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Antiémétiques

Anti-D2 (dompéridone, métoclopramide, métopimazine) · antihistaminiques H1 · scopolamine · sétrons · pitants · corticoïdes

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Molécules de la famille : 5 molécules à cocher

L'essentiel

  • Les antiémétiques prennent en charge les nausées et les vomissements, en traitement préventif ou symptomatique.
  • Le traitement dépend d’abord de la cause : chimiothérapie ou radiothérapie, période postopératoire, mal des transports, migraine, anxiété, stase gastrique, hypercalcémie.
  • Chimiothérapie : le choix suit le pouvoir émétisant de la molécule. Les sétrons (anti-5-HT3) sont la pierre angulaire, associés à un corticoïde et parfois à un anti-NK1.
  • Mal des transports : un antihistaminique H1 ou la scopolamine en patch. Migraine : métoclopramide (avec ou sans aspirine), dompéridone ou métopimazine.
  • Anxiété : aide psychologique, et parfois une benzodiazépine. Stase gastrique : réduire le volume des repas et des boissons. Hypercalcémie : traiter l’hypercalcémie.
  • Les anti-D2 exposent à des effets cardiaques graves et à des troubles neurologiques : ils ne se justifient que si les vomissements risquent d’entraîner des complications ou sont très gênants.
  • Terrains à risque : sujet âgé, enfant, parkinsonien, grossesse.

Par classe ou par molécule

Stratégie selon la cause : chimiothérapie et postopératoire

  • Pouvoir émétisant de la chimiothérapie : élevé (cisplatine), modéré (oxaliplatine, carboplatine), faible (docétaxel, paclitaxel).
  • Postopératoire : pas de traitement si le risque est faible ; anti-5-HT3 en monothérapie s’il est modéré ; au moins deux classes associées parmi anti-5-HT3, corticoïde et anti-D2 s’il est élevé.

Les anti-D2 : vue d’ensemble

  • Molécules : cinq anti-D2 en France, dompéridone, métopimazine, métoclopramide, dropéridol et halopéridol. L’alizapride n’est plus commercialisé en France (comprimés arrêtés le 25/11/2019, forme injectable arrêtée le 06/03/2026).
  • Mécanisme : blocage des récepteurs D2 de la zone gâchette (area postrema, située en dehors de la barrière hémato-encéphalique) et du tube digestif, d’où un effet prokinétique.
  • Action centrale : la dompéridone agit surtout en périphérie (la glycoprotéine P la rejette hors du cerveau). Action centrale faible pour le métoclopramide et la métopimazine, forte pour l’halopéridol et le dropéridol.
  • Effets indésirables de classe : cardiaques graves (arythmies, allongement du QT, torsades de pointes, morts subites) et troubles neurologiques.
  • Indications retirées : la dompéridone et le métoclopramide n’ont plus d’AMM dans le reflux gastro-œsophagien, la gastroparésie, la dyspepsie ni la stimulation de la montée laiteuse.
  • Sujet âgé : utilisation à éviter.
  • Enfant : pas de dompéridone avant 12 ans ni sous 35 kg. Métoclopramide contre-indiqué avant 1 an, puis réservé à la seconde intention, après une chimiothérapie ou une chirurgie.

Dompéridone

  • Place : migraine ; seul anti-D2 utilisable chez le parkinsonien, à la dose la plus faible, sur une courte durée et sous surveillance.
  • Dose : 30 mg par jour au maximum, 7 jours au maximum. À éviter chez le sujet âgé.
  • Effets indésirables : allongement du QT ; hyperprolactinémie (galactorrhée, gynécomastie, aménorrhée). Effets extrapyramidaux très rares.
  • Contre-indications : prolactinome · hémorragie, obstruction ou perforation digestive · insuffisance hépatique modérée ou sévère · QT long, bradycardie, troubles électrolytiques importants (hypokaliémie, hyperkaliémie, hypomagnésémie) ou maladie cardiaque comme l’insuffisance cardiaque · phéochromocytome.
  • Interactions :
    • CI : les autres médicaments qui allongent le QT (par exemple citalopram, escitalopram, amiodarone, sotalol, érythromycine, méthadone), sauf l’apomorphine sous conditions ;
    • CI : les inhibiteurs puissants du CYP3A4, comme les antifongiques azolés, la clarithromycine ou les antiprotéases.

Métoclopramide

  • Place : migraine ; grossesse (voir plus bas).
  • Dose : 30 mg ou 0,5 mg/kg par jour au maximum, 5 jours au maximum.
  • Effets indésirables : syndrome extrapyramidal, somnolence, dépression, allongement du QT, méthémoglobinémie.
  • Contre-indications : maladie de Parkinson · antécédent de dyskinésie tardive · phéochromocytome · hémorragie, occlusion ou perforation digestive · épilepsie · enfant de moins de 1 an.
  • Interactions : CI avec la lévodopa et tous les dopaminergiques (il s’oppose à l’effet de la lévodopa et peut aggraver la maladie de Parkinson).
  • Surveillance : mouvements anormaux (dystonie aiguë, crise oculogyre) en début de traitement, surtout chez l’enfant et l’adulte jeune, parfois dès la première prise : arrêt immédiat et avis médical. Avec la métopimazine, ces effets sont très rares.

Métopimazine

  • Mécanisme : anti-D2 avec des effets anticholinergiques.
  • Place : migraine. À éviter chez l’enfant.
  • Durée maximale : 5 jours sur prescription. Sans ordonnance (Vogalib et génériques « Conseil ») : nausées et vomissements sans fièvre, 2 jours au maximum sans avis médical, 30 mg par jour au maximum chez l’adulte.
  • Contre-indications : risque de glaucome à angle fermé · risque de rétention urinaire liée à la prostate.

Antihistaminiques H1 du mal des transports

  • Molécules : diphénhydramine, diménhydrinate, méclozine.
  • Effets indésirables : sédation, somnolence, effets atropiniques.
  • Contre-indications : glaucome à angle fermé · risque de rétention urinaire.

Scopolamine en patch

  • Durée d’action : protection pendant 72 h.
  • Contre-indications : enfant de moins de 15 ans.
  • Sujet âgé : effets centraux possibles, confusion et hallucinations (RCP) ; dans ce cas, retirer le patch et prévenir le médecin.

Sétrons (anti-5-HT3)

  • Molécules : ondansétron, granisétron, palonosétron.
  • Effets indésirables : céphalées, constipation, élévation des transaminases ; allongement du QT pour l’ondansétron et le granisétron.
  • Interactions :
    • CI : apomorphine, avec tous les sétrons (risque d’hypotension sévère et de perte de connaissance) ;
    • prudence : médicaments sérotoninergiques ;
    • ondansétron + tramadol : le tramadol perd de son effet antalgique, et l’ondansétron de son effet antiémétique.

Pitants (anti-NK1)

  • Molécules : aprépitant, nétupitant.
  • Place : prévention des vomissements aigus et retardés.
  • Interactions de l’aprépitant (CYP3A4 et CYP2C9) :
    • il diminue l’efficacité de toute contraception hormonale, pas seulement de la pilule. Le RCP demande une contraception non hormonale pendant le traitement et pendant les 2 mois qui suivent la dernière prise (RCP Emend, EMA, rubrique 4.4) ;
    • il impose de surveiller l’INR sous AVK. Avec la warfarine, le RCP demande une surveillance étroite de l’INR pendant le traitement et pendant 14 jours après chaque cure de 3 jours (RCP Emend, EMA, rubrique 4.4) ;
    • il oblige à réduire les corticoïdes : dose de dexaméthasone divisée par deux.

Corticoïdes (adjuvants)

  • Ils renforcent les antiémétiques. En chimiothérapie : avec l’anti-5-HT3 contre les vomissements aigus, et contre les vomissements retardés, si le risque est modéré ou élevé.

Benzodiazépines

  • Vomissements anticipés, ceux qui surviennent avant la cure de chimiothérapie.

Grossesse et allaitement

  • Nausées et vomissements de la grossesse non compliqués : en première intention, doxylamine (seule ou associée à la pyridoxine) ou métoclopramide.
  • En cas d’échec : l’ondansétron peut se discuter, de préférence après 10 semaines d’aménorrhée (CRAT 2024).
  • Métoclopramide : utilisable si nécessaire, mais à éviter en fin de grossesse (risque de syndrome extrapyramidal chez le nouveau-né).
  • Dompéridone : à éviter chez la femme enceinte ; seulement si le bénéfice le justifie.
  • Nausées sans lien avec la grossesse, chez une femme enceinte : métoclopramide, dompéridone ou métopimazine, avec prudence. L’association doxylamine + pyridoxine n’a pas été évaluée dans ce cas.
  • Allaitement : dompéridone au cas par cas ; antihistaminiques H1 du mal des transports à éviter.

Conseils de comptoir

  • Chercher la cause des nausées avant de proposer un antiémétique ; orienter vers un médecin dans la journée si les vomissements durent plus de 2 jours, s’accompagnent de fièvre, ou touchent un nourrisson de moins de 3 mois ou un patient immunodéprimé.
  • Repérer le terrain avant tout anti-D2 : âge, maladie de Parkinson, cœur, enfant, traitements en cours.
  • Rappeler la règle des anti-D2 : la dose la plus faible, la durée la plus courte.
  • Respecter 6 h entre deux prises de métoclopramide, même si la dose a été vomie.
  • Vérifier l’ensemble des ordonnances avant de délivrer de la dompéridone : aucun médicament qui allonge le QT, aucun inhibiteur puissant du CYP3A4.
  • Prévenir que des palpitations, des difficultés à respirer ou une perte de connaissance sous dompéridone imposent l’arrêt du traitement et un avis médical sans attendre.
  • Ne pas délivrer une association contre-indiquée : appeler les prescripteurs.
  • Rappeler qu’un médicament prescrit à un proche ne se partage pas.
  • Prévenir que les antihistaminiques H1 et la scopolamine font dormir (attention à la conduite, scopolamine déconseillée au conducteur) ; déconseiller l’alcool et rester prudent avec les autres sédatifs.
  • Vérifier l’âge minimal de la spécialité antihistaminique chez l’enfant (par exemple, diphénhydramine dès 2 ans).
  • Rester attentif aux demandes répétées de diménhydrinate ou de diphénhydramine (détournement récréatif possible).
  • Vérifier l’absence de glaucome à angle fermé et de risque de rétention urinaire avant un antihistaminique H1, la scopolamine ou la métopimazine.
  • Expliquer la pose du patch de scopolamine : derrière l’oreille, 6 à 12 h avant le départ, se laver les mains après la pose et après le retrait, retirer le patch à la fin du voyage et avant une IRM ou un scanner ; prévenir que les effets persistent plus de 12 h après le retrait.
  • Refuser la scopolamine avant 15 ans et appeler le prescripteur pour une alternative adaptée à l’âge.
  • Prévenir une patiente sous aprépitant que sa contraception hormonale devient moins efficace ; signaler un traitement par AVK (INR à surveiller).
  • Faire arrêter immédiatement l’anti-D2 et appeler le 15 devant une fièvre avec rigidité musculaire et troubles de la conscience (syndrome malin des neuroleptiques possible).

Orienter : rouge, orange, vert

Rouge, sans délai (le 15)

Fièvre, rigidité musculaire et troubles de la conscience sous anti-D2. C’est peut-être un syndrome malin des neuroleptiques : le 15. Même réflexe devant des vomissements avec signes de déshydratation, sang dans les vomissements, raideur de la nuque, troubles de la conscience, douleur abdominale intense, douleur thoracique ou après un choc à la tête.

Orange, on appelle le prescripteur

Un anti-D2 chez un parkinsonien, chez un enfant ou chez un sujet âgé ; la dompéridone avec un médicament qui allonge le QT ou un inhibiteur puissant du CYP3A4 ; la scopolamine avant 15 ans.

Vert, on conseille

La durée la plus courte, la dose la plus faible, pas d’alcool avec les antihistaminiques, et le bon moment pour poser le patch (6 à 12 h avant le départ).

Les 5 choses à retenir

  1. Anti-D2 : dose minimale, durée la plus courte (7 jours au maximum pour la dompéridone, 5 pour le métoclopramide).
  2. Le cœur : la dompéridone, jamais avec un médicament qui allonge le QT, ni avec un inhibiteur puissant du CYP3A4.
  3. Parkinson et lévodopa : pas de métoclopramide.
  4. Chez l’enfant, pas de dompéridone, et le métoclopramide seulement en seconde intention, après 1 an. Et chez le sujet âgé, on les évite.
  5. Mal des transports : les antihistaminiques font dormir, et la scopolamine, c’est à partir de 15 ans.

Teste-toi

Question 1 / 5
Un patient de 52 ans te tend deux ordonnances de deux médecins différents : de la clarithromycine pour une infection, et de la dompéridone pour des nausées. Tu délivres les deux ?
Non. L'association est contre-indiquée : la clarithromycine inhibe fortement le CYP3A4, la dompéridone s'accumule et le risque de troubles du rythme augmente ; en plus, la clarithromycine allonge elle-même le QT. Tu ne délivres pas l'association et tu appelles les prescripteurs. En général, c'est l'antiémétique qui change, pas l'antibiotique.

Moyens mnémotechniques

  • Règle chiffrée · Doses et durées des anti-D2

    30, 7 et 5

    La dose et la durée maximales des anti-D2. Dompéridone : 30 mg par jour, 7 jours. Métoclopramide : 30 mg ou 0,5 mg/kg par jour, 6 h entre deux prises, 5 jours. Métopimazine : 5 jours sur prescription.

  • Acronyme · Interactions de la dompéridone

    Les deux C de la dompéridone : Cœur et Cytochrome

    Les deux contre-indications d’interaction de la dompéridone. Cœur : les médicaments qui allongent le QT (sauf l’apomorphine, sous conditions). Cytochrome : les inhibiteurs puissants du CYP3A4 (antifongiques azolés, clarithromycine, antiprotéases). La clarithromycine coche les deux cases.

  • Image · Mécanisme et Parkinson

    La dompéridone reste à la porte du cerveau, le métoclopramide entre

    La glycoprotéine P rejette la dompéridone hors du cerveau (action surtout périphérique, effets extrapyramidaux très rares) : c’est le seul anti-D2 utilisable chez le parkinsonien, à faible dose, sur une courte durée, sous surveillance. Le métoclopramide passe dans le cerveau : syndrome extrapyramidal et contre-indication dans la maladie de Parkinson, avec la lévodopa et les dopaminergiques. Attention : « à la porte du cerveau » ne veut pas dire sans risque, le risque de la dompéridone est cardiaque.

  • Phrase · Signal d'alerte

    Chaud, raide, confus : le 15

    Les trois signes du syndrome malin des neuroleptiques sous anti-D2 (fièvre, rigidité musculaire, altération de la conscience). Conduite : arrêt immédiat et appel du 15.

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Sources

  • Médicaments 2026-2027, Elsevier Masson, section V, item 37 « Médicaments antiémétiques », p. 216-221 (figure 37.1, tableaux 37.1 et 37.2)
  • HAS, Fiche BUM « Médicaments antiémétiques dans le traitement symptomatique des nausées et des vomissements » (mise à jour du 17/11/2022) Consulter (nouvel onglet)
  • CRAT, Antiémétiques et grossesse (mise à jour du 17/12/2024) Consulter (nouvel onglet)
  • ANSM, Thésaurus des interactions médicamenteuses, version du 15/09/2023 (dernière version ; les RCP font désormais référence) Consulter (nouvel onglet)
  • RCP des spécialités citées (dompéridone, Primpéran, Vogalène, Scopoderm…), Base de données publique des médicaments Consulter (nouvel onglet)

Contenu pédagogique destiné aux professionnels de santé et aux étudiants. Ne remplace ni le RCP ni l’avis médical.

Fiche publiée le 7 octobre 2026
Sous la responsabilité éditoriale de Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie · La Juste Dose Pharma
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

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