Dorzolamide + timolol
L'essentiel
Collyre du glaucome chronique à angle ouvert et de l’hypertonie oculaire, quand un seul principe actif ne suffit plus à faire baisser la pression intraoculaire. Il réunit dans un même flacon deux mécanismes complémentaires : le dorzolamide, inhibiteur de l’anhydrase carbonique, qui réduit la production d’humeur aqueuse, et le timolol, bêtabloquant, qui agit lui aussi en diminuant cette sécrétion. L’association se prescrit en relais d’une bithérapie pour simplifier le schéma et améliorer l’observance, jamais en première intention.
Posologie
- Adulte : usuellement 1 goutte dans l’oeil (ou les deux yeux) atteint, 2 fois par jour. S’en tenir au rythme indiqué sur l’ordonnance, ne pas doubler les gouttes pour rattraper un oubli.
- Technique d’instillation : 1 goutte suffit, l’oeil n’en retient pas plus. Si plusieurs collyres sont prescrits, espacer chaque instillation d’au moins 10 minutes.
- Geste clé : après la goutte, fermer l’oeil et comprimer doucement l’angle interne (occlusion du canal lacrymal) 1 à 2 minutes : on limite le passage du timolol dans la circulation générale, donc les effets bêtabloquants systémiques.
- Lentilles : retirer les lentilles souples avant l’instillation (conservateur), attendre environ 15 minutes avant de les remettre.
- Insuffisance rénale : le dorzolamide est éliminé par le rein et l’association est contre-indiquée en insuffisance rénale sévère ; en insuffisance rénale modérée ou hépatique, prudence et avis médical. Se référer au RCP pour les situations particulières.
Un collyre n’est pas anodin : le timolol est un bêtabloquant qui passe dans le sang. Asthme (ou antécédent), bronchopneumopathie obstructive sévère, bradycardie marquée, bloc auriculo-ventriculaire de haut degré ou insuffisance cardiaque non contrôlée sont des contre-indications. Devant un patient asthmatique ou très ralenti côté coeur, on ne laisse pas filer : on vérifie auprès du prescripteur.
Interactions
- Bêtabloquants oraux ou autre collyre bêtabloquant : effet additif, majoration du risque de bradycardie et d’hypotension. L’association de deux bêtabloquants n’est pas recommandée ; repérer si le patient en prend déjà par voie générale.
- Inhibiteurs calciques bradycardisants (vérapamil, diltiazem), digoxine, antiarythmiques : risque de troubles de la conduction et de bradycardie, surveillance cardiaque.
- Autres inhibiteurs de l’anhydrase carbonique (acétazolamide par voie orale) : association non recommandée, effets systémiques cumulés.
- Diabétique sous hypoglycémiants : le timolol peut masquer les signes d’une hypoglycémie (tremblements, tachycardie). Information utile au comptoir.
Grossesse / allaitement
- Grossesse : l’usage n’est pas recommandé sauf nécessité, en particulier le timolol (bêtabloquant) en fin de grossesse, en raison du risque de bradycardie et d’hypoglycémie chez le nouveau-né. Décision au cas par cas avec l’ophtalmologiste ; toujours se référer au RCP.
- Allaitement : les bêtabloquants passent dans le lait. L’allaitement est déconseillé pendant le traitement ; surveiller le nourrisson en cas de poursuite décidée médicalement.
Conseils de comptoir
- Bien rappeler le geste anti-passage systémique (fermer l’oeil, comprimer l’angle interne 1 à 2 minutes) : c’est ce qui sécurise un collyre bêtabloquant.
- Le dorzolamide est un dérivé sulfamide : devant un antécédent d’allergie sévère aux sulfamides, on le signale au prescripteur, des réactions du même type restant possibles même par voie oculaire.
- Un goût amer dans la bouche juste après l’instillation est fréquent et bénin : il signe le passage du collyre par le canal lacrymal vers la gorge, ce n’est pas une réaction allergique.
- Effets locaux courants et le plus souvent transitoires : sensation de brûlure ou de picotement, yeux qui piquent, vision un peu trouble dans la minute qui suit. Si une vision floue persiste, prudence avant de conduire.
- Signaler au médecin une fatigue inhabituelle, un essoufflement, des palpitations ou un ralentissement du pouls : ce sont des signes possibles du passage du timolol dans l’organisme.
- Respecter la date limite après ouverture du flacon (souvent 28 jours, vérifier la notice) et ne jamais toucher l’embout sur l’oeil ou les doigts pour éviter de contaminer le collyre.
Teste-toi
Mémo
Deux molécules, deux freins sur le robinet de l’humeur aqueuse : le dorzolamide (anhydrase carbonique) et le timolol (bêtabloquant). Le piège, c’est le T de Timolol : un collyre, oui, mais un bêtabloquant quand même. Réflexe : asthme et coeur lent avant de délivrer, compression du coin de l’oeil après la goutte.
À voir aussi
Bêtabloquants en collyre :
Et dans la même aire (Ophtalmo) :
Références bibliographiques
- RCP de l'association dorzolamide/timolol, Base de données publique des médicaments (ANSM/HAS) Consulter (nouvel onglet)
- HAS, Diagnostic et prise en charge de l'hypertonie oculaire et du glaucome primitif à angle ouvert Consulter (nouvel onglet)
- Thésaurus des interactions médicamenteuses, ANSM Consulter (nouvel onglet)
- Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), médicaments et grossesse / allaitement Consulter (nouvel onglet)
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