Carbamazépine

Antiépileptique (canaux sodiques) · Inducteur enzymatique · Liste II · Voie orale
Boîte illustrative de Carbamazépine, médicament générique fictif aux couleurs de La Juste Dose. Image générée par IA.
Délivrance
2 / 4 · délivré régulièrement
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L'essentiel

Antiépileptique ancien et de référence dans certaines épilepsies (notamment crises partielles), aussi utilisé dans la névralgie du trijumeau, comme thymorégulateur dans le trouble bipolaire et dans certaines douleurs neuropathiques. C’est un inducteur enzymatique puissant qui accélère le métabolisme de nombreux médicaments associés, et qui induit aussi son propre métabolisme (la dose peut devoir être réévaluée dans les premières semaines). La dose est augmentée progressivement et la marge thérapeutique reste étroite : on a volontiers recours aux dosages plasmatiques au long cours.

Posologie

  • Adulte : instauration à faible dose puis augmentation progressive par paliers jusqu’à la dose d’entretien usuelle, le plus souvent répartie en 2 à 3 prises ; la dose exacte est individualisée et guidée par la clinique et les dosages plasmatiques (se référer au RCP).
  • Enfant : posologie rapportée au poids, titration lente également ; formes adaptées (suspension buvable, comprimés) selon l’âge. La suspension buvable est à éviter chez le nouveau-né de moins de 4 semaines, ou le prématuré de moins de 44 semaines d’âge post-menstruel (propylène glycol, risque d’atteinte rénale et hépatique), sauf absence d’alternative.
  • Forme LP : les comprimés à libération prolongée lissent les concentrations et se prennent en général en 2 prises ; ne pas écraser ni croquer un comprimé LP.
  • Insuffisance hépatique : prudence et surveillance, le foie étant la voie principale de métabolisme.
  • Contre-indications à repérer : bloc auriculo-ventriculaire, antécédent d’aplasie médullaire ou de porphyrie hépatique, et certains traitements associés (voriconazole, isavuconazole, lurasidone, rilpivirine, plusieurs antiviraux de l’hépatite C, cobicistat).
  • Prise au cours des repas pour limiter la gêne digestive ; ne jamais arrêter brutalement un traitement antiépileptique (risque de recrudescence des crises).
Réflexe sécurité

Chez une fille, une adolescente ou une femme susceptible d’être enceinte, pas de délivrance sans l’attestation annuelle d’information partagée, cosignée par la patiente et le médecin et datant de moins d’un an. Inducteur enzymatique puissant, la carbamazépine fait aussi chuter l’efficacité de nombreux traitements, dont les contraceptifs hormonaux : on vérifie que la contraception est adaptée et on rappelle le risque malformatif. On signale enfin sans attendre toute éruption cutanée précoce, surtout avec fièvre ou atteinte des muqueuses : elle peut annoncer une réaction grave (DRESS, syndrome de Stevens-Johnson).

Interactions

  • Contraceptifs hormonaux : l’induction enzymatique diminue leur efficacité, risque d’échec de contraception. Réévaluer la méthode avec le prescripteur.
  • Contraception d’urgence : si la patiente a pris de la carbamazépine dans les 4 dernières semaines, l’ulipristal est déconseillé et le lévonorgestrel perd en efficacité. On oriente en priorité vers un DIU au cuivre ; à défaut, le RCP prévoit de doubler la dose de lévonorgestrel.
  • Anticoagulants oraux directs et ticagrélor : apixaban, rivaroxaban, dabigatran et ticagrélor voient leurs concentrations chuter, avec un risque de thrombose ou de perte d’efficacité : associations déconseillées, à signaler au prescripteur. Les AVK restent possibles avec un contrôle plus fréquent de l’INR, pendant l’association et 8 jours après l’arrêt.
  • Autres substrats métabolisés par le foie : nombreux antiépileptiques, antivitamines K, immunosuppresseurs, certains antiviraux et bien d’autres voient leurs concentrations baisser. Toute association mérite un contrôle du Thésaurus ANSM.
  • Inhibiteurs enzymatiques (ex. certains macrolides, antifongiques azolés, jus de pamplemousse) : peuvent au contraire augmenter la carbamazépinémie et exposer au surdosage.
  • Médicaments hyponatrémiants (diurétiques, certains antidépresseurs) : additionnent le risque d’hyponatrémie déjà propre à la molécule.

Grossesse / allaitement

  • Grossesse : molécule tératogène (malformations majeures 2 à 3 fois plus fréquentes, notamment anomalies de fermeture du tube neural, et troubles du neurodéveloppement non exclus). Chez une femme susceptible d’être enceinte, la carbamazépine n’est utilisée que faute d’alternative, après un test de grossesse, avec une contraception efficace jusqu’à deux semaines après l’arrêt (un DIU, ou deux méthodes dont un préservatif, puisque la pilule peut être mise en échec) et l’attestation annuelle d’information partagée. Un projet de grossesse se prépare avec le spécialiste ; on n’arrête jamais seul un antiépileptique. Renvoyer vers le prescripteur.
  • Allaitement : déconseillé par le RCP, en raison d’un passage non négligeable dans le lait et de rares atteintes hépatiques chez le nouveau-né allaité. Si la mère souhaite allaiter, la décision se prend avec l’équipe soignante, avec une surveillance du nourrisson (somnolence, prise de poids, teint jaune).

Conseils de comptoir

  • Ne jamais arrêter brutalement : un arrêt non encadré expose à une reprise des crises. Toute modification passe par le prescripteur.
  • Effets fréquents en début de traitement (somnolence, vertiges, vision trouble, troubles de l’équilibre) : prudence au volant et au travail tant que la titration n’est pas stabilisée. Ces effets s’atténuent souvent à mesure que l’organisme s’adapte.
  • Surveillance biologique au long cours : numération sanguine, bilan hépatique et natrémie sont contrôlés car la molécule peut retentir sur le sang, le foie et le sodium (hyponatrémie).
  • Signaler sans attendre une éruption cutanée, de la fièvre, des aphtes, un mal de gorge ou des ecchymoses inhabituelles : ces signes imposent un avis médical rapide.
  • Ne pas écraser les comprimés LP ; respecter l’observance, des oublis répétés déstabilisent l’équilibre du traitement.

Teste-toi

Question 1 / 3
Une patiente de 24 ans sous pilule vient chercher une primo-délivrance de carbamazépine. Que vérifies-tu en priorité ?
Deux choses, et la première conditionne la délivrance : l'attestation d'information partagée, cosignée par la patiente et le prescripteur et datant de moins d'un an, obligatoire chez toute femme susceptible d'être enceinte ; sans elle, on ne délivre pas et on recontacte le prescripteur. Ensuite la contraception : la carbamazépine est un inducteur enzymatique puissant qui diminue l'efficacité des contraceptifs hormonaux, la pilule peut ne plus suffire, avec un vrai risque de grossesse alors que la molécule est tératogène. Le bon réflexe : orienter vers le prescripteur pour passer à une méthode efficace non concernée par l'interaction (un DIU, ou deux méthodes dont un préservatif), et tracer l'intervention.

Mémo

Pour retenir

Carbamazépine, c’est P.I.C. : Pilule (efficacité réduite, à réévaluer), Induction enzymatique (elle accélère le métabolisme de tout ce qui passe, le sien compris), Cutané et grossesse (éruption précoce à surveiller, molécule tératogène). Trois lettres pour ne rien oublier au comptoir.

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Références bibliographiques

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Fiche publiée le 14 juin 2026
Sous la responsabilité éditoriale de Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie · La Juste Dose Pharma
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

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