Glycopeptides
La vidéo
Voix et visuels générés par IA, personnages fictifs.
Les chapitres (18)
- 0:00 Le cas de Mme T. (lire à partir de ce passage)
- 0:42 Vancomycine et teicoplanine (lire à partir de ce passage)
- 1:23 Mécanisme et spectre (lire à partir de ce passage)
- 2:00 Les résistances (lire à partir de ce passage)
- 2:27 Pharmacocinétique (lire à partir de ce passage)
- 3:21 Les indications (lire à partir de ce passage)
- 3:44 Le rein et les dosages (lire à partir de ce passage)
- 4:07 Le syndrome de l'homme rouge (lire à partir de ce passage)
- 5:14 Les interactions (lire à partir de ce passage)
- 5:48 Cas pratique : teicoplanine et ibuprofène (lire à partir de ce passage)
- 6:24 Clostridioides difficile au comptoir (lire à partir de ce passage)
- 7:19 Vancomycine orale et fidaxomicine (lire à partir de ce passage)
- 8:22 Cas pratique : une perfusion à domicile (lire à partir de ce passage)
- 9:00 Cas pratique : porteur d'entérocoque résistant (lire à partir de ce passage)
- 9:43 Retour chez Mme T. (lire à partir de ce passage)
- 10:24 Orienter : rouge, orange, vert (lire à partir de ce passage)
- 11:10 Les 5 choses à retenir (lire à partir de ce passage)
- 11:47 Sources (lire à partir de ce passage)
L'essentiel
- Surtout deux molécules : vancomycine et teicoplanine (Targocid) ; plus récemment, des lipoglycopeptides (dalbavancine, oritavancine), encore peu utilisés.
- Antibiotiques hospitaliers : à domicile, la pharmacie de l’hôpital les délivre (rétrocession) ; mais le patient revient vers son officine.
- Très grosses molécules : inactives sur les Gram négatif ; chez les Gram positif, elles bloquent la synthèse de la paroi (effet bactéricide, dépendant de l’exposition dans le temps).
- Spectre utile : staphylocoques, y compris résistants à la méticilline ; entérocoques ; streptocoques ; corynébactéries ; parmi les anaérobies, Clostridioides difficile.
- Toxicité principale : le rein (marge thérapeutique étroite : dosages sanguins et créatinine).
- La vancomycine orale n’est presque pas absorbée : elle agit dans le tube digestif, là où se trouve Clostridioides difficile.
Par classe ou par molécule
Résistances
- Entérocoques, surtout Enterococcus faecium, par des gènes vanA ou vanB souvent transférables : ces Enterococcus faecium résistants aux glycopeptides font partie des bactéries hautement résistantes émergentes : précautions d’hygiène renforcées.
- Staphylocoque doré : des souches de sensibilité diminuée existent, mais elles restent rares.
Pharmacocinétique
- Par la bouche : presque pas absorbés (d’où l’injection pour une infection générale, et l’intérêt de la vancomycine orale dans l’intestin).
- Diffusion correcte dans la plupart des tissus, y compris l’os ; mauvaise dans les méninges, sauf inflammées.
- Peu métabolisés, éliminés par le rein sous forme inchangée : dose injectable adaptée à la fonction rénale. Par la bouche, la dose ne change pas ; mais en cas de colite et d’insuffisance rénale, une partie peut passer dans le sang.
- Demi-vie : 4 à 6 h pour la vancomycine (bien plus en insuffisance rénale ; perfusion continue possible) ; plusieurs jours pour la teicoplanine (d’où une dose de charge).
Indications
- Infections sévères à cocci Gram positif : endocardites, bactériémies, infections ostéo-articulaires, pneumonies, méningites. À l’hôpital, antistaphylococciques de référence contre les staphylocoques résistants à la méticilline.
- Infections digestives à Clostridioides difficile, par voie orale.
Rein, dosages et effets indésirables
- Rein : toxicité concentration-dépendante : dosages sanguins réguliers et créatinine. À domicile, le pharmacien s’assure que les bilans sont prévus et que les résultats seront transmis au prescripteur.
- Syndrome de l’homme rouge (vancomycine) : libération d’histamine pendant la perfusion : rougeur et bouffées de chaleur du visage, du cou et du haut du corps, avec démangeaisons ; risque accru si la perfusion est trop rapide : au moins une heure, pas plus de 10 mg/min.
- Plus rarement : toxicité pour l’oreille (des acouphènes peuvent l’annoncer) ; irritations et phlébites au point d’injection ; troubles sanguins réversibles (neutropénie, éosinophilie, thrombopénie) ; rares réactions cutanées graves (Stevens-Johnson, DRESS), parfois des semaines après le début : éruption avec fièvre, ou atteinte de la bouche et des yeux : avis en urgence, arrêt, jamais de reprise.
Interactions
- Autres néphrotoxiques : aminosides, amphotéricine B, sels de platine, produits de contraste iodés ; au comptoir, se méfier des anti-inflammatoires.
- Vancomycine + pipéracilline-tazobactam : association déconseillée (toxicité rénale accrue).
- Ototoxiques (diurétiques de l’anse) : ils s’ajoutent au risque auditif.
Clostridioides difficile au comptoir
- Grande cause de diarrhée grave après un antibiotique : y penser devant au moins 3 selles liquides par jour, pendant ou après une antibiothérapie, surtout chez la personne âgée ou après une hospitalisation. Fièvre, douleurs abdominales, sang dans les selles : avis médical sans délai.
- Lopéramide : on n’en donne pas (il retient les toxines dans le côlon, risque de mégacôlon). Un IPP se signale au médecin, pour être réévalué.
- Réhydrater. Hygiène : les spores résistent à l’alcool : lavage des mains à l’eau et au savon ; toilettes nettoyées puis eau de Javel laissée 10 minutes ; jusqu’à 3 jours après la dernière selle liquide.
- Traitement : fidaxomicine (Dificlir) 200 mg 2 fois par jour pendant 10 jours (limite les récidives), ou vancomycine orale 125 mg toutes les 6 heures pendant 10 jours (500 mg dans les formes sévères). Métronidazole : plus en première intention. Récidive : l’équipe spécialisée peut discuter une transplantation de microbiote fécal. Les récidives sont fréquentes : une diarrhée qui revient après la fin du traitement se signale.
La vancomycine orale : préparation
- À partir du flacon de 500 mg « pour solution buvable » : 500 mg dans 10 mL d’eau, soit 125 mg dans 2,5 mL.
- La dose se prélève à la seringue pour la bouche, peut se diluer dans un jus de pomme ou d’orange, et se boit aussitôt. Elle ne s’injecte jamais.
- Solution reconstituée : 4 jours, au réfrigérateur ou à température ambiante.
Grossesse et allaitement
- Vancomycine : utilisable pendant la grossesse si elle est nécessaire.
- Teicoplanine : pendant la grossesse, seulement en cas de nécessité absolue.
Conseils de comptoir
- Expliquer la préparation de la vancomycine orale : 500 mg dans 10 mL d’eau, 2,5 mL par prise (125 mg), à la seringue pour la bouche, dans un peu de jus, toutes les 6 heures ; solution gardée 4 jours.
- Ne pas donner de lopéramide dans une diarrhée à Clostridioides difficile ; réhydrater.
- Se laver les mains à l’eau et au savon (le gel hydroalcoolique ne détruit pas les spores) ; nettoyer les toilettes puis passer l’eau de Javel 10 minutes, jusqu’à 3 jours après la dernière selle liquide.
- Proposer le paracétamol plutôt qu’un anti-inflammatoire sous glycopeptide.
- Vérifier que les prises de sang (créatinine, dosage du glycopeptide) sont programmées pour un traitement à domicile.
- Signaler une diarrhée qui récidive après le traitement, des acouphènes ou une baisse de l’audition.
- Rassurer un porteur d’entérocoque résistant : un portage n’est pas une infection, pas d’antibiotique ; hygiène des mains, et signaler le portage à chaque soignant et à chaque hospitalisation.
Réflexe sécurité
Une rougeur du visage et du cou pendant une perfusion de vancomycine : arrêt de la perfusion, médecin ou HAD prévenus ; gêne respiratoire, gonflement du visage ou malaise : c’est le 15.
Orienter : rouge, orange, vert
Rouge, on oriente sans délai
une gêne respiratoire ou un gonflement pendant une perfusion ; une éruption avec fièvre, ou une atteinte de la bouche et des yeux ; une diarrhée avec fièvre élevée, sang, ou ventre très douloureux ; des urines très rares.
Orange, on appelle le médecin
une rougeur pendant la perfusion, qu’on arrête ; des acouphènes ou une baisse de l’audition ; un anti-inflammatoire ou un autre néphrotoxique associé ; une diarrhée qui récidive après le traitement ; un bilan sanguin oublié.
Vert, on conseille
le lavage des mains au savon ; l’eau de Javel pour les toilettes ; le paracétamol plutôt qu’un anti-inflammatoire ; la préparation et la conservation de la vancomycine orale.
Les 5 choses à retenir
- La vancomycine orale se prépare avec la poudre du flacon : on explique, dose et conservation.
- Pas de lopéramide dans une diarrhée à Clostridioides difficile.
- Les spores résistent à l’alcool : eau, savon, et eau de Javel.
- Pas d’anti-inflammatoire sans avis sous glycopeptide : le rein d’abord.
- La vancomycine se perfuse en une heure au moins, à 10 mg par minute au plus : sinon, l’homme rouge.
Teste-toi
Moyens mnémotechniques
Règle chiffrée · Vancomycine orale
500 dans 10, 125 dans 2,5
500 mg de poudre dans 10 mL d’eau ; 125 mg = 2,5 mL par prise, toutes les 6 heures ; solution gardée 4 jours ; jamais injectée.
Image · Les spores
Le gel glisse, le savon décroche, la Javel tue
Les spores de Clostridioides difficile résistent à l’alcool : lavage des mains à l’eau et au savon, eau de Javel 10 minutes pour les toilettes, jusqu’à 3 jours après la dernière selle liquide.
Règle chiffrée · Perfusion de vancomycine
Une heure au moins, 10 par minute au plus
Sinon, le syndrome de l’homme rouge (rougeur du visage, du cou et du haut du corps, démangeaisons).
Phrase · Diarrhée à C. difficile
Ne pas fermer la porte aux toxines
Pas de lopéramide : il retient les toxines dans le côlon (risque de mégacôlon).
Phrase · Portage d'entérocoque résistant
Porteur, pas malade
Pas d’antibiotique pour un portage ; hygiène des mains, et signalement à chaque soignant et à chaque hospitalisation.
À voir aussi
Les fiches médicament citées :
- Lopéramide (on n'en donne pas dans une diarrhée à C. difficile)
- Métronidazole (n'est plus un traitement de première intention de C. difficile)
- Ibuprofène (AINS à éviter sous glycopeptide)
- Paracétamol
- Oméprazole (un IPP se réévalue en cas de diarrhée à C. difficile)
- Furosémide (ototoxique : s'ajoute au risque auditif)
Les autres fiches famille Infectio :
Sources
- Médicaments 2026-2027, Elsevier Masson, section V, item 28 « Glycopeptides », p. 172-173
- SPILF : Infections à Clostridioides difficile, Info-antibio n°94 (2021) Consulter (nouvel onglet)
- HAS : Dificlir (fidaxomicine), avis de la Commission de la transparence (14/02/2024) Consulter (nouvel onglet)
- RCP Vancomycine Viatris 500 mg (perfusion ou solution buvable) Consulter (nouvel onglet)
- RCP Targocid (teicoplanine) Consulter (nouvel onglet)
- CPias Hauts-de-France : Clostridioides difficile, plaquette pour les professionnels (2022) Consulter (nouvel onglet)
- HCSP : Bactéries hautement résistantes émergentes (BHRe), actualisation 2019 Consulter (nouvel onglet)
- ANSM : Thésaurus des interactions médicamenteuses, version du 15/09/2023 (dernière version ; les RCP font désormais référence) Consulter (nouvel onglet)
- RCP des spécialités citées (vancomycine, Targocid, teicoplanine, Xydalba, Tenkasi, Dificlir, Imodium) : base de données publique des médicaments et EMA Consulter (nouvel onglet)
Contenu pédagogique destiné aux professionnels de santé et aux étudiants. Ne remplace ni le RCP ni l’avis médical.
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