Colchicine (+ tiémonium + opium)
L'essentiel
Traitement de la crise de goutte et des accès aigus de certains rhumatismes microcristallins (chondrocalcinose). La colchicine est l’anti-inflammatoire de référence de la crise quand les AINS sont contre-indiqués ou mal tolérés. Dans cette association, le tiémonium (antispasmodique atropinique) et la poudre d’opium visent à limiter la diarrhée, effet indésirable précoce et fréquent de la colchicine. Elle ne traite pas l’hyperuricémie de fond : c’est un traitement de l’accès, pas un hypo-uricémiant.
Posologie
- Crise de goutte (adulte) : schéma à faible dose initié le plus tôt possible, avec une dose le premier jour puis un relais réduit les jours suivants, ajusté sur l’évolution et la tolérance. Suivre la posologie exacte du RCP et de l’ordonnance, ne jamais improviser à la hausse.
- Limite de sécurité : la diarrhée est le premier signe d’imprégnation : son apparition impose de réduire ou d’arrêter, c’est un signal d’alarme et non un simple désagrément.
- Insuffisance rénale ou hépatique : l’insuffisance rénale sévère (clairance < 30 ml/min) et l'insuffisance hépatique sévère sont des contre-indications de la colchicine ; dans les atteintes plus modérées, l'élimination est réduite et la posologie doit être adaptée. Renvoyer au prescripteur en cas de doute.
- Sujet âgé : marge de sécurité plus étroite, fonction rénale souvent diminuée, vigilance accrue.
- Prise au cours des repas, en respectant scrupuleusement le nombre de comprimés par jour indiqué.
La colchicine a une marge thérapeutique étroite : la dose qui soigne est proche de la dose qui intoxique, et un surdosage peut être grave, voire mortel. La diarrhée signe le début du surdosage : devant des diarrhées, vomissements ou douleurs abdominales, on réduit ou on arrête et on contacte un médecin. Jamais d’augmentation de dose de la part du patient pour soulager plus vite.
Interactions
- Macrolides inhibiteurs puissants (clarithromycine, érythromycine, josamycine) et pristinamycine : risque de surdosage de la colchicine potentiellement fatal, association contre-indiquée, à intercepter sans délai. La roxithromycine, inhibiteur plus modéré, relève d’une précaution d’emploi ; la spiramycine n’est pas concernée.
- Antifongiques azolés, ciclosporine, vérapamil, certains antiviraux boostés : augmentent aussi les concentrations de colchicine, association déconseillée : prudence et avis médical.
- Pamplemousse (jus et fruit) : même mécanisme inhibiteur, majoration de l’exposition à la colchicine : à éviter pendant le traitement.
- Statines et fibrates : risque additif de toxicité musculaire (myopathie, rhabdomyolyse), précaution d’emploi : surveiller l’apparition de douleurs musculaires.
- Opium (composant de l’association) : effet sédatif et constipant ; prudence avec l’alcool, les autres opioïdes et les dépresseurs du système nerveux central ; conduite à risque chez certains patients.
Grossesse / allaitement
- Grossesse : la présence d’opium et de tiémonium n’est pas adaptée à la grossesse ; la décision relève du médecin, qui privilégiera une autre prise en charge de la crise. Ne rien initier au comptoir sans avis médical.
- Allaitement : la colchicine et l’opium passent dans le lait, et le tiémonium contre-indique l’allaitement : association à proscrire pendant l’allaitement. Orienter vers le prescripteur pour une alternative.
Conseils de comptoir
- En 2026, Colchimax (cette association) est en rupture d’approvisionnement prolongée et de durée indéterminée (ANSM). L’alternative recommandée est la colchicine seule (par exemple Colchicine Opocalcium 1 mg), avec un ajustement de la dose par le prescripteur et sans équivalence automatique comprimé pour comprimé : l’association perd alors le tiémonium et l’opium qui limitaient la diarrhée.
- Diarrhée = signal d’arrêt, pas un effet à supporter : c’est le message numéro un à faire passer au patient, même si la crise n’est pas encore calmée.
- À cause du tiémonium (antispasmodique atropinique), cette association est contre-indiquée en cas de risque de glaucome à angle fermé et de troubles urétro-prostatiques (adénome de prostate, risque de rétention urinaire) : un réflexe à avoir surtout chez l’homme âgé.
- Bien rappeler que ce traitement soulage la crise mais ne fait pas baisser l’acide urique : si un hypo-uricémiant de fond (type allopurinol) est par ailleurs prescrit, on ne l’arrête pas pendant la crise.
- Vérifier l’absence de macrolide, de pristinamycine, d’antifongique azolé ou de jus de pamplemousse en cours : interaction potentiellement grave, à intercepter au comptoir.
- Effets digestifs (nausées, diarrhée), parfois douleurs musculaires : signaler tout signe inhabituel rapidement, surtout chez le sujet âgé ou insuffisant rénal.
- Conserver le médicament hors de portée des enfants : même une petite quantité de colchicine peut être dangereuse en cas d’ingestion accidentelle.
Teste-toi
Mémo
Avec la colchicine, la diarrhée passe avant la goutte : c’est le clignotant du surdosage. Trois mots à garder en tête au comptoir : marge étroite, macrolides, pamplemousse. Et comme l’association contient du tiémonium atropinique, un œil sur le glaucome et la prostate avant de délivrer.
À voir aussi
Dans la même aire (Rhumato) :
Références bibliographiques
- RCP de la spécialité, Base de données publique des médicaments (ANSM/HAS) Consulter (nouvel onglet)
- Thésaurus des interactions médicamenteuses, ANSM Consulter (nouvel onglet)
- Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), médicaments et grossesse / allaitement Consulter (nouvel onglet)
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