Bébé et enfant

Troubles du sommeil de l'enfant

« Juste quelque chose pour ce soir » : la réponse honnête n'est ni un sirop sédatif ni une gomme à la mélatonine, mais un rituel et une règle constante.
Dessin au trait continu : une petite veilleuse à côté d'un livre d'enfant sur une table de chevet. Illustration générée par IA.
Ta maîtriseSur cette situation : à découvrir

L'essentiel

Un enfant ne dort pas d’une traite : ses cycles sont courts, entrecoupés de micro-réveils. Ce qui distingue un enfant qui « dort bien », c’est surtout sa capacité à se rendormir seul. Au comptoir, on cherche d’abord une cause physique (nez bouché, dent, oreille, douleur), puis on regarde la soirée : écrans, horaires, rituel, réponse aux réveils. On ne donne jamais de sirop sédatif ni de mélatonine en complément à un enfant. Le vrai traitement est comportemental, et il marche souvent en deux ou trois semaines.

Comprendre

  • Ce qui est normal : des micro-réveils entre chaque cycle de sommeil. Se réveiller n’est pas un trouble ; ne pas savoir se rendormir sans un parent, c’est ce qu’on travaille.
  • Les troubles fréquents : endormissement difficile, réveils nocturnes, cauchemars, terreurs nocturnes. La peur du noir apparaît souvent vers 3 ans.
  • Cauchemar ou terreur nocturne : après un cauchemar, l’enfant se réveille, a peur, raconte, se laisse consoler. La terreur nocturne survient 1 à 3 heures après le coucher : l’enfant s’assied, hurle, ne reconnaît personne, ne se calme pas, puis se rendort d’un coup sans souvenir. Fréquente entre 3 et 6 ans, elle ne se traite pas : on sécurise, on ne réveille pas, on attend.
  • Les causes à chercher : physiques d’abord (otite, poussée dentaire, nez bouché, reflux chez le tout-petit, douleur), puis de vie (rituel qui saute, horaires irréguliers, écran du soir, bruit, chambre trop chaude, angoisse, nouvelle école).

Les bonnes questions

  1. Depuis quand dort-il mal : quelques semaines, ou depuis toujours ?Un enfant qui dormait bien jusqu’à la rentrée et un enfant qui n’a jamais bien dormi n’appellent pas la même enquête.
  2. Est-il malade ? Se touche-t-il l’oreille, ronfle-t-il, respire-t-il la bouche ouverte, a-t-il le nez pris ?Une douleur ou de la fièvre relèvent du médecin ; un ronflement avec pauses aussi. Un nez bouché se règle par un lavage avant le coucher.
  3. À quoi ressemble la soirée : dîner, écran, bain, histoire, heure du coucher, heure du lever ?C’est la question qui donne presque toujours la réponse : écran tardif, coucher à heure variable, lever forcé.
  4. Que se passe-t-il quand il se réveille ? Vient-il dans votre lit ?Ce qu’on fait au moment du réveil, c’est ce que l’enfant apprend : si le réveil mène au lit des parents, il le reproduit chaque nuit.
  5. Et vous, comment tenez-vous ?Un parent épuisé est une raison d’agir, parfois de consulter. On ne culpabilise personne, on aide.

Les limites du conseil

Urgence ou consultation le jour même
  • Enfant qui devient bleu ou très pâle pendant une pause respiratoire, qui lutte pour respirer, ne réagit plus ou convulse : 15 ou 112.
  • Fièvre chez un nourrisson de moins de 3 mois : consultation en urgence.
Orienter vers le médecin
  • Ronflement fort avec pauses respiratoires, sommeil bouche ouverte, fatigue ou agitation dans la journée : possible trouble respiratoire du sommeil, médecin sans attendre les semaines de rituel, souvent ORL.
  • Douleur, fièvre, enfant qui se touche l’oreille : cause physique à examiner.
  • Trouble qui persiste malgré 2 à 3 semaines de bonnes habitudes régulières.
  • Retard de développement, souffrance de l’enfant dans la journée, famille à bout : consultations spécialisées et approches comportementales encadrées existent.

Que proposer

Traiter ce qui se traite

Nez bouché : lavage au sérum physiologique avant le coucher, mouche-bébé chez le petit. Poussée dentaire douloureuse : massage de la gencive avec un doigt propre, anneau de dentition réfrigéré (pas congelé), et paracétamol à la dose du poids si la douleur est réelle, jamais comme somnifère. Pas de gel anesthésiant chez le tout-petit : il peut l’avaler et le réflexe de déglutition diminue.

Tisanes et compléments : avec honnêteté

Tisanes de plantes douces (tilleul, fleur d’oranger, mélisse, camomille), âge minimal indiqué sur chaque produit, preuves faibles : dans un rituel « tisane tiède, histoire, dodo », c’est le rituel qui agit plus que la plante. Compléments « sommeil » pour enfants : grande prudence sur la composition, l’âge et les traitements en cours, et aucun effet sédatif promis.

Le vrai traitement : comportemental

Un rituel fixe et court, 20 à 30 minutes, toujours dans le même ordre. Coucher et lever à heures régulières, week-end compris. Au réveil nocturne, on rassure dans sa chambre, brièvement et calmement, puis on ressort. La première semaine est difficile ; l’amélioration vient souvent la deuxième ou la troisième. Sortir progressivement du lit des parents, sans jugement.

Ce qu’on ne propose pas

Aucun hypnotique chez l’enfant, sauf situation très particulière décidée par un médecin. Pas de « sirop qui fait dormir » : l’alimémazine est sur ordonnance (liste I), réservée à l’insomnie d’endormissement liée à un hyperéveil, en seconde intention après échec des mesures comportementales, 2 à 5 jours, avec un âge minimal qui dépend de la forme ; l’oxomémazine, délivrée sans ordonnance dans la toux sèche, n’est pas un somnifère et ne se détourne jamais. Pas de compléments à la mélatonine : l’ANSES les déconseille aux enfants et aux adolescents ; la mélatonine médicament se prescrit dans des indications précises, avec un suivi.

Les conseils qui font la différence

  • Chambre sombre, calme et fraîche, entre 18 et 20 °C ; une petite veilleuse en cas de peur du noir n’est pas un échec, mais pas de veilleuse à LED chez le bébé.
  • Avant 3 ans, pas d’écran du tout. Après 3 ans, écrans éteints une à deux heures avant le coucher et rangés hors de la chambre : bain, histoire, chanson à la place.
  • De la lumière naturelle le matin, du mouvement dans la journée, un retour au calme après le dîner ; pas de café, thé, cola ni boisson énergisante en fin de journée, surtout chez l’adolescent.
  • Au changement d’heure d’hiver, décaler coucher et lever de 15 minutes par jour à partir de trois ou quatre jours avant ; un petit décalage peut persister deux ou trois jours.
  • Écrire le rituel et la règle du réveil sur un papier visible, pour que tous les adultes de la maison fassent pareil.
  • Revenir ou consulter si rien ne change après 2 à 3 semaines de rituel régulier, ou si un ronflement, des pauses respiratoires ou une fatigue dans la journée apparaissent : on ne cherche pas un autre sirop.

Terrains particuliers

  • Nourrisson : Toujours couché sur le dos, dans son propre lit, matelas ferme, gigoteuse, sans oreiller, couette, couverture ni tour de lit ; dans la chambre des parents jusqu’à 6 mois, mais pas dans leur lit. Pas de gel anesthésiant gingival, aucun médicament pour « qu’il dorme ».
  • Enfant de 3 à 6 ans : Âge des terreurs nocturnes et de la peur du noir : on rassure les parents, on sécurise, on ne réveille pas l’enfant pendant une terreur.
  • Adolescent : Compléments à la mélatonine déconseillés aussi à l’adolescent (ANSES) ; écrans et horaires irréguliers restent les premiers leviers.

La juste dose en 3 réflexes

  1. Un enfant qui se réveille, c’est normal ; un enfant qui ne sait pas se rendormir, ça s’apprend, avec un rituel et une règle constante.
  2. Pas de sirop sédatif, pas de mélatonine en complément chez l’enfant ; ce qui se donne, c’est le sérum physiologique pour le nez et le paracétamol pour la dent qui pousse.
  3. Ronflement avec pauses, fatigue le jour, trouble qui dure malgré les bonnes habitudes : c’est le médecin.

Teste-toi

Question 1 / 4
Une mère épuisée demande le sirop contre la toux « qui fait dormir » pour son fils de 4 ans, qui se réveille chaque nuit sans tousser. Que fais-tu ?
On ne délivre pas. L'oxomémazine sans ordonnance est réservée à la toux sèche : on ne la détourne jamais comme somnifère. Les antihistaminiques indiqués dans les troubles du sommeil sont sur ordonnance, en seconde intention. On cherche une cause physique, on regarde la soirée et la réponse aux réveils, et on propose un rituel et une règle constante.

À voir aussi

Les fiches médicament :

Ta maîtriseMaintenant que tu as lu la fiche : à découvrir

Références

  • ANSES, avis du 23 février 2018 (mis en ligne le 11 avril 2018) relatif aux compléments alimentaires contenant de la mélatonine
  • ANSM, information de sécurité du 21 septembre 2018 (mise à jour le 23 avril 2021) sur l'alimémazine : restriction des indications, prescription obligatoire
  • Base de données publique des médicaments, RCP de l'oxomémazine sirop (25 août 2026) et de l'alimémazine
  • ameli.fr, « Mon enfant dort mal : comment réagir ? » (8 avril 2025) et « Une bonne hygiène de vie pour que mon enfant dorme bien » (12 mars 2026) Consulter (nouvel onglet)
  • ameli.fr, « Poussée dentaire : comment soulager son enfant et quand consulter ? », 20 juin 2024
  • ameli.fr, « Comment bien coucher un bébé ? », 10 octobre 2024 Consulter (nouvel onglet)
  • Arrêté du 27 juin 2025 (JO du 2 juillet 2025) : pas d'exposition aux écrans avant 3 ans dans les lieux d'accueil du jeune enfant Consulter (nouvel onglet)
Fiche publiée le 15 octobre 2026
Sous la responsabilité éditoriale de Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie · La Juste Dose Pharma
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

Cette fiche t’a été utile ?

Retour anonyme, en un clic.