L’essentiel au comptoir · Infectio

Antituberculeux

Isoniazide · rifampicine · pyrazinamide · éthambutol · associations fixes · rifabutine

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Ta maîtriseSur cette famille : à découvrir

L'essentiel

  • Des antibiotiques variés, réunis par leur cible : Mycobacterium tuberculosis (bacille de Koch).
  • Toujours une association : éviter les résistances et atteindre toutes les populations de bacilles (dans les cellules ou dehors, actives ou dormantes).
  • Tuberculose pulmonaire présumée sensible : 2 mois de quadrithérapie (isoniazide, rifampicine, pyrazinamide, éthambutol), puis 4 mois de bithérapie (isoniazide, rifampicine) : 6 mois, adaptés à l’antibiogramme. Formes extrapulmonaires : parfois 9 à 12 mois. Multirésistantes : avis spécialisé.
  • Une prise orale unique, chaque jour, à jeun. Associations fixes : Rifinah (isoniazide + rifampicine), Rifater (+ pyrazinamide). Rifinah est en tension au moment de la publication ; l’isoniazide et la rifampicine peuvent être délivrés séparément.
  • La clé de la guérison, c’est l’observance : 6 mois au minimum, même quand le patient se sent mieux.
  • Maladie à déclaration obligatoire ; les CLAT accompagnent le patient et dépistent l’entourage ; la tuberculose maladie relève de l’ALD 29 (100 %).
  • La rifampicine est un inducteur enzymatique très puissant : sous rifampicine, chaque nouveau médicament se vérifie.

Par classe ou par molécule

Surveillance commune

  • Avant et pendant : bilan hépatique, vision (examen ophtalmologique complet), uricémie, fonction rénale.
  • Foie : isoniazide, rifampicine et pyrazinamide additionnent leur toxicité : bilan avant, transaminases chaque semaine le premier mois puis chaque mois ; arrêt au-delà de 3 fois la normale ou au moindre signe d’hépatite. Pas d’alcool, pas d’automédication sans avis. Signaux : nausées, vomissements, douleurs du ventre, grande fatigue, jaunisse, urines foncées : consulter rapidement.
  • Infection tuberculeuse latente (tuberculose maladie écartée, par exemple avant une biothérapie) : isoniazide + rifampicine 3 mois, en commençant au moins 3 semaines avant l’anti-TNF.

Isoniazide (Rimifon)

  • Mécanisme : inhibe la synthèse de la paroi du bacille. Métabolisé par acétylation (acétyleurs lents et rapides) : posologie ajustable sur des dosages sanguins.
  • Effets : foie (surtout les 3 premiers mois, majoré par l’alcool et l’association à la rifampicine et au pyrazinamide) ; neuropathie périphérique par carence en vitamine B6, prévenue par la vitamine B6 chez les patients à risque (dénutrition, alcool, grand âge, diabète, insuffisance rénale, VIH, grossesse).
  • Interactions : les pansements gastriques diminuent son absorption : à plus de 2 heures.

Rifampicine (Rifadine, Rimactan)

  • Mécanisme : bloque l’ARN polymérase du bacille ; bactéricide sur les bacilles actifs comme dormants.
  • Coloration orange des urines, larmes, sueur, crachats : sans danger, mais les lentilles de contact peuvent rester tachées définitivement : lunettes pendant le traitement.
  • Effets : hépatotoxicité ; réactions immuno-allergiques (éruption, syndrome pseudo-grippal). Thrombopénie, purpura, anémie hémolytique ou insuffisance rénale : arrêt définitif. Contre-indiquée dans la porphyrie.
  • Inducteur enzymatique très puissant : elle accélère l’élimination de très nombreux médicaments : contraceptifs hormonaux (pilule, implant, anneau, patch : ne sont plus fiables) ; AVK (INR rapproché pendant le traitement et 8 jours après l’arrêt) ; anticoagulants oraux directs (apixaban, rivaroxaban, dabigatran : associations déconseillées) ; statines ; immunosuppresseurs ; antifongiques azolés ; antirétroviraux ; antiépileptiques ; hormones thyroïdiennes ; méthadone. Contre-indiqués : antiprotéases boostées, voriconazole, bictégravir.
  • Contraception : par interaction, les contraceptifs hormonaux ne sont plus fiables pendant le traitement et 1 cycle après l’arrêt (Thésaurus ANSM). La rifampicine est aussi génotoxique (RCP Rifadine mis à jour le 08/04/2026) : contraception non hormonale efficace (stérilet au cuivre) pendant le traitement et jusqu’à 6 mois après l’arrêt, test de grossesse avant de commencer ; chez l’homme, préservatif et une autre méthode jusqu’à 3 mois après. Contraception d’urgence (inducteur pris dans les 4 dernières semaines) : stérilet au cuivre, à défaut lévonorgestrel 3 mg ; ulipristal déconseillé.
  • Autres indications : infections à staphylocoque (ostéo-articulaires, endocardites), toujours en association ; brucellose ; lèpre ; prévention du méningocoque chez les sujets contacts (2 jours : là aussi la pilule n’est plus fiable, et le RCP de Rifadine demande d’éviter une grossesse dans les 6 mois).

Pyrazinamide (Pirilène)

  • Actif sur les bacilles à l’intérieur des macrophages. Le plus toxique pour le foie.
  • Augmente l’acide urique : une crise de goutte impose l’arrêt ; contre-indiqué en cas d’hyperuricémie.

Éthambutol (Myambutol, Dexambutol)

  • Bactériostatique : protège les autres molécules contre l’apparition de résistances.
  • Névrite optique : baisse de la vision, parfois vision des couleurs altérée, qui peut devenir définitive. Examen ophtalmologique complet avant, vers le 15e jour, au 2e mois, puis tous les 2 mois. Au moindre signe : suspension (RCP). Dose adaptée à la fonction rénale.

Autres rifamycines

  • Rifabutine (Ansatipine) : moins inductrice ; AMM : infections à mycobactéries atypiques chez le patient vivant avec le VIH, et tuberculose multirésistante ; peut remplacer la rifampicine chez un patient sous antiprotéases (décision de spécialiste).
  • Rifamycine : collyre, pommade ophtalmique, gouttes auriculaires.

Grossesse et allaitement

  • Grossesse : pour le CRAT, le schéma reste le même, à tout terme ; le RCP du pyrazinamide le contre-indique encore : c’est le prescripteur qui tranche. Vitamine B6 avec l’isoniazide chez la femme enceinte.
  • Rifampicine et projet de grossesse : génotoxicité (RCP Rifadine 2026) : contraception non hormonale efficace pendant le traitement et jusqu’à 6 mois après l’arrêt, test de grossesse avant de commencer.

Conseils de comptoir

  • Prendre le traitement une fois par jour, le matin, à jeun, au moins une demi-heure avant le petit-déjeuner, à heure fixe ; pilulier et alarme.
  • Ne jamais arrêter avant la fin (6 mois au minimum), même si l’on se sent mieux ; un oubli se signale et ne se rattrape pas en doublant.
  • Prévenir de la coloration orange des urines, des larmes et de la sueur (sans danger) ; remplacer les lentilles par des lunettes.
  • Remplacer la contraception hormonale par une méthode non hormonale efficace (stérilet au cuivre), pendant le traitement et jusqu’à 6 mois après l’arrêt, avec le médecin ; préservatifs en attendant.
  • Vérifier chaque nouveau médicament (anticoagulant, antiépileptique, antirétroviral, hormone thyroïdienne, méthadone…).
  • Pas d’alcool pendant tout le traitement ; pas d’automédication sans avis.
  • Prendre les pansements gastriques à plus de 2 heures de l’isoniazide.
  • Rappeler le rôle du CLAT et la prise en charge à 100 % (ALD 29).

Réflexe sécurité

Jaunisse, vomissements, urines foncées ou baisse de la vision sous antituberculeux : avis médical le jour même. Ne pas masquer des nausées avec un antiémétique.

Orienter : rouge, orange, vert

Rouge, on oriente sans délai

une jaunisse, des vomissements, des urines foncées ; une baisse de la vision ; une éruption avec fièvre.

Orange, on appelle le médecin

un nouveau médicament à risque d’interaction ; une contraception hormonale (avec des préservatifs en attendant) ; des fourmillements des pieds ; une douleur articulaire brutale, comme une goutte.

Vert, on conseille

une prise à jeun, chaque matin ; des urines orange, sans danger ; des lunettes plutôt que des lentilles ; pas d’alcool.

Les 5 choses à retenir

  1. Une prise unique, chaque matin, à jeun, pendant 6 mois au minimum.
  2. Rifampicine : la contraception hormonale n’est plus fiable (méthode non hormonale, pendant et jusqu’à 6 mois après l’arrêt).
  3. Sous rifampicine, chaque nouveau médicament se vérifie.
  4. Nausées, jaunisse, urines foncées : le foie, on oriente le jour même.
  5. Une baisse de la vision sous éthambutol : c’est une urgence.

Teste-toi

Question 1 / 5
Lina, 26 ans, commence Rifater et éthambutol. Elle prend une pilule œstroprogestative, porte des lentilles souples et compte prendre son traitement au petit-déjeuner. Quels sont les 3 signaux ?
La pilule n'est plus fiable avec la rifampicine : une contraception non hormonale (stérilet au cuivre) pendant le traitement et jusqu'à 6 mois après l'arrêt, à voir avec son médecin ; préservatifs en attendant. Les lentilles souples peuvent être tachées définitivement : lunettes pendant le traitement. Le repas diminue l'absorption : Rifater à jeun, au moins une demi-heure avant le petit-déjeuner.

Moyens mnémotechniques

  • Règle chiffrée · Le schéma

    2 + 4 = 6

    2 mois de quadrithérapie (isoniazide, rifampicine, pyrazinamide, éthambutol), puis 4 mois de bithérapie (isoniazide, rifampicine) : 6 mois au minimum.

  • Image · La rifampicine

    Tout devient orange, rien n'est plus fiable

    Urines, larmes, sueur orange (lentilles tachées) ; inducteur très puissant : pilule, anticoagulants, antirétroviraux, hormones thyroïdiennes… perdent leur efficacité.

  • Phrase · L'œil

    Éthambutol, l'œil d'abord

    Examen ophtalmologique avant, vers le 15e jour, au 2e mois, puis tous les 2 mois ; au moindre trouble de la vision (couleurs), suspension.

  • Phrase · Le pyrazinamide

    Pyrazinamide, foie et goutte

    Le plus hépatotoxique ; il augmente l’acide urique : une crise de goutte impose l’arrêt.

  • Phrase · L'isoniazide

    Isoniazide, B6 aux nerfs

    Neuropathie par carence en vitamine B6, prévenue chez les patients à risque (dénutrition, alcool, grand âge, diabète, insuffisance rénale, VIH, grossesse).

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Sources

Contenu pédagogique destiné aux professionnels de santé et aux étudiants. Ne remplace ni le RCP ni l’avis médical.

Fiche publiée le 13 octobre 2026
Sous la responsabilité éditoriale de Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie · La Juste Dose Pharma
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

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