Antituberculeux
La vidéo
Voix et visuels générés par IA, personnages fictifs.
Les chapitres (17)
- 0:00 Le cas de Lina (lire à partir de ce passage)
- 0:32 La stratégie (lire à partir de ce passage)
- 1:20 Les principes clés (lire à partir de ce passage)
- 2:13 L'observance (lire à partir de ce passage)
- 2:49 L'isoniazide (lire à partir de ce passage)
- 3:34 La rifampicine (lire à partir de ce passage)
- 4:15 Un inducteur enzymatique (lire à partir de ce passage)
- 5:42 Cas pratique : anticoagulant et rifampicine (lire à partir de ce passage)
- 6:19 Pyrazinamide et éthambutol (lire à partir de ce passage)
- 7:07 Cas pratique : la vision (lire à partir de ce passage)
- 7:38 Le foie (lire à partir de ce passage)
- 8:20 Cas pratique : nausées sous traitement (lire à partir de ce passage)
- 8:51 Les autres rifamycines (lire à partir de ce passage)
- 9:46 Retour chez Lina (lire à partir de ce passage)
- 10:25 Orienter : rouge, orange, vert (lire à partir de ce passage)
- 10:59 Les 5 choses à retenir (lire à partir de ce passage)
- 11:32 Sources (lire à partir de ce passage)
L'essentiel
- Des antibiotiques variés, réunis par leur cible : Mycobacterium tuberculosis (bacille de Koch).
- Toujours une association : éviter les résistances et atteindre toutes les populations de bacilles (dans les cellules ou dehors, actives ou dormantes).
- Tuberculose pulmonaire présumée sensible : 2 mois de quadrithérapie (isoniazide, rifampicine, pyrazinamide, éthambutol), puis 4 mois de bithérapie (isoniazide, rifampicine) : 6 mois, adaptés à l’antibiogramme. Formes extrapulmonaires : parfois 9 à 12 mois. Multirésistantes : avis spécialisé.
- Une prise orale unique, chaque jour, à jeun. Associations fixes : Rifinah (isoniazide + rifampicine), Rifater (+ pyrazinamide). Rifinah est en tension au moment de la publication ; l’isoniazide et la rifampicine peuvent être délivrés séparément.
- La clé de la guérison, c’est l’observance : 6 mois au minimum, même quand le patient se sent mieux.
- Maladie à déclaration obligatoire ; les CLAT accompagnent le patient et dépistent l’entourage ; la tuberculose maladie relève de l’ALD 29 (100 %).
- La rifampicine est un inducteur enzymatique très puissant : sous rifampicine, chaque nouveau médicament se vérifie.
Par classe ou par molécule
Surveillance commune
- Avant et pendant : bilan hépatique, vision (examen ophtalmologique complet), uricémie, fonction rénale.
- Foie : isoniazide, rifampicine et pyrazinamide additionnent leur toxicité : bilan avant, transaminases chaque semaine le premier mois puis chaque mois ; arrêt au-delà de 3 fois la normale ou au moindre signe d’hépatite. Pas d’alcool, pas d’automédication sans avis. Signaux : nausées, vomissements, douleurs du ventre, grande fatigue, jaunisse, urines foncées : consulter rapidement.
- Infection tuberculeuse latente (tuberculose maladie écartée, par exemple avant une biothérapie) : isoniazide + rifampicine 3 mois, en commençant au moins 3 semaines avant l’anti-TNF.
Isoniazide (Rimifon)
- Mécanisme : inhibe la synthèse de la paroi du bacille. Métabolisé par acétylation (acétyleurs lents et rapides) : posologie ajustable sur des dosages sanguins.
- Effets : foie (surtout les 3 premiers mois, majoré par l’alcool et l’association à la rifampicine et au pyrazinamide) ; neuropathie périphérique par carence en vitamine B6, prévenue par la vitamine B6 chez les patients à risque (dénutrition, alcool, grand âge, diabète, insuffisance rénale, VIH, grossesse).
- Interactions : les pansements gastriques diminuent son absorption : à plus de 2 heures.
Rifampicine (Rifadine, Rimactan)
- Mécanisme : bloque l’ARN polymérase du bacille ; bactéricide sur les bacilles actifs comme dormants.
- Coloration orange des urines, larmes, sueur, crachats : sans danger, mais les lentilles de contact peuvent rester tachées définitivement : lunettes pendant le traitement.
- Effets : hépatotoxicité ; réactions immuno-allergiques (éruption, syndrome pseudo-grippal). Thrombopénie, purpura, anémie hémolytique ou insuffisance rénale : arrêt définitif. Contre-indiquée dans la porphyrie.
- Inducteur enzymatique très puissant : elle accélère l’élimination de très nombreux médicaments : contraceptifs hormonaux (pilule, implant, anneau, patch : ne sont plus fiables) ; AVK (INR rapproché pendant le traitement et 8 jours après l’arrêt) ; anticoagulants oraux directs (apixaban, rivaroxaban, dabigatran : associations déconseillées) ; statines ; immunosuppresseurs ; antifongiques azolés ; antirétroviraux ; antiépileptiques ; hormones thyroïdiennes ; méthadone. Contre-indiqués : antiprotéases boostées, voriconazole, bictégravir.
- Contraception : par interaction, les contraceptifs hormonaux ne sont plus fiables pendant le traitement et 1 cycle après l’arrêt (Thésaurus ANSM). La rifampicine est aussi génotoxique (RCP Rifadine mis à jour le 08/04/2026) : contraception non hormonale efficace (stérilet au cuivre) pendant le traitement et jusqu’à 6 mois après l’arrêt, test de grossesse avant de commencer ; chez l’homme, préservatif et une autre méthode jusqu’à 3 mois après. Contraception d’urgence (inducteur pris dans les 4 dernières semaines) : stérilet au cuivre, à défaut lévonorgestrel 3 mg ; ulipristal déconseillé.
- Autres indications : infections à staphylocoque (ostéo-articulaires, endocardites), toujours en association ; brucellose ; lèpre ; prévention du méningocoque chez les sujets contacts (2 jours : là aussi la pilule n’est plus fiable, et le RCP de Rifadine demande d’éviter une grossesse dans les 6 mois).
Pyrazinamide (Pirilène)
- Actif sur les bacilles à l’intérieur des macrophages. Le plus toxique pour le foie.
- Augmente l’acide urique : une crise de goutte impose l’arrêt ; contre-indiqué en cas d’hyperuricémie.
Éthambutol (Myambutol, Dexambutol)
- Bactériostatique : protège les autres molécules contre l’apparition de résistances.
- Névrite optique : baisse de la vision, parfois vision des couleurs altérée, qui peut devenir définitive. Examen ophtalmologique complet avant, vers le 15e jour, au 2e mois, puis tous les 2 mois. Au moindre signe : suspension (RCP). Dose adaptée à la fonction rénale.
Autres rifamycines
- Rifabutine (Ansatipine) : moins inductrice ; AMM : infections à mycobactéries atypiques chez le patient vivant avec le VIH, et tuberculose multirésistante ; peut remplacer la rifampicine chez un patient sous antiprotéases (décision de spécialiste).
- Rifamycine : collyre, pommade ophtalmique, gouttes auriculaires.
Grossesse et allaitement
- Grossesse : pour le CRAT, le schéma reste le même, à tout terme ; le RCP du pyrazinamide le contre-indique encore : c’est le prescripteur qui tranche. Vitamine B6 avec l’isoniazide chez la femme enceinte.
- Rifampicine et projet de grossesse : génotoxicité (RCP Rifadine 2026) : contraception non hormonale efficace pendant le traitement et jusqu’à 6 mois après l’arrêt, test de grossesse avant de commencer.
Conseils de comptoir
- Prendre le traitement une fois par jour, le matin, à jeun, au moins une demi-heure avant le petit-déjeuner, à heure fixe ; pilulier et alarme.
- Ne jamais arrêter avant la fin (6 mois au minimum), même si l’on se sent mieux ; un oubli se signale et ne se rattrape pas en doublant.
- Prévenir de la coloration orange des urines, des larmes et de la sueur (sans danger) ; remplacer les lentilles par des lunettes.
- Remplacer la contraception hormonale par une méthode non hormonale efficace (stérilet au cuivre), pendant le traitement et jusqu’à 6 mois après l’arrêt, avec le médecin ; préservatifs en attendant.
- Vérifier chaque nouveau médicament (anticoagulant, antiépileptique, antirétroviral, hormone thyroïdienne, méthadone…).
- Pas d’alcool pendant tout le traitement ; pas d’automédication sans avis.
- Prendre les pansements gastriques à plus de 2 heures de l’isoniazide.
- Rappeler le rôle du CLAT et la prise en charge à 100 % (ALD 29).
Réflexe sécurité
Jaunisse, vomissements, urines foncées ou baisse de la vision sous antituberculeux : avis médical le jour même. Ne pas masquer des nausées avec un antiémétique.
Orienter : rouge, orange, vert
Rouge, on oriente sans délai
une jaunisse, des vomissements, des urines foncées ; une baisse de la vision ; une éruption avec fièvre.
Orange, on appelle le médecin
un nouveau médicament à risque d’interaction ; une contraception hormonale (avec des préservatifs en attendant) ; des fourmillements des pieds ; une douleur articulaire brutale, comme une goutte.
Vert, on conseille
une prise à jeun, chaque matin ; des urines orange, sans danger ; des lunettes plutôt que des lentilles ; pas d’alcool.
Les 5 choses à retenir
- Une prise unique, chaque matin, à jeun, pendant 6 mois au minimum.
- Rifampicine : la contraception hormonale n’est plus fiable (méthode non hormonale, pendant et jusqu’à 6 mois après l’arrêt).
- Sous rifampicine, chaque nouveau médicament se vérifie.
- Nausées, jaunisse, urines foncées : le foie, on oriente le jour même.
- Une baisse de la vision sous éthambutol : c’est une urgence.
Teste-toi
Moyens mnémotechniques
Règle chiffrée · Le schéma
2 + 4 = 6
2 mois de quadrithérapie (isoniazide, rifampicine, pyrazinamide, éthambutol), puis 4 mois de bithérapie (isoniazide, rifampicine) : 6 mois au minimum.
Image · La rifampicine
Tout devient orange, rien n'est plus fiable
Urines, larmes, sueur orange (lentilles tachées) ; inducteur très puissant : pilule, anticoagulants, antirétroviraux, hormones thyroïdiennes… perdent leur efficacité.
Phrase · L'œil
Éthambutol, l'œil d'abord
Examen ophtalmologique avant, vers le 15e jour, au 2e mois, puis tous les 2 mois ; au moindre trouble de la vision (couleurs), suspension.
Phrase · Le pyrazinamide
Pyrazinamide, foie et goutte
Le plus hépatotoxique ; il augmente l’acide urique : une crise de goutte impose l’arrêt.
Phrase · L'isoniazide
Isoniazide, B6 aux nerfs
Neuropathie par carence en vitamine B6, prévenue chez les patients à risque (dénutrition, alcool, grand âge, diabète, insuffisance rénale, VIH, grossesse).
À voir aussi
Les fiches médicament citées :
- Apixaban (association déconseillée avec la rifampicine)
- Rivaroxaban (associations déconseillées)
- Dabigatran (associations déconseillées)
- Warfarine (INR rapproché, pendant et 8 jours après)
- Éthinylestradiol + lévonorgestrel (pilule : n'est plus fiable sous rifampicine)
- Lévonorgestrel (contraception d'urgence) (3 mg sous inducteur)
- Ulipristal (déconseillé sous inducteur)
- Lévothyroxine (besoins augmentés par la rifampicine)
Les autres fiches famille Infectio :
Sources
- Médicaments 2026-2027, Elsevier Masson, section V, item 30 « Antituberculeux », p. 176-177
- RCP Rifadine (mis à jour le 08/04/2026), contraception et rifampicine Consulter (nouvel onglet)
- HCSP : Infection tuberculeuse latente, détection, prise en charge et surveillance (mai 2019) Consulter (nouvel onglet)
- ANSM : lévonorgestrel en contraception d'urgence et inducteurs enzymatiques (janvier 2017) Consulter (nouvel onglet)
- HAS : ALD 29, tuberculose active (2025) Consulter (nouvel onglet)
- CRAT : antituberculeux, grossesse et allaitement Consulter (nouvel onglet)
- RCP Myambutol (surveillance ophtalmologique) Consulter (nouvel onglet)
- RCP Ansatipine (indications) Consulter (nouvel onglet)
- ANSM : Thésaurus des interactions médicamenteuses, version du 15/09/2023 (dernière version ; les RCP font désormais référence) Consulter (nouvel onglet)
- RCP des spécialités citées (Rimifon, Rifadine, Rimactan, Rifinah, Rifater, Pirilène, Myambutol, Dexambutol, Ansatipine) : base de données publique des médicaments Consulter (nouvel onglet)
Contenu pédagogique destiné aux professionnels de santé et aux étudiants. Ne remplace ni le RCP ni l’avis médical.
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