Lamotrigine
L'essentiel
Antiépileptique de seconde génération utilisé en monothérapie ou en association dans plusieurs formes d’épilepsie (crises partielles, crises généralisées dont les crises tonico-cloniques, crises du syndrome de Lennox-Gastaut). Également indiquée, chez l’adulte, en prévention des épisodes dépressifs du trouble bipolaire de type I à prédominance dépressive ; ce n’est pas un traitement de la crise aiguë (ni manie, ni épisode dépressif en cours). Sa place tient à un profil de tolérance souvent jugé favorable au long cours, au prix d’une instauration lente et progressive.
Posologie
- Principe clé : instauration toujours très progressive, par paliers sur plusieurs semaines, jusqu’à la dose d’entretien. Cette montée lente n’est pas une précaution de confort, c’est ce qui réduit le risque cutané.
- Adulte : dose d’entretien usuelle de l’ordre de quelques centaines de mg/jour selon l’indication et les médicaments associés ; se référer au schéma exact du RCP.
- En association au valproate : doses initiales et paliers réduits (le valproate freine l’élimination de la lamotrigine et augmente sa concentration), ce qui majore le risque cutané.
- En association à un inducteur (carbamazépine, phénytoïne, phénobarbital, certains antiépileptiques) : schéma au contraire plus rapide, doses plus élevées.
- Enfant : posologie rapportée au poids, paliers spécifiques, toujours selon le RCP ; le risque cutané grave est plus élevé que chez l’adulte, d’où une dose initiale particulièrement prudente.
- Reprise après arrêt : si le traitement a été interrompu plus de quelques jours, reprendre la titration depuis le début, jamais d’emblée à la dose d’entretien.
Risque de réactions cutanées graves (syndrome de Stevens-Johnson, syndrome de Lyell, DRESS), surtout en début de traitement, en cas de montée de dose trop rapide ou d’association au valproate, et plus fréquentes chez l’enfant. Tout rash, fièvre, atteinte des muqueuses ou malaise dans les premières semaines impose un avis médical sans délai. L’arrêt ne se décide jamais seul au comptoir, mais on oriente vite vers le médecin.
Interactions
- Valproate (acide valproïque, divalproate) : augmente fortement les concentrations de lamotrigine. Impose un schéma de titration ralenti et majore le risque cutané. Interaction la plus structurante à connaître.
- Inducteurs enzymatiques (carbamazépine, phénytoïne, phénobarbital, rifampicine) : abaissent les concentrations de lamotrigine, dose d’entretien souvent plus élevée.
- Estroprogestatifs (contraception orale combinée) : l’estrogène abaisse les concentrations de lamotrigine (souvent réduites de moitié), avec risque de perte d’efficacité. Le piège est surtout à l’arrêt de la pilule : la concentration peut alors environ doubler et exposer à un surdosage (vertiges, vision double, instabilité). Tout début ou arrêt de contraception combinée justifie de prévenir le prescripteur pour réévaluer la dose.
- Tout changement d’antiépileptique associé : modifie potentiellement l’équilibre de la lamotrigine, signal à transmettre au prescripteur.
Grossesse / allaitement
- Grossesse : parmi les antiépileptiques, la lamotrigine fait partie des options envisagées chez la femme en âge de procréer, mais la décision relève du neurologue ou du psychiatre. Ne jamais arrêter un antiépileptique de soi-même pendant la grossesse : le risque d’une crise non contrôlée doit être mis en balance. Les concentrations peuvent varier au cours de la grossesse et justifier une surveillance.
- Allaitement : passage dans le lait non négligeable ; possible au cas par cas selon l’avis médical, en surveillant le nourrisson (somnolence, prise alimentaire, éruption). Toujours s’en remettre à la décision du prescripteur.
Conseils de comptoir
- Le mot d’ordre à transmettre : respecter scrupuleusement les paliers de la titration et ne jamais accélérer pour aller plus vite. C’est la sécurité cutanée qui est en jeu.
- Surveiller la peau dans les premières semaines : prévenir le patient de signaler tout bouton, rougeur étendue, fièvre ou aphtes, et de consulter rapidement.
- Ne pas interrompre brutalement : l’arrêt d’un antiépileptique se fait toujours de façon progressive et encadrée, sous peine de récidive de crises.
- En cas d’oubli ou de rupture de quelques jours, ne pas reprendre seul à pleine dose : c’est le prescripteur qui décide de reprendre la titration.
- Un changement de contraception (début ou arrêt d’une pilule estroprogestative) peut déséquilibrer le traitement : signale-le, l’adaptation de dose revient au médecin.
- Pour les comprimés dispersibles, suivre les modalités de la notice (avalés tels quels ou dispersés dans un peu d’eau).
Teste-toi
Mémo
Lamotrigine = lente et la peau. Lente : on monte la dose par paliers, jamais en accéléré. La peau : tout rash des premières semaines fait lever le nez du comptoir. Et attention au piège du nom : la lamotrigine (antiépileptique, cerveau) se confond facilement à l’écrit avec la terbinafine (antifongique des mycoses) ; à la moindre ambiguïté sur l’ordonnance, on vérifie l’indication.
À voir aussi
Antiépileptiques :
Et dans la même aire (Neuro-psy) :
Références bibliographiques
- RCP Lamotrigine, Base de données publique des médicaments (ANSM/HAS) Consulter (nouvel onglet)
- Thésaurus des interactions médicamenteuses, ANSM Consulter (nouvel onglet)
- Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), médicaments et grossesse / allaitement Consulter (nouvel onglet)
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