Dutastéride
L'essentiel
Traitement de l’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) symptomatique chez l’homme : il réduit le volume prostatique, améliore les troubles urinaires (jet faible, dysurie, levers nocturnes) et diminue le risque de rétention aiguë d’urine et de recours à la chirurgie. Il bloque la conversion de la testostérone en dihydrotestostérone (DHT), l’androgène qui fait grossir la prostate. Souvent prescrit seul ou en association avec un alpha-bloquant (tamsulosine), parfois sous forme d’association fixe, avec un effet qui s’installe sur plusieurs mois.
Posologie
- Adulte (homme) : une capsule molle de 0,5 mg par jour, à avaler entière, à heure régulière, pendant ou en dehors des repas.
- Délai d’action : le bénéfice clinique s’apprécie sur plusieurs mois (souvent 3 à 6 mois) ; ne pas attendre d’effet immédiat et ne pas arrêter trop tôt.
- Insuffisance hépatique : l’atteinte sévère est une contre-indication (élimination essentiellement hépatique) ; prudence dans les formes légères à modérées. Se référer au RCP.
- Capsule molle : ne pas ouvrir, ne pas mâcher, ne pas couper (le contenu est irritant et le dutastéride passe la peau).
- Pas d’adaptation liée à l’insuffisance rénale dans les situations usuelles.
Le dutastéride abaisse le PSA d’environ la moitié après quelques mois de traitement. Un PSA qui paraît « normal » sous traitement peut donc masquer un cancer de la prostate : une fois le nouveau taux de référence établi (vers 6 mois), le médecin réinterprète la valeur (en pratique, il la double) et toute remontée du PSA sous traitement doit alerter. Par ailleurs, une femme enceinte ou en âge de procréer ne doit jamais manipuler une capsule endommagée (risque pour un fœtus masculin via l’absorption cutanée).
Interactions
- Inhibiteurs puissants du CYP3A4 (kétoconazole, ritonavir, certains antifongiques azolés) : le dutastéride est métabolisé par le CYP3A4/3A5, d’où une augmentation possible de l’exposition ; le RCP recommande la prudence et une surveillance clinique, sans schéma d’adaptation de dose défini.
- Alpha-bloquant (tamsulosine) : association fréquente et logique dans l’HBP (y compris en association fixe), pas une interaction à craindre mais à connaître ; surveiller la tolérance tensionnelle (hypotension orthostatique).
- Don du sang : à proscrire pendant le traitement et pendant au moins 6 mois après l’arrêt, pour éviter d’exposer une receveuse enceinte au produit.
- Confusion fréquente : dutastéride pour la prostate (0,5 mg, dosage unique) ; finastéride existe aussi (5 mg pour la prostate, 1 mg pour l’alopécie) : bien identifier la molécule, le dosage et l’indication.
Grossesse / allaitement
- Grossesse : sans objet en prise (médicament masculin), mais point de vigilance majeur : tératogène pour un fœtus masculin. Une femme enceinte ou en âge de procréer ne doit pas manipuler de capsule endommagée car le dutastéride traverse la peau ; en cas de contact accidentel avec le contenu, laver immédiatement à l’eau et au savon. Le patient utilise un préservatif si sa partenaire est enceinte ou peut l’être.
- Allaitement : sans objet (médicament destiné à l’homme). Le message clé reste la non-manipulation des capsules endommagées par une femme enceinte ou allaitante, et plus largement par les femmes en âge de procréer et les enfants.
Conseils de comptoir
- Expliquer que l’effet est progressif : c’est un traitement de fond de la prostate, pas un médicament « pour aller uriner tout de suite ».
- Tolérance : prévenir des effets sexuels possibles (baisse de libido, troubles de l’érection ou de l’éjaculation, parfois gonflement ou sensibilité des seins). Le plus souvent réversibles à l’arrêt ; à signaler au médecin s’ils sont gênants ou persistants.
- Une masse, une douleur ou un écoulement au niveau du sein doit faire consulter : de rares cas de cancer du sein masculin ont été rapportés avec les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase (signal de classe à connaître pour la pharmacovigilance).
- Rappeler que la valeur du PSA est modifiée par le traitement : si le patient fait un dosage ailleurs, il doit préciser qu’il prend du dutastéride.
- Pas de don du sang pendant le traitement ni dans les 6 mois suivant l’arrêt : une information simple à donner au comptoir.
- Capsules à avaler entières, jamais ouvertes ni coupées ; à tenir hors de portée des enfants et à ne pas faire manipuler par une femme enceinte ou en âge de procréer.
Teste-toi
Mémo
Trois lettres à ne pas oublier avec le dutastéride : PSA. Après quelques mois, le traitement le divise par deux, donc le médecin le réinterprète (il double la valeur), on prévient le patient, et on s’inquiète d’une remontée. Et la règle d’or à côté : capsule endommagée + femme enceinte = on ne touche pas.
À voir aussi
Inhibiteurs de la 5-alpha-réductase :
Et dans la même aire (Gynéco-uro) :
Références bibliographiques
- RCP Dutastéride, Base de données publique des médicaments (ANSM/HAS) Consulter (nouvel onglet)
- Thésaurus des interactions médicamenteuses, ANSM Consulter (nouvel onglet)
- Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), médicaments et grossesse / allaitement Consulter (nouvel onglet)
Cette fiche t’a été utile ?
Retour anonyme, en un clic.
Merci pour ton retour !
Tu as déjà donné ton retour sur cette page. Merci !
L’envoi n’a pas abouti. Réessaie dans un moment.