarrhée sous colchicine ; la colchicine avec un macrolide (sauf la spiramycine), qu’on ne délivre pas, ou avec un inhibiteur puissant du CYP3A4 ; l’allopurinol avec l’azathioprine.
Vert, on conseille
La colchicine dès les premiers signes de crise, l’allopurinol après le repas et au long cours, moins d’alcool et de purines, assez d’eau ; on repère, sans les arrêter, les médicaments qui élèvent l’uricémie.
Les 5 choses à retenir
- Colchicine : la diarrhée peut être le premier signe de surdosage. On ne la bloque pas : on prévient le médecin.
- Colchicine : jamais avec la clarithromycine, ni avec les autres macrolides, sauf la spiramycine.
- Allopurinol : une éruption, surtout avec de la fièvre, impose l’arrêt et un avis médical sans délai ; après une réaction grave, jamais de reprise.
- Le traitement de fond se prend au long cours, avec une cible d’uricémie, et une prévention des crises par colchicine au début.
- Hygiène de vie : moins d’alcool, moins de purines, perte de poids. Et on repère les médicaments qui élèvent l’uricémie.
Teste-toi
Moyens mnémotechniques
Règle chiffrée · Posologie de la colchicine
1, puis ½ une heure après
Dans l’accès, 1er jour : 1 mg, puis 0,5 mg une heure plus tard (soit 1,5 mg ce jour-là) ; ensuite 0,5 mg 2 à 3 fois par jour. Tout schéma à 3 mg le premier jour est dépassé.
Image · Signal de surdosage
Le lopéramide coupe l'alarme, pas le feu
Sous colchicine, la diarrhée est l’alarme (premier signe possible de surdosage). La bloquer avec un ralentisseur du transit, ou avec l’association colchicine + tiémonium + opium, masque le danger sans le traiter. On prévient le médecin.
Acronyme · Interactions de la colchicine
Macrolides : S comme Sauf
Avec la colchicine, la pristinamycine et tous les macrolides sont contre-indiqués, sauf la Spiramycine.
Règle chiffrée · Cible d'uricémie
300 la cible, 360 le plafond
Uricémie visée sous 300 µmol/L ; au minimum sous 360 µmol/L si 300 ne peut pas être atteint.
Les molécules de la famille
Chaque molécule garde le même état que sur sa fiche et dans le jeu Réflexe DCI.
- Allopurinol
- Fébuxostat
- Colchicine (+ tiémonium + opium)association fixe colchicine, tiémonium, opium : à éviter dans la goutte
À voir aussi
Les fiches médicament citées :
- Clarithromycine (contre-indiquée avec la colchicine)
- Spiramycine (seul macrolide possible avec la colchicine)
- Pristinamycine (contre-indiquée avec la colchicine)
- Vérapamil (déconseillé avec la colchicine)
- Lopéramide (à éviter sous colchicine)
- Paracétamol (antalgique pendant la crise)
- Acide acétylsalicylique (aspirine à faible dose pour le cœur)
- Acide acétylsalicylique (à éviter dans la crise)
- Prednisone (référence des doses de corticoïdes)
Les autres fiches famille :
Sources
- Médicaments 2026-2027, Elsevier Masson, section V, item 21 « Médicaments de la goutte », p. 139-141
- Société française de rhumatologie : recommandations 2020, crises de goutte. Latourte A et al., Joint Bone Spine 2020;87(5):387-93 Consulter (nouvel onglet)
- Société française de rhumatologie : recommandations 2020, traitement hypo-uricémiant. Pascart T et al., Joint Bone Spine 2020;87(5):395-404 Consulter (nouvel onglet)
- Société française de rhumatologie : recommandations 2020 pour la prise en charge de la goutte, version française (Revue du Rhumatisme 2020) Consulter (nouvel onglet)
- Société française de rhumatologie : recommandations 2020 pour la prise en charge de la goutte, version française, second article (Revue du Rhumatisme 2020) Consulter (nouvel onglet)
- ANSM : Intoxications graves à la colchicine, rappel des règles de bon usage (29/06/2022) Consulter (nouvel onglet)
- ANSM : Thésaurus des interactions médicamenteuses, version du 15/09/2023 (dernière version ; les RCP font désormais référence) Consulter (nouvel onglet)
- EULAR : 2016 updated recommendations for the management of gout. Ann Rheum Dis 2017;76:29-42 Consulter (nouvel onglet)
- RCP des spécialités citées (colchicine, allopurinol, fébuxostat, canakinumab), base de données publique des médicaments et EMA Consulter (nouvel onglet)
- ANSM : Prise en charge par colchicine de la goutte, une nouvelle posologie plus faible et un message d'alerte sur les boîtes pour réduire le risque de surdosage (10/10/2023) Consulter (nouvel onglet)
- RCP Colchicine Opocalcium 1 mg (mis à jour le 19/12/2025) Consulter (nouvel onglet)
- RCP Zyloric 100 mg (mis à jour le 12/12/2024) Consulter (nouvel onglet)
- RCP Adenuric 80 mg et 120 mg (EMA) Consulter (nouvel onglet)
- RCP Santuril 500 mg (mis à jour le 19/07/2023) Consulter (nouvel onglet)
Contenu pédagogique destiné aux professionnels de santé et aux étudiants. Ne remplace ni le RCP ni l’avis médical.
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