Duloxétine
L'essentiel
Antidépresseur inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSNa). Son intérêt tient à ce double profil : indiqué dans l’épisode dépressif majeur, le trouble anxieux généralisé et, ce qui le distingue, la douleur neuropathique diabétique périphérique de l’adulte. C’est souvent par cette dernière indication antalgique que tu le verras passer au comptoir, parfois sans que le patient l’identifie comme un antidépresseur. Comme pour toute la classe, l’effet sur l’humeur s’installe en 2 à 4 semaines et l’arrêt ne se fait jamais brutalement.
Posologie
- Adulte (dépression, anxiété généralisée) : en une prise quotidienne, souvent de l’ordre de 60 mg/jour ; l’initiation (parfois plus basse), la titration et la dose maximale relèvent du prescripteur.
- Douleur neuropathique diabétique : posologie quotidienne du même ordre, réévaluée sur la réponse et la tolérance ; ne pas s’étonner de voir cette indication sans contexte dépressif.
- Insuffisance rénale sévère, insuffisance hépatique : situations où la duloxétine est déconseillée ou contre-indiquée ; toujours se fier à l’ordonnance et au RCP.
- Gélules à avaler entières, sans ouvrir ni croquer (forme gastro-résistante), à heure régulière, au cours ou en dehors des repas. Arrêt toujours progressif.
Le foie commande. La duloxétine est contre-indiquée en cas d’atteinte hépatique et chez le consommateur d’alcool important : des cas d’atteinte hépatique, parfois sévères, ont été rapportés. On reste attentif aux signes d’alerte (ictère, urines foncées, douleur de l’hypochondre droit, fatigue inhabituelle) à signaler sans tarder. Deux autres vigilances de la classe : risque suicidaire majoré en début de traitement et aux changements de dose (surtout chez le jeune adulte), et syndrome de sevrage si l’arrêt est brutal. On n’arrête jamais d’un coup.
Interactions
- IMAO : association contre-indiquée (risque de syndrome sérotoninergique grave) ; respecter le délai d’arrêt avant et après. Même vigilance avec le linézolide et le bleu de méthylène.
- Autres sérotoninergiques (tramadol, triptans, autres antidépresseurs, millepertuis) : risque de syndrome sérotoninergique (agitation, sueurs, tremblements, fièvre, tachycardie). Le millepertuis en automédication et le tramadol pour une douleur sont les pièges classiques au comptoir.
- Inhibiteurs puissants du CYP1A2 (dont certains antibiotiques, et le tabac qui agit en sens inverse) : variation des concentrations de duloxétine ; en parler si une association ou un sevrage tabagique survient.
- AINS, antiagrégants, anticoagulants : majoration du risque hémorragique (notamment digestif), commune aux sérotoninergiques.
Grossesse / allaitement
- Grossesse : ne pas interrompre un traitement équilibré sans avis médical, le déséquilibre maternel a aussi un coût. Une réévaluation au cas par cas est nécessaire ; en fin de grossesse, surveiller le nouveau-né (signes d’imprégnation ou de sevrage). Orienter vers le prescripteur et, au besoin, vers les ressources de référence sur le médicament et la grossesse.
- Allaitement : passage dans le lait ; décision au cas par cas avec le médecin, le plus souvent en pesant le bénéfice maternel. Si l’allaitement est poursuivi, surveiller le nourrisson (somnolence, prise alimentaire, comportement).
Conseils de comptoir
- Expliquer le délai d’action : sur l’humeur et l’anxiété, l’effet s’installe en 2 à 4 semaines. Sur la douleur neuropathique, le soulagement peut aussi demander quelques semaines. Ne pas arrêter en se croyant « sans effet » au bout de quelques jours.
- Les premiers jours peuvent s’accompagner de nausées, de sécheresse buccale, de céphalées, de somnolence ou au contraire d’insomnie : c’est souvent transitoire, à signaler si cela persiste ou inquiète.
- Jamais d’arrêt brutal : la diminution se fait progressivement, sur prescription, pour éviter le syndrome de sevrage (sensations vertigineuses, troubles sensoriels, irritabilité, troubles du sommeil).
- Gélule à avaler entière : on ne l’ouvre pas, on ne l’écrase pas. La duloxétine peut un peu élever la pression artérielle : si le patient se surveille, ne pas s’inquiéter d’un contrôle ponctuel demandé par le médecin.
- Quelques terrains à garder en tête (l’ordonnance et le RCP tranchent) : glaucome à angle fermé non contrôlé et hypertension non équilibrée appellent une vigilance particulière. Au comptoir, écarter l’automédication par le millepertuis, rester attentif aux signes d’alerte de l’humeur en début de traitement, et penser au foie chez les consommateurs d’alcool.
Teste-toi
Mémo
La duloxétine joue sur deux tableaux : sérotonine et noradrénaline (IRSNa), d’où ses deux visages au comptoir, l’humeur/anxiété et la douleur neuropathique du diabétique. Trois garde-fous de la classe : 2 à 4 semaines avant l’effet, jamais d’arrêt brutal, et on pense au foie (alcool, atteinte hépatique = contre-indication).
À voir aussi
Antidépresseurs IRSNa :
Et dans la même aire (Neuro-psy) :
Références bibliographiques
- RCP Duloxétine, Base de données publique des médicaments (ANSM/HAS) Consulter (nouvel onglet)
- Thésaurus des interactions médicamenteuses, ANSM Consulter (nouvel onglet)
- Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), médicaments et grossesse / allaitement Consulter (nouvel onglet)
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