Pneumocoque : la HAS préfère désormais le VPC21 chez l’adulte, le point avant la campagne du 13 octobre

« Une patiente de 71 ans réserve son créneau grippe pour le 13 octobre. Puis elle ajoute : « Et le vaccin contre la pneumonie, je l’ai fait il y a deux ou trois ans, il compte encore ? On m’a parlé d’un nouveau. » Je n’avais ni la date, ni le nom du vaccin. »Sam, préparateur · un mardi d’octobre

Fin juillet, la Haute Autorité de santé a revu toute la stratégie de vaccination contre le pneumocoque. Chez l’adulte, elle donne désormais la préférence au VPC21, en dose unique, pour toutes les personnes de 65 ans et plus et pour les adultes à risque de 18 à 64 ans. La campagne grippe-covid qui s’ouvre le 13 octobre va faire passer au comptoir exactement ce public. Voici ce qui change, ce qui n’a pas encore suivi (le calendrier vaccinal, le remboursement du VPC20 chez l’enfant), et comment savoir vite si ton patient est à jour.

Ce que la HAS a recommandé, et quand

La recommandation a été validée par la HAS le 23 juillet 2026 et mise en ligne le 30 juillet avec un communiqué de presse, puis mise à jour le 7 août. La HAS s’était autosaisie pour redéfinir la place des deux vaccins conjugués à plus haute valence : le VPC20 (Prevenar 20), 20-valent, et le VPC21 (Capvaxive), 21-valent.

Public Recommandation HAS de juillet 2026 Calendrier des vaccinations en vigueur
Toutes les personnes de 65 ans et plus VPC21 à titre préférentiel, dose unique VPC20 ou VPC21, dose unique
Adultes de 18 à 64 ans à risque VPC21 à titre préférentiel, dose unique ; ajout des soudeurs régulièrement exposés aux fumées de soudage et des travailleurs de la métallurgie VPC20 ou VPC21, selon les vaccinations antérieures
Nourrissons dès 8 semaines, prématurés compris VPC20 à 2, 4 et 6 mois, rappel à 11 mois VPC13 ou VPC15 à 2 et 4 mois, rappel à 11 mois (prématurés et nourrissons à risque : 2, 3, 4 et 11 mois)
Enfants à risque, après la primovaccination du nourrisson VPC20, arrêt du VPC13, du VPC15 et du VPP23. Déjà vaccinés : une dose, au moins 8 semaines après le dernier vaccin conjugué (15 mois à moins de 5 ans) ou le dernier vaccin pneumococcique (5 à 17 ans). Jamais vaccinés : deux doses espacées d’au moins 8 semaines entre 12 et 24 mois, une dose de 2 à moins de 5 ans À partir de 2 ans : VPC13 ou VPC15, puis VPP23

Le calendrier des vaccinations publié par le ministère (version de juillet 2026, page mise à jour le 26 août) n’a pas encore intégré cette recommandation au moment où nous écrivons ces lignes. Or c’est lui qui fixe le cadre de prescription du pharmacien : sa prochaine mise à jour est à guetter.

Le VPP23, vaccin polyosidique non conjugué, sort du jeu : chez l’adulte, le calendrier ne le cite plus qu’au titre des antécédents, pour calculer un délai ; chez l’enfant à risque, la HAS recommande d’arrêter de l’utiliser.

Pourquoi le VPC21 chez l’adulte

L’argument décisif, c’est la couverture des sérotypes qui circulent en France. D’après les données du Centre national de référence citées par la HAS, le VPC21 couvre les sérotypes responsables de 83,5 % des infections invasives à pneumocoque de l’adulte, contre 62,3 % pour le VPC20. Ce ne sont pas deux versions successives : ils partagent 11 sérotypes, le VPC21 en contient 10 absents du VPC20, et le VPC20 en contient 9 absents du VPC21.

La nuance à garder : une couverture de sérotypes n’est pas une efficacité mesurée. La HAS le souligne : aucune donnée clinique d’efficacité n’existe pour le VPC21 chez l’adulte, l’évaluation repose sur l’immunogénicité, et la durée de protection n’est pas connue. Sa modélisation, réalisée avec l’Institut Pasteur, retient pourtant le duo VPC20 chez l’enfant et VPC21 chez l’adulte comme la stratégie qui réduit le plus les infections invasives sur cinq ans.

Côté comptoir, le chiffre qui parle : la HAS estime la couverture vaccinale à 10 % chez les personnes à risque accru d’infection invasive et à 20 % chez les patients immunodéprimés. Elle n’a pas encore de chiffre pour les 65 ans et plus, visés seulement depuis 2025.

Ce qui ne change pas

  • Une seule dose, pas de rappel établi. La HAS ne se prononce pas, à ce stade, sur une revaccination après la dose unique.
  • Pas de rattrapage après un VPC20. La HAS ne propose aucun rattrapage aux adultes déjà vaccinés par le VPC20, et aucun schéma associant les deux vaccins n’a été étudié.
  • Le remboursement adulte. Le VPC21 est remboursable à 65 % chez les 18 ans et plus visés par les recommandations HAS du 3 juillet 2025 (arrêté du 25 novembre 2025, JO du 2 décembre 2025 ; commercialisé depuis le 6 décembre), comme le VPC20. Même prix pour les deux dans la base de données publique des médicaments : 57,55 € honoraire compris. Préférer le VPC21 ne coûte rien de plus au patient.
  • Le VPC20 n’est pas devenu une erreur. Il reste inscrit au calendrier en vigueur chez l’adulte : si le VPC21 manque, vacciner avec le VPC20 reste conforme. Et la préférence vaut quand le pharmacien prescrit : une ordonnance qui nomme le VPC20 se délivre en VPC20, il n’y a pas de substitution entre vaccins.

Déjà vacciné ? L’historique décide

Ce que le patient a déjà reçu Conduite à tenir
Aucun vaccin pneumococcique Une dose unique, VPC21 de préférence
Une dose de VPC20 ou de VPC21 Rien de plus : pas de rappel établi, pas de rattrapage par VPC21 après VPC20
Une seule dose de VPC13, ou une seule dose de VPP23 Une dose de VPC20 ou de VPC21, si l’injection remonte à plus d’un an
La séquence VPC13 puis VPP23 Une dose de VPC20 ou de VPC21, au moins cinq ans après le VPP23

Ces délais figurent dans le calendrier pour les adultes à risque, y compris après 65 ans. C’est le profil de la plupart des personnes vaccinées avec l’ancien schéma, puisque la vaccination de tous les 65 ans et plus ne date que d’avril 2025. Pour les personnes immunodéprimées, la HAS signale qu’une recommandation spécifique est en cours d’élaboration par la Société de pathologie infectieuse de langue française. Cela ne suspend pas le calendrier, qui prévoit une dose de VPC20 ou de VPC21 chez l’adulte immunodéprimé (ce n’est pas un vaccin vivant) ; dans une situation instable (greffe récente, chimiothérapie en cours), le médecin qui suit le patient précise le moment de l’injection.

Qui repérer au comptoir

Tous les patients de 65 ans et plus, sans condition. Avant 65 ans, les adultes à risque élevé listés par le calendrier :

  • immunodéprimés : asplénie ou hyposplénie (syndromes drépanocytaires majeurs compris), déficit immunitaire héréditaire, infection par le VIH, tumeur solide ou hémopathie maligne, transplantation d’organe solide faite ou en attente, greffe de cellules souches hématopoïétiques, traitement immunosuppresseur, biothérapie ou corticothérapie pour une maladie auto-immune ou inflammatoire chronique, syndrome néphrotique ;
  • non immunodéprimés porteurs d’une maladie qui prédispose : cardiopathie congénitale cyanogène, insuffisance cardiaque ; insuffisance respiratoire chronique, BPCO, emphysème ; asthme sévère sous traitement continu ; insuffisance rénale ; hépatopathie chronique, d’origine alcoolique ou non ; diabète non équilibré par le simple régime ; brèche ostéoméningée, implant cochléaire ou candidature à un implant.

L’historique de délivrance donne des indices, jamais un diagnostic : un traitement par méthotrexate, adalimumab ou prednisone au long cours pour une maladie inflammatoire, un diabète traité par metformine ou par insuline, une BPCO sous tiotropium. Le facteur de risque se confirme en parlant avec le patient.

Deux précisions. Les soudeurs et travailleurs de la métallurgie ajoutés par la HAS ne figurent pas encore dans le calendrier en vigueur : le pharmacien ne les vaccine pas sur ce seul motif, et le remboursement, calé sur les recommandations de 2025, ne leur est pas encore ouvert. En attendant, oriente-les vers leur médecin. Et la HAS indique que le tabagisme, l’alcoolisme, l’obésité et la trisomie 21 ne sont pas retenus, à ce stade, comme facteurs de risque en France.

Qui prescrit, qui injecte

  • Le pharmacien formé et déclaré peut prescrire et administrer le vaccin pneumococcique aux personnes de 11 ans et plus, « selon les recommandations figurant dans ce même calendrier » (arrêté du 8 août 2023 modifié, article 3). Différence avec la grippe et la covid, ouvertes aux personnes ciblées ou non : ici, seulement les personnes visées par le calendrier.
  • Le préparateur formé administre, sous la supervision d’un pharmacien formé, mais ne prescrit pas (article 5 bis du même arrêté).
  • Avant 11 ans, l’officine délivre sur prescription. Pour une ordonnance de VPC20 chez un nourrisson, vérifie la prise en charge : dans la base de données publique des médicaments, les avis de remboursement du VPC20 ne portent que sur les 18 ans et plus, et Infovac indique au 1er octobre que l’extension pédiatrique n’est pas encore remboursée. Le calendrier en vigueur prévoit encore le VPC13 ou le VPC15 : en cas de doute ou de reste à charge imprévu, joins le prescripteur, sans laisser prendre de retard à une vaccination obligatoire.

Les formalités et la rémunération de l’acte sont détaillées dans notre page de référence vaccination à l’officine : qui peut prescrire et administrer quoi.

Le même jour que la grippe et la covid ?

Oui. La HAS indique que le VPC20 et le VPC21 peuvent être administrés en même temps que les autres vaccins recommandés selon le calendrier ; les données de co-administration qu’elle cite portent sur la grippe et la covid pour le VPC20, sur la grippe pour le VPC21. Les règles générales du calendrier complètent : jusqu’à quatre injections dans une même séance, en accord avec la personne, sur des sites différents espacés d’au moins 2,5 cm, de préférence dans le deltoïde chez l’adulte. Le calendrier de la campagne et les vaccins de la saison sont dans notre article sur la campagne grippe-covid 2026-2027.

Avant d’injecter, retrouve l’historique : carnet de vaccination, dossier médical partagé (consultable par le patient dans Mon espace santé), médecin traitant. Après, la traçabilité suit l’article R. 5125-33-9 du code de la santé publique : enregistrement au registre des substances vénéneuses (ordonnancier informatisé) avec la date d’administration et le numéro de lot ; inscription dans le carnet de santé, le carnet de vaccination ou le DMP (nom et prénom d’exercice du vaccinateur, vaccin, date, lot), ou à défaut une attestation remise au patient ; sans DMP et avec son accord, transmission au médecin traitant par messagerie sécurisée de santé. C’est cette trace qui évitera, dans deux ans, la question de Sam. Pour expliquer la démarche au patient, appuie-toi sur la fiche conseil sur les vaccinations de l’adulte.

À retenir

  • HAS, 30 juillet 2026 : VPC21 préférentiel en dose unique chez les 65 ans et plus et les adultes à risque de 18 à 64 ans.
  • Le calendrier en vigueur cite toujours le VPC20 ou le VPC21 chez l’adulte : les deux restent conformes, le VPC21 est à privilégier.
  • Déjà vacciné par VPC20 ou VPC21 : rien à refaire. Ancien schéma : une dose, 1 an après un VPC13 ou un VPP23 isolé, 5 ans après le VPP23 d’une séquence VPC13 puis VPP23.
  • Adulte : 65 % pour les deux vaccins, même prix. Nourrisson : VPC20 recommandé mais pas encore remboursé.
  • Pharmacien : prescription et injection dès 11 ans, pour les personnes visées par le calendrier ; préparateur : injection. Même séance que la grippe et la covid possible.

Les questions qui reviennent

Un patient vacciné par VPC20 l’an dernier demande « le nouveau » : on le fait ?

Non. La HAS ne propose pas de rattrapage par VPC21 après un VPC20, et aucun schéma associant les deux n’a été étudié. Il est à jour : dis-le-lui clairement, c’est aussi une information utile.

Le patient ne retrouve aucune trace de vaccination antérieure ?

Carnet, DMP, puis médecin traitant. Si le statut reste inconnu, le calendrier rappelle qu’administrer un vaccin à une personne peut-être déjà immunisée n’est pas dangereux. Mais si le patient évoque une injection récente, cherche sa date : les délais d’un an ou de cinq ans en dépendent.

Plus de VPC21 en stock : on reporte ?

Pas forcément. Le VPC20 reste inscrit au calendrier en vigueur chez l’adulte et reste remboursé. Reporter, c’est prendre le risque que le patient ne revienne pas.

Une ordonnance de VPC20 pour un nourrisson de 2 mois ?

Elle suit la recommandation HAS, mais le calendrier prévoit encore le VPC13 ou le VPC15, et le remboursement du VPC20 ne couvre pas l’enfant. L’obligation vaccinale porte sur le schéma du calendrier. Préviens les parents du non-remboursement avant de délivrer ; s’ils ne peuvent pas avancer le coût, appelle le prescripteur pour qu’un VPC13 ou un VPC15, remboursé, soit fait sans retard.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie

Cette saison, une question suffit pour chaque patient de 65 ans et plus qui vient pour la grippe : « Avez-vous déjà eu un vaccin contre le pneumocoque, et lequel ? » Une dose de VPC20 ou de VPC21, c’est fait. Rien, ou l’ancien schéma, c’est une dose (délais compris), le VPC21 de préférence, le VPC20 restant conforme. Et garde la nuance pour toi : 83,5 % est une couverture de sérotypes, pas une efficacité mesurée.

Sources

Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.

Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

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