Aminosides
La vidéo
Voix et visuels générés par IA, personnages fictifs.
Les chapitres (19)
- 0:00 Le cas de M. B. (lire à partir de ce passage)
- 0:37 Des antibiotiques surtout hospitaliers (lire à partir de ce passage)
- 1:10 Comment ils agissent (lire à partir de ce passage)
- 1:56 Le spectre (lire à partir de ce passage)
- 2:40 Pharmacocinétique (lire à partir de ce passage)
- 3:19 Les indications (lire à partir de ce passage)
- 4:05 Toxicité : le rein (lire à partir de ce passage)
- 4:41 Toxicité : l'oreille (lire à partir de ce passage)
- 5:36 Les dosages sanguins (lire à partir de ce passage)
- 6:17 Les interactions (lire à partir de ce passage)
- 6:59 Les formes locales (lire à partir de ce passage)
- 7:56 Cas pratique : gouttes auriculaires et yoyos (lire à partir de ce passage)
- 8:36 La tobramycine inhalée (lire à partir de ce passage)
- 9:34 Cas pratique : Tobi Podhaler (lire à partir de ce passage)
- 10:14 Cas pratique : un antécédent familial de surdité (lire à partir de ce passage)
- 10:57 Retour chez M. B. (lire à partir de ce passage)
- 11:36 Orienter : rouge, orange, vert (lire à partir de ce passage)
- 12:29 Les 5 choses à retenir (lire à partir de ce passage)
- 13:06 Sources (lire à partir de ce passage)
L'essentiel
- Antibiotiques d’origine naturelle ou hémisynthétique : surtout amikacine, gentamicine, tobramycine.
- Très polaires : pas d’absorption par la bouche ; on les injecte, le plus souvent à l’hôpital. L’officine les croise pourtant : injection à domicile après les urgences, tobramycine inhalée dans la mucoviscidose, et surtout formes locales (collyres, gouttes auriculaires).
- Bactéricides, efficacité concentration-dépendante (maximale quand le pic atteint 8 à 10 fois la CMI), effet post-antibiotique : une forte dose, une fois par jour, presque toujours associés à une bêta-lactamine (synergie).
- Deux toxicités cumulatives : le rein et l’oreille. Traitement court, une injection par jour, bonne hydratation, surveillance.
- Au comptoir : pas d’anti-inflammatoire en automédication (paracétamol à la place), et toute baisse d’audition, acouphène ou vertige se signale au médecin.
Par classe ou par molécule
Mécanisme et spectre
- Entrée dans la bactérie par un transport actif qui a besoin d’oxygène : les anaérobies leur résistent naturellement. Fixation sur la sous-unité 30 S du ribosome : synthèse protéique bloquée.
- Effet : bactéricide et dépendant de la concentration : l’efficacité est maximale quand le pic atteint 8 à 10 fois la CMI ; l’action persiste après l’élimination (effet post-antibiotique) : d’où une forte dose, une fois par jour.
- Spectre : bactéries aérobies à Gram négatif (entérobactéries, Pseudomonas, Acinetobacter, y compris des souches résistantes) et staphylocoques. Gentamicine : la plus souvent active sur les staphylocoques ; tobramycine : sur le Pseudomonas ; amikacine et tobramycine : sur l’Acinetobacter.
- Streptocoques et entérocoques : résistance naturelle de bas niveau ; seuls, insuffisants ; avec une bêta-lactamine, la synergie fonctionne (endocardite).
- Résistances acquises nombreuses : antibiogramme indispensable.
Pharmacocinétique
- Voie IV ou IM ; inhalation pour la tobramycine dans la mucoviscidose.
- Diffusion dans l’eau extracellulaire : bonne dans le sang (bactériémies, chocs septiques), mauvaise dans les méninges et le tissu adipeux.
- Non métabolisés, éliminés intacts dans les urines (utiles dans les infections urinaires sévères) : l’élimination suit la fonction rénale ; demi-vie d’un peu plus de 2 h si le rein fonctionne normalement.
Indications
- Infections sévères à Gram négatif, presque toujours avec une bêta-lactamine : bactériémies, chocs septiques, pneumonies graves en réanimation, pyélonéphrites. Certaines endocardites (entérocoque, streptocoque) avec la gentamicine. Infections respiratoires de la mucoviscidose (tobramycine). Antibiothérapie locale.
- Schéma type : surtout à l’hôpital, une dose par jour, en association, sur une durée courte : arrêt en général après 24 à 72 h, dès l’antibiogramme, 5 jours au maximum ; parfois une seule injection.
Toxicité rénale
- Nécrose tubulaire aiguë, cumulative et dose-dépendante. Prévention : traitement court, une injection par jour, bonne hydratation, surveillance de la fonction rénale.
- Au comptoir : pas d’autre médicament qui fragilise le rein sans avis, surtout pas d’AINS en automédication ; pour la douleur ou la fièvre, le paracétamol.
Toxicité pour l’oreille et autres
- Ototoxicité cumulative : vestibule (vertiges, troubles de l’équilibre) et cochlée (acouphènes, baisse d’audition parfois définitive). Si le traitement se prolonge, surveillance de l’audition. Vertige, sifflement, audition qui baisse : on prévient le médecin sans attendre l’injection suivante.
- ADN mitochondrial : certaines variations transmises par la mère augmentent fortement le risque ; une surdité après un aminoside dans la famille, surtout du côté de la mère, se signale au prescripteur.
- Effet curarisant : la gentamicine injectable est contre-indiquée dans la myasthénie et dans la cirrhose sévère.
Dosages sanguins (marge thérapeutique étroite)
- Pic (30 min après la fin de la perfusion) : efficacité ; après la première injection chez les patients les plus graves.
- Résiduelle (juste avant l’injection suivante) : toxicité ; si traitement de plus de 5 jours ou insuffisance rénale. Pour 3 jours ou moins sans facteur de risque : aucun dosage.
- Insuffisance rénale : on garde en général la dose habituelle, mais on espace les injections, guidé par le pic et la résiduelle.
Interactions
- Rein : vancomycine, amphotéricine B, ciclosporine, tacrolimus, sels de platine, produits de contraste iodés ; en pratique, les AINS.
- Oreille et rein : diurétiques de l’anse (furosémide) : association possible sous surveillance de l’hydratation, du rein et de l’audition (Thésaurus : précaution d’emploi).
- Curares (anesthésie) : effet curarisant renforcé. Toxine botulique : association déconseillée. Deux aminosides ensemble : contre-indiqué.
Formes locales
- Œil : tobramycine en collyre ou pommade (Tobrex) : lentilles retirées pendant le traitement, flacon ouvert gardé 15 jours. Avec la dexaméthasone (Tobradex) : contre-indiqué dans la kératite herpétique et les autres infections de l’œil virales, fongiques ou mycobactériennes ; jamais un ancien flacon réutilisé sans avis médical.
- Oreille : néomycine (Polydexa, Panotile, Antibio Synalar) ou framycétine (Framyxone), associées à la polymyxine et à un corticoïde : contre-indiquées si une perforation du tympan est connue ou suspectée (l’aminoside atteindrait l’oreille interne). Tympan ouvert : il existe des gouttes sans aminoside, comme l’ofloxacine auriculaire.
- La néomycine est un allergène de contact fréquent : eczéma qui s’étend autour de l’oreille ou des paupières.
Tobramycine inhalée (mucoviscidose)
- Infection chronique à Pseudomonas : solution pour nébuliseur (Tobi et génériques) ou poudre (Tobi Podhaler). Prescription initiale hospitalière, renouvelée tous les 6 mois ; délivrance en ville.
- Rythme : 2 prises par jour, à 12 h d’intervalle si possible (jamais moins de 6 h), 28 jours, puis 28 jours de pause. Toujours en dernier, après la kinésithérapie et les autres inhalations.
- Ampoules : au réfrigérateur ; hors du froid, 28 jours sans dépasser 25 °C ; jamais mélangées à un autre médicament dans le nébuliseur.
- Tobi Podhaler : 4 gélules par prise, inhalées l’une après l’autre, jamais avalées (percées dans l’inhalateur) ; un inhalateur neuf chaque semaine.
- Première inhalation sous surveillance médicale ; toux, gêne respiratoire ou sifflements juste après : on le signale.
Grossesse et allaitement
- Grossesse : le prescripteur doit le savoir. Selon le CRAT, gentamicine, amikacine et tobramycine restent utilisables à tout terme si l’infection le justifie (sous surveillance rénale) ; les RCP sont plus restrictifs.
Conseils de comptoir
- Proposer le paracétamol, jamais un anti-inflammatoire, pendant un traitement par aminoside.
- Veiller à une hydratation correcte, surtout chez le sujet âgé ou sous diurétique.
- Prévenir le médecin au moindre vertige, sifflement ou baisse d’audition, avant l’injection suivante.
- Signaler au prescripteur une surdité après un aminoside dans la famille, surtout du côté de la mère.
- Vérifier l’absence de perforation tympanique et d’aérateurs avant de délivrer des gouttes auriculaires à l’aminoside.
- Retirer les lentilles sous collyre à la tobramycine ; jeter le flacon 15 jours après ouverture ; ne jamais réutiliser un ancien flacon sans avis médical.
- Mucoviscidose : tobramycine inhalée en dernier, cycles de 28 jours, ampoules au froid, rien d’autre dans le nébuliseur ; gélules de Podhaler jamais avalées.
Réflexe sécurité
Sous aminoside, une baisse brutale de l’audition ou des urines très rares : avis médical sans délai ; un vertige ou un sifflement : on prévient le médecin, sans attendre la prochaine injection.
Orienter : rouge, orange, vert
Rouge, on oriente sans délai
des urines très rares, un malaise ou une confusion ; une baisse brutale de l’audition ; une gêne respiratoire après l’inhalation.
Orange, on appelle le médecin
des vertiges ou des acouphènes ; un anti-inflammatoire ; un diurétique de l’anse sans surveillance prévue ; des gouttes auriculaires avec un tympan ouvert ; un antécédent familial de surdité sous aminoside ; une grossesse (le prescripteur doit le savoir).
Vert, on conseille
une hydratation correcte ; le paracétamol plutôt qu’un anti-inflammatoire ; l’ordre et la conservation des inhalations ; l’hygiène et les lentilles avec un collyre.
Les 5 choses à retenir
- Un aminoside injectable, c’est court, 5 jours au plus, et le plus souvent une injection par jour : le rein et l’oreille sont en jeu.
- Pas d’anti-inflammatoire en automédication : le paracétamol à la place.
- Vertiges, acouphènes, baisse d’audition : on alerte le médecin.
- Tympan perforé ou aérateurs : pas de gouttes auriculaires à l’aminoside.
- La tobramycine inhalée se prend en dernier, par cycles de 28 jours.
Teste-toi
Moyens mnémotechniques
Image · Les deux cibles
Le rein et l'oreille
Deux toxicités cumulatives : néphrotoxicité (nécrose tubulaire) et ototoxicité (vestibule et cochlée). Tout ce qui les fragilise s’ajoute : AINS, diurétiques de l’anse, vancomycine, âge.
Règle chiffrée · Le schéma injectable
Une fois par jour, 5 jours au plus
Une forte dose quotidienne, en association, arrêtée en général après 24 à 72 h dès l’antibiogramme, 5 jours au maximum.
Règle chiffrée · Les dosages
Pic pour l'efficacité, résiduelle pour la toxicité
Efficacité maximale quand le pic atteint 8 à 10 fois la CMI ; pic 30 min après la perfusion (patients graves) ; résiduelle si traitement de plus de 5 jours ou insuffisance rénale ; rien pour 3 jours ou moins sans facteur de risque.
Phrase · Gouttes auriculaires
Tympan ouvert, aminoside fermé
Perforation connue ou suspectée, aérateurs : pas de néomycine ni de framycétine ; l’ofloxacine auriculaire est indiquée quand le tympan est ouvert.
Règle · Tobramycine inhalée
Le dernier, 28 jours sur 28
Toujours en dernier après la kiné et les autres inhalés ; 28 jours de traitement, 28 jours de pause.
À voir aussi
Les fiches médicament citées :
- Furosémide (diurétique de l'anse : surveillance du rein et de l'audition)
- Ibuprofène (AINS à éviter sous aminoside)
- Paracétamol (l'antalgique à proposer)
- Ofloxacine (gouttes auriculaires sans aminoside ; fiche centrée sur les voies orale et injectable)
Les autres fiches famille Infectio :
Sources
- Médicaments 2026-2027, Elsevier Masson, section V, item 27 « Aminosides », p. 170-171
- ANSM (Afssaps) : Mise au point sur le bon usage des aminosides administrés par voie injectable (mars 2011, toujours la référence) Consulter (nouvel onglet)
- ANSM : Thésaurus des interactions médicamenteuses, version du 15/09/2023 (dernière version ; les RCP font désormais référence) Consulter (nouvel onglet)
- EMA : aminosides et variants de l'ADN mitochondrial (MT-RNR1), conclusions scientifiques gentamicine 2023 Consulter (nouvel onglet)
- TOBI Podhaler : résumé des caractéristiques du produit (EMA) Consulter (nouvel onglet)
- RCP Gentamicine Panpharma (posologie, durée, contre-indications) Consulter (nouvel onglet)
- CRAT : aminosides, grossesse et allaitement Consulter (nouvel onglet)
- RCP des spécialités citées (gentamicine, amikacine, Nebcine, Tobi, Tobi Podhaler, Tobrex, Tobradex, Polydexa, Panotile, Antibio Synalar, Oflocet auriculaire) : base de données publique des médicaments et EMA Consulter (nouvel onglet)
Contenu pédagogique destiné aux professionnels de santé et aux étudiants. Ne remplace ni le RCP ni l’avis médical.
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