L’essentiel au comptoir · Infectio

Glycopeptides

Vancomycine · teicoplanine · lipoglycopeptides · Clostridioides difficile

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Ta maîtriseSur cette famille : à découvrir

L'essentiel

  • Surtout deux molécules : vancomycine et teicoplanine (Targocid) ; plus récemment, des lipoglycopeptides (dalbavancine, oritavancine), encore peu utilisés.
  • Antibiotiques hospitaliers : à domicile, la pharmacie de l’hôpital les délivre (rétrocession) ; mais le patient revient vers son officine.
  • Très grosses molécules : inactives sur les Gram négatif ; chez les Gram positif, elles bloquent la synthèse de la paroi (effet bactéricide, dépendant de l’exposition dans le temps).
  • Spectre utile : staphylocoques, y compris résistants à la méticilline ; entérocoques ; streptocoques ; corynébactéries ; parmi les anaérobies, Clostridioides difficile.
  • Toxicité principale : le rein (marge thérapeutique étroite : dosages sanguins et créatinine).
  • La vancomycine orale n’est presque pas absorbée : elle agit dans le tube digestif, là où se trouve Clostridioides difficile.

Par classe ou par molécule

Résistances

  • Entérocoques, surtout Enterococcus faecium, par des gènes vanA ou vanB souvent transférables : ces Enterococcus faecium résistants aux glycopeptides font partie des bactéries hautement résistantes émergentes : précautions d’hygiène renforcées.
  • Staphylocoque doré : des souches de sensibilité diminuée existent, mais elles restent rares.

Pharmacocinétique

  • Par la bouche : presque pas absorbés (d’où l’injection pour une infection générale, et l’intérêt de la vancomycine orale dans l’intestin).
  • Diffusion correcte dans la plupart des tissus, y compris l’os ; mauvaise dans les méninges, sauf inflammées.
  • Peu métabolisés, éliminés par le rein sous forme inchangée : dose injectable adaptée à la fonction rénale. Par la bouche, la dose ne change pas ; mais en cas de colite et d’insuffisance rénale, une partie peut passer dans le sang.
  • Demi-vie : 4 à 6 h pour la vancomycine (bien plus en insuffisance rénale ; perfusion continue possible) ; plusieurs jours pour la teicoplanine (d’où une dose de charge).

Indications

  • Infections sévères à cocci Gram positif : endocardites, bactériémies, infections ostéo-articulaires, pneumonies, méningites. À l’hôpital, antistaphylococciques de référence contre les staphylocoques résistants à la méticilline.
  • Infections digestives à Clostridioides difficile, par voie orale.

Rein, dosages et effets indésirables

  • Rein : toxicité concentration-dépendante : dosages sanguins réguliers et créatinine. À domicile, le pharmacien s’assure que les bilans sont prévus et que les résultats seront transmis au prescripteur.
  • Syndrome de l’homme rouge (vancomycine) : libération d’histamine pendant la perfusion : rougeur et bouffées de chaleur du visage, du cou et du haut du corps, avec démangeaisons ; risque accru si la perfusion est trop rapide : au moins une heure, pas plus de 10 mg/min.
  • Plus rarement : toxicité pour l’oreille (des acouphènes peuvent l’annoncer) ; irritations et phlébites au point d’injection ; troubles sanguins réversibles (neutropénie, éosinophilie, thrombopénie) ; rares réactions cutanées graves (Stevens-Johnson, DRESS), parfois des semaines après le début : éruption avec fièvre, ou atteinte de la bouche et des yeux : avis en urgence, arrêt, jamais de reprise.

Interactions

  • Autres néphrotoxiques : aminosides, amphotéricine B, sels de platine, produits de contraste iodés ; au comptoir, se méfier des anti-inflammatoires.
  • Vancomycine + pipéracilline-tazobactam : association déconseillée (toxicité rénale accrue).
  • Ototoxiques (diurétiques de l’anse) : ils s’ajoutent au risque auditif.

Clostridioides difficile au comptoir

  • Grande cause de diarrhée grave après un antibiotique : y penser devant au moins 3 selles liquides par jour, pendant ou après une antibiothérapie, surtout chez la personne âgée ou après une hospitalisation. Fièvre, douleurs abdominales, sang dans les selles : avis médical sans délai.
  • Lopéramide : on n’en donne pas (il retient les toxines dans le côlon, risque de mégacôlon). Un IPP se signale au médecin, pour être réévalué.
  • Réhydrater. Hygiène : les spores résistent à l’alcool : lavage des mains à l’eau et au savon ; toilettes nettoyées puis eau de Javel laissée 10 minutes ; jusqu’à 3 jours après la dernière selle liquide.
  • Traitement : fidaxomicine (Dificlir) 200 mg 2 fois par jour pendant 10 jours (limite les récidives), ou vancomycine orale 125 mg toutes les 6 heures pendant 10 jours (500 mg dans les formes sévères). Métronidazole : plus en première intention. Récidive : l’équipe spécialisée peut discuter une transplantation de microbiote fécal. Les récidives sont fréquentes : une diarrhée qui revient après la fin du traitement se signale.

La vancomycine orale : préparation

  • À partir du flacon de 500 mg « pour solution buvable » : 500 mg dans 10 mL d’eau, soit 125 mg dans 2,5 mL.
  • La dose se prélève à la seringue pour la bouche, peut se diluer dans un jus de pomme ou d’orange, et se boit aussitôt. Elle ne s’injecte jamais.
  • Solution reconstituée : 4 jours, au réfrigérateur ou à température ambiante.

Grossesse et allaitement

  • Vancomycine : utilisable pendant la grossesse si elle est nécessaire.
  • Teicoplanine : pendant la grossesse, seulement en cas de nécessité absolue.

Conseils de comptoir

  • Expliquer la préparation de la vancomycine orale : 500 mg dans 10 mL d’eau, 2,5 mL par prise (125 mg), à la seringue pour la bouche, dans un peu de jus, toutes les 6 heures ; solution gardée 4 jours.
  • Ne pas donner de lopéramide dans une diarrhée à Clostridioides difficile ; réhydrater.
  • Se laver les mains à l’eau et au savon (le gel hydroalcoolique ne détruit pas les spores) ; nettoyer les toilettes puis passer l’eau de Javel 10 minutes, jusqu’à 3 jours après la dernière selle liquide.
  • Proposer le paracétamol plutôt qu’un anti-inflammatoire sous glycopeptide.
  • Vérifier que les prises de sang (créatinine, dosage du glycopeptide) sont programmées pour un traitement à domicile.
  • Signaler une diarrhée qui récidive après le traitement, des acouphènes ou une baisse de l’audition.
  • Rassurer un porteur d’entérocoque résistant : un portage n’est pas une infection, pas d’antibiotique ; hygiène des mains, et signaler le portage à chaque soignant et à chaque hospitalisation.

Réflexe sécurité

Une rougeur du visage et du cou pendant une perfusion de vancomycine : arrêt de la perfusion, médecin ou HAD prévenus ; gêne respiratoire, gonflement du visage ou malaise : c’est le 15.

Orienter : rouge, orange, vert

Rouge, on oriente sans délai

une gêne respiratoire ou un gonflement pendant une perfusion ; une éruption avec fièvre, ou une atteinte de la bouche et des yeux ; une diarrhée avec fièvre élevée, sang, ou ventre très douloureux ; des urines très rares.

Orange, on appelle le médecin

une rougeur pendant la perfusion, qu’on arrête ; des acouphènes ou une baisse de l’audition ; un anti-inflammatoire ou un autre néphrotoxique associé ; une diarrhée qui récidive après le traitement ; un bilan sanguin oublié.

Vert, on conseille

le lavage des mains au savon ; l’eau de Javel pour les toilettes ; le paracétamol plutôt qu’un anti-inflammatoire ; la préparation et la conservation de la vancomycine orale.

Les 5 choses à retenir

  1. La vancomycine orale se prépare avec la poudre du flacon : on explique, dose et conservation.
  2. Pas de lopéramide dans une diarrhée à Clostridioides difficile.
  3. Les spores résistent à l’alcool : eau, savon, et eau de Javel.
  4. Pas d’anti-inflammatoire sans avis sous glycopeptide : le rein d’abord.
  5. La vancomycine se perfuse en une heure au moins, à 10 mg par minute au plus : sinon, l’homme rouge.

Teste-toi

Question 1 / 5
Le fils de Mme T., 74 ans, sortie de l'hôpital après une infection à Clostridioides difficile, arrive avec des flacons de vancomycine en poudre (125 mg toutes les 6 heures par la bouche). Il te demande comment la donner, s'il peut lui donner de l'Imodium, et précise qu'ils désinfectent tout au gel hydroalcoolique. Que réponds-tu ?
La poudre est normale : 500 mg dans 10 mL d'eau, puis 2,5 mL (125 mg) par prise, à la seringue pour la bouche, dans un peu de jus, toutes les 6 heures ; la solution se garde 4 jours, et ne s'injecte jamais. Pas d'Imodium : il retient les toxines dans le côlon ; on réhydrate, et on prévient le médecin si la diarrhée s'aggrave. Le gel hydroalcoolique ne détruit pas les spores : lavage des mains à l'eau et au savon, et eau de Javel (10 minutes) pour les toilettes.

Moyens mnémotechniques

  • Règle chiffrée · Vancomycine orale

    500 dans 10, 125 dans 2,5

    500 mg de poudre dans 10 mL d’eau ; 125 mg = 2,5 mL par prise, toutes les 6 heures ; solution gardée 4 jours ; jamais injectée.

  • Image · Les spores

    Le gel glisse, le savon décroche, la Javel tue

    Les spores de Clostridioides difficile résistent à l’alcool : lavage des mains à l’eau et au savon, eau de Javel 10 minutes pour les toilettes, jusqu’à 3 jours après la dernière selle liquide.

  • Règle chiffrée · Perfusion de vancomycine

    Une heure au moins, 10 par minute au plus

    Sinon, le syndrome de l’homme rouge (rougeur du visage, du cou et du haut du corps, démangeaisons).

  • Phrase · Diarrhée à C. difficile

    Ne pas fermer la porte aux toxines

    Pas de lopéramide : il retient les toxines dans le côlon (risque de mégacôlon).

  • Phrase · Portage d'entérocoque résistant

    Porteur, pas malade

    Pas d’antibiotique pour un portage ; hygiène des mains, et signalement à chaque soignant et à chaque hospitalisation.

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Sources

  • Médicaments 2026-2027, Elsevier Masson, section V, item 28 « Glycopeptides », p. 172-173
  • SPILF : Infections à Clostridioides difficile, Info-antibio n°94 (2021) Consulter (nouvel onglet)
  • HAS : Dificlir (fidaxomicine), avis de la Commission de la transparence (14/02/2024) Consulter (nouvel onglet)
  • RCP Vancomycine Viatris 500 mg (perfusion ou solution buvable) Consulter (nouvel onglet)
  • RCP Targocid (teicoplanine) Consulter (nouvel onglet)
  • CPias Hauts-de-France : Clostridioides difficile, plaquette pour les professionnels (2022) Consulter (nouvel onglet)
  • HCSP : Bactéries hautement résistantes émergentes (BHRe), actualisation 2019 Consulter (nouvel onglet)
  • ANSM : Thésaurus des interactions médicamenteuses, version du 15/09/2023 (dernière version ; les RCP font désormais référence) Consulter (nouvel onglet)
  • RCP des spécialités citées (vancomycine, Targocid, teicoplanine, Xydalba, Tenkasi, Dificlir, Imodium) : base de données publique des médicaments et EMA Consulter (nouvel onglet)

Contenu pédagogique destiné aux professionnels de santé et aux étudiants. Ne remplace ni le RCP ni l’avis médical.

Fiche publiée le 13 octobre 2026
Sous la responsabilité éditoriale de Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie · La Juste Dose Pharma
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

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