Dabigatran

Anticoagulant oral direct (AOD), inhibiteur direct de la thrombine (anti-IIa) · Liste I · Voie orale
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L'essentiel

Anticoagulant oral direct qui bloque directement la thrombine (facteur IIa). Indiqué dans la prévention des accidents vasculaires cérébraux et des embolies systémiques de la fibrillation atriale non valvulaire, dans le traitement et la prévention des récidives des thromboses veineuses profondes et des embolies pulmonaires, et en prévention des événements thromboemboliques veineux après chirurgie orthopédique programmée (prothèse totale de hanche ou de genou). Particularité dans la famille des AOD : le dabigatran est le seul anti-IIa, alors que l’apixaban et le rivaroxaban (les -xaban) sont des anti-Xa. Pas de surveillance biologique de routine de la coagulation, contrairement aux AVK.

Posologie

  • Adulte (fibrillation atriale, maladie thromboembolique veineuse) : le plus souvent 150 mg deux fois par jour, avec un schéma réduit (par exemple 110 mg deux fois par jour) chez le sujet âgé, en cas d’insuffisance rénale modérée ou de facteurs de risque hémorragique. La posologie exacte relève du prescripteur selon l’âge, la fonction rénale et le poids.
  • Prévention en chirurgie orthopédique : schéma spécifique en une prise par jour, débuté en postopératoire, sur une durée définie selon l’intervention.
  • Insuffisance rénale : élimination majoritairement rénale ; contre-indiqué en cas d’insuffisance rénale sévère (clairance de la créatinine inférieure à 30 mL/min, formule de Cockcroft), adaptation ou prudence en cas d’atteinte modérée. La fonction rénale conditionne tout.
  • Enfant : il existe une indication pédiatrique dans la maladie thromboembolique veineuse, avec des gélules pour les enfants capables de les avaler entières et des granulés pour les plus jeunes, selon un schéma pondéral après anticoagulation injectable initiale. Usage spécialisé, posologie à vérifier au RCP.
  • Modalités de prise : gélules à avaler entières avec un verre d’eau, jamais ouvertes ni croquées (l’ouverture augmente fortement l’absorption et le risque de saignement). Prise possible au cours ou en dehors des repas ; prendre avec de la nourriture peut réduire la gêne digestive.
Réflexe sécurité

C’est un anticoagulant : tout signe de saignement (sang dans les selles ou les urines, saignements de nez répétés, hématomes inhabituels, fatigue avec essoufflement) doit alerter. L’élimination étant surtout rénale, la fonction rénale est le point de vigilance numéro un : une déshydratation, une diarrhée, un AINS ou une dégradation rénale peuvent faire grimper l’exposition et le risque hémorragique. Il existe un antidote spécifique en milieu hospitalier (l’idarucizumab), mais la première ligne reste la prévention et la surveillance rénale régulière.

Interactions

  • Autres médicaments du saignement : AINS, antiagrégants plaquettaires (aspirine, clopidogrel), autres anticoagulants, certains antidépresseurs (ISRS) majorent le risque hémorragique. Réflexe à l’automédication : pas d’AINS, on oriente vers le paracétamol.
  • Inhibiteurs puissants de la P-glycoprotéine, contre-indiqués : certains antifongiques azolés (kétoconazole par voie générale, itraconazole), la ciclosporine et la dronédarone sont contre-indiqués car ils font fortement monter les concentrations de dabigatran.
  • Inhibiteurs plus modérés de la P-glycoprotéine, prudence : des antiarythmiques comme l’amiodarone ou le vérapamil augmentent l’exposition au dabigatran et le risque de saignement ; ils imposent surveillance et parfois adaptation de la dose par le prescripteur.
  • Inducteurs de la P-glycoprotéine : la rifampicine, le millepertuis (phytothérapie en vente libre) diminuent son efficacité anticoagulante.
  • Insuffisance rénale et déshydratation : non médicamenteuses mais déterminantes, elles modifient l’élimination et donc l’exposition au produit.

Grossesse / allaitement

  • Grossesse : non recommandé pendant la grossesse, sauf nécessité clairement établie. Une contraception efficace est recommandée chez la femme en âge de procréer pendant le traitement. En cas de projet de grossesse ou de grossesse découverte, on oriente vers le prescripteur.
  • Allaitement : par prudence, l’allaitement est déconseillé pendant le traitement faute de données suffisantes. Toute situation concrète se discute avec le médecin.

Conseils de comptoir

  • Ne jamais ouvrir ni couper la gélule : la membrane fait partie du dispositif, l’ouvrir augmente nettement l’absorption et le risque de saignement. Si la personne a du mal à avaler, on en parle au médecin plutôt que de bricoler.
  • Respecter scrupuleusement les deux prises par jour et ne pas doubler en cas d’oubli : si l’oubli est proche de la prise suivante, on saute la dose oubliée. En cas de doute, se référer à la notice et au médecin.
  • Conservation : garder les gélules dans leur emballage d’origine (plaquette ou flacon avec dessiccant), à l’abri de l’humidité, et ne pas déconditionner à l’avance dans un pilulier classique, le produit est sensible à l’humidité.
  • Tolérance : la gêne digestive (dyspepsie, douleurs gastriques) est l’effet le plus fréquemment rapporté ; la prise au cours d’un repas peut aider. Signaler toute gêne persistante.
  • Geste invasif ou chirurgie, soin dentaire, projet de voyage prolongé : toujours signaler le traitement anticoagulant à tout soignant. Penser à la carte de surveillance du patient sous anticoagulant.
  • Continuité de traitement : ne jamais arrêter de soi-même un anticoagulant, l’interruption expose à un risque thrombotique. On encourage à anticiper le renouvellement pour éviter toute rupture de prise.

Teste-toi

Question 1 / 3
Un patient sous dabigatran vient avec une rage de dents et veut « un anti-inflammatoire qui marche bien ». Tu réponds quoi ?
On ne délivre pas d'AINS en automédication : associés à un anticoagulant, ils majorent nettement le risque de saignement (et peuvent en plus dégrader la fonction rénale, ce qui fait monter l'exposition au dabigatran). On oriente vers le paracétamol pour la douleur, et on insiste pour qu'il consulte un dentiste rapidement. C'est le réflexe AOD plus AINS à avoir au comptoir.

Mémo

Pour retenir

Dans la famille des AOD, on trie par le mécanisme : les -xaban (apixaban, rivaroxaban) bloquent le facteur Xa, le dabigatran bloque la thrombine, le facteur IIa. Et le fil rouge du dabigatran tient en trois mots : reins, gélule entière, saignement.

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Références bibliographiques

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Fiche publiée le 14 juin 2026
Sous la responsabilité éditoriale de Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie · La Juste Dose Pharma
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

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