Halopéridol
L'essentiel
Neuroleptique « classique » de référence, antagoniste dopaminergique D2 puissant. Indiqué dans les états psychotiques aigus et chroniques (schizophrénie, troubles schizo-affectifs), certains délires, les épisodes maniaques, l’agitation psychomotrice et l’agressivité (notamment dans certaines démences), ainsi que les tics de la maladie de Gilles de la Tourette. En soins palliatifs, il reste très utilisé à faible dose pour les nausées rebelles et le délire ou l’agitation de fin de vie, mais ces usages sont hors AMM (recommandations de pratique). Les solutions buvables en gouttes permettent un ajustement fin de la dose.
Posologie
- Adulte : posologie très variable selon l’indication et la sévérité, ajustée progressivement par le prescripteur ; on cherche la dose minimale efficace. Toujours se référer à l’ordonnance et au RCP.
- Sujet âgé : doses initiales nettement réduites, prudence renforcée (sensibilité accrue aux effets extrapyramidaux et au risque cardiaque).
- Insuffisance rénale ou hépatique : adaptation et surveillance nécessaires.
- Solution buvable en gouttes : bien compter les gouttes selon la prescription ; ne pas confondre les dosages. Prise possible pendant ou en dehors des repas.
Risque d’allongement de l’intervalle QT et de troubles du rythme (jusqu’aux torsades de pointes), surtout à fortes doses, par voie injectable, chez le sujet âgé ou en cas d’hypokaliémie. L’association à un autre médicament qui allonge le QT est une contre-indication, pas une simple précaution : il faut la repérer. On vérifie aussi l’absence de QT long connu, d’antécédent d’arythmie ou d’hypokaliémie. Tout malaise, palpitation ou syncope doit alerter.
Interactions
- Autres médicaments allongeant le QT : antiarythmiques, certains antibiotiques (macrolides, fluoroquinolones), autres neuroleptiques, méthadone, etc. : addition des risques rythmiques, l’association est contre-indiquée selon le RCP.
- Dépresseurs du système nerveux central : alcool, benzodiazépines, opioïdes, antihistaminiques sédatifs : majoration de la somnolence et de la sédation.
- Lévodopa et agonistes dopaminergiques : antagonisme réciproque, l’halopéridol bloque l’effet du traitement antiparkinsonien (et la maladie de Parkinson est elle-même une contre-indication de l’halopéridol).
- Médicaments hypokaliémiants (certains diurétiques, laxatifs stimulants) : l’hypokaliémie majore le risque de torsades de pointes.
Grossesse / allaitement
- Grossesse : n’est utilisé que si le bénéfice le justifie, sur décision spécialisée ; en cas d’exposition en fin de grossesse, surveiller le nouveau-né (signes extrapyramidaux, sédation, troubles de l’adaptation). Ne jamais arrêter un traitement de fond sans avis médical.
- Allaitement : passage dans le lait maternel ; allaitement généralement déconseillé ou à n’envisager qu’après avis médical, en surveillant le nourrisson (somnolence, difficultés de succion).
Conseils de comptoir
- Contre-indications à connaître pour réagir au comptoir : maladie de Parkinson, démence à corps de Lewy, paralysie supranucléaire progressive (un anti-D2 aggrave ces tableaux), état comateux ou forte dépression du système nerveux central, et tout terrain de QT long ou d’arythmie. En cas de doute sur le dossier, on lève le nez.
- Ne jamais arrêter brutalement de soi-même : l’observance est centrale et l’arrêt se fait toujours avec le prescripteur.
- Effets extrapyramidaux fréquents (raideur, tremblements, lenteur, mouvements anormaux, impatience des jambes) : à signaler, ils sont souvent gérables (ajustement de dose ou correcteur).
- Somnolence possible en début de traitement : prudence au volant et avec les machines tant que la tolérance n’est pas connue.
- Prévenir en cas de fièvre inexpliquée avec sueurs, rigidité et confusion : signaux à ne pas banaliser (syndrome malin des neuroleptiques, rare mais grave, orienter sans délai).
- Sur un traitement au long cours, le suivi régulier (clinique, cardiaque, biologique selon le contexte) fait partie de la prise en charge : encourager à ne pas le négliger.
Teste-toi
Mémo
Trois lettres pour les vigilances de l’halopéridol : QED. Q comme QT (cœur et torsades, association torsadogène contre-indiquée), E comme Extrapyramidal (raideur, tremblements, mouvements anormaux), D comme Dopamine (c’est un anti-D2 puissant, d’où ses effets, son antagonisme avec la lévodopa et sa contre-indication dans la maladie de Parkinson et la démence à corps de Lewy).
À voir aussi
Antipsychotiques (neuroleptiques) :
Références bibliographiques
- RCP Halopéridol, Base de données publique des médicaments (ANSM/HAS) Consulter (nouvel onglet)
- Thésaurus des interactions médicamenteuses, ANSM Consulter (nouvel onglet)
- Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), médicaments et grossesse / allaitement Consulter (nouvel onglet)
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