Alfuzosine
L'essentiel
Traitement des troubles urinaires (pollakiurie, jet faible, dysurie, sensation de vidange incomplète) liés à l’hypertrophie bénigne de la prostate. L’alfuzosine relâche les fibres musculaires lisses du col vésical, de la prostate et de l’urètre : elle améliore le confort mictionnel mais n’agit pas sur le volume de la prostate (contrairement aux inhibiteurs de la 5-alpha-réductase comme le finastéride). Effet symptomatique, souvent perçu dès les premiers jours.
Posologie
- Forme à libération immédiate : répartie dans la journée, en plusieurs prises, au cours des repas.
- Forme à libération prolongée (LP) : en général 1 comprimé par jour, à avaler entier (ne pas écraser ni croquer), immédiatement après le même repas (souvent le soir). Le tout premier comprimé se prend au coucher pour limiter la baisse de tension.
- Sujet âgé : prudence renforcée, le risque d’hypotension orthostatique augmente avec l’âge.
- Insuffisance hépatique : contre-indiquée. Se référer au RCP du produit délivré.
- Insuffisance rénale : les formes à libération prolongée ne doivent pas être utilisées en cas d’insuffisance rénale sévère (clairance inférieure à 30 mL/min, absence de données de sécurité) ; dans les atteintes légères à modérées, pas d’adaptation systématique. Se référer au RCP.
- Réservée à l’homme : pas d’indication chez la femme.
Effet de première dose : risque d’hypotension orthostatique, de vertiges, voire de malaise, surtout en début de traitement, après une augmentation de dose ou une reprise après arrêt. On prévient le patient : se lever doucement, ne pas conduire tant qu’on ne connaît pas sa tolérance, et prendre la toute première prise au coucher.
Interactions
- Inhibiteurs puissants du CYP3A4 (certains antifongiques azolés type kétoconazole ou itraconazole, certains antiviraux comme le ritonavir, certains macrolides) : association contre-indiquée, ils augmentent fortement les concentrations d’alfuzosine et donc le risque d’hypotension.
- Autres antihypertenseurs et alphabloquants : addition des effets, majoration du risque d’hypotension. Vigilance particulière sur l’association de deux alphabloquants.
- Inhibiteurs de la PDE-5 (sildénafil, tadalafil et apparentés, contre les troubles de l’érection) : potentialisation de l’effet hypotenseur, à encadrer.
- Chirurgie de la cataracte : risque de syndrome de l’iris flasque peropératoire (IFIS) ; le patient doit signaler la prise d’alfuzosine à l’ophtalmologiste avant l’intervention, même en cas d’arrêt récent.
Grossesse / allaitement
- Grossesse : sans objet, l’alfuzosine est un médicament de l’homme (hypertrophie bénigne de la prostate). Aucune indication chez la femme.
- Allaitement : sans objet pour la même raison.
Conseils de comptoir
- Expliquer que le traitement soulage les symptômes urinaires mais ne fait pas diminuer la prostate : c’est un confort, pas une guérison.
- Les effets indésirables les plus fréquents sont des vertiges, des maux de tête et une fatigue ; ils s’atténuent souvent avec le temps.
- Prévenir d’une éventuelle éjaculation rétrograde ou d’un trouble de l’éjaculation, bénin mais qui peut inquiéter : rassurer sans banaliser.
- Comprimé LP : à avaler entier, jamais écrasé ni croqué, sinon la libération prolongée est rompue.
- Devant des urines impossibles à émettre (rétention aiguë), une fièvre ou du sang dans les urines, orienter vers un avis médical sans attendre.
- Penser à demander si une chirurgie de la cataracte est programmée, pour qu’il en informe son ophtalmologiste.
Le piège au comptoir
Un patient sous alfuzosine présente une première ordonnance de sildénafil.
Délivrer les deux sans un mot. Alfuzosine et sildénafil relèvent d’une précaution d’emploi au Thésaurus de l’ANSM (pas d’une contre-indication) : chez certains patients, l’association majore l’hypotension orthostatique, surtout dans les 4 heures qui suivent le sildénafil, avec un risque de malaise, notamment chez le sujet âgé.
Ne pas modifier l’ordonnance. Vérifier que le prescripteur connaît l’association : le RCP du sildénafil demande un patient stabilisé sous alphabloquant et fait envisager une dose initiale de 25 mg ; si ce n’est pas le cas, échanger avec lui avant de délivrer. Prévenir le patient : se lever lentement, pas de conduite en cas de vertiges, s’allonger et appeler le 15 en cas de malaise avec perte de connaissance. Et vérifier l’absence de dérivé nitré ou de donneur de monoxyde d’azote (nitrite d’amyle), formellement contre-indiqués avec le sildénafil.
Teste-toi
Mémo
Alfuzosine, c’est le relâche-tuyau de la prostate : elle ouvre le passage (le débit s’améliore) mais ne réduit pas la prostate. Le prix à payer : ça relâche aussi la tension. D’où le triptyque à surveiller, tension qui chute, iris flasque, première dose.
À voir aussi
Alphabloquants urinaires :
Et dans la même aire (Gynéco-uro) :
Références bibliographiques
- RCP Alfuzosine (spécialité : XATRAL 2,5 mg), Base de données publique des médicaments (ANSM/HAS) Consulter (nouvel onglet)
- Thésaurus des interactions médicamenteuses, ANSM Consulter (nouvel onglet)
- Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), médicaments et grossesse / allaitement Consulter (nouvel onglet)
Cette fiche t’a été utile ?
Retour anonyme, en un clic.
Merci pour ton retour !
Tu as déjà donné ton retour sur cette page. Merci !
L’envoi n’a pas abouti. Réessaie dans un moment.