Quétiapine
L'essentiel
Antipsychotique de seconde génération indiqué dans la schizophrénie et les troubles bipolaires (épisodes maniaques, épisodes dépressifs, et prévention des récidives en entretien). Au comptoir, tu la verras aussi prescrite à faibles doses hors AMM, par certains prescripteurs, comme aide au sommeil ou pour l’anxiété : ce n’est pas son indication officielle, et la posologie change radicalement selon l’objectif. Existe en forme à libération immédiate et en forme à libération prolongée (LP), qui ne sont pas interchangeables.
Posologie
- Adulte (schizophrénie, manie) : instauration progressive sur plusieurs jours, dose d’entretien usuelle de l’ordre de plusieurs centaines de mg/jour selon l’indication et la réponse. Se reporter au RCP pour les paliers de titration.
- Forme LP : une prise par jour, à avaler entière, sans croquer ni écraser, en général à distance d’un repas. La forme à libération immédiate se prend, elle, en plusieurs prises.
- Sujet âgé, insuffisance hépatique : doses initiales plus basses et titration plus prudente (élimination ralentie).
- Arrêt : jamais brutal après un traitement prolongé. Une diminution progressive est recommandée pour éviter un syndrome de sevrage et limiter le risque de rechute.
- Vérifier systématiquement sur l’ordonnance s’il s’agit de la forme immédiate ou LP : un même nombre de milligrammes ne se prend pas de la même façon.
Hypotension orthostatique et somnolence, surtout en début de traitement et lors des augmentations de dose. Prévenir le patient : se lever doucement, ne pas conduire ni manipuler de machines tant que la tolérance n’est pas connue. Garde aussi en tête une contre-indication souvent oubliée : l’association à un inhibiteur puissant du CYP3A4 (antifongiques azolés, certains antiviraux du VIH dont le ritonavir, macrolides comme l’érythromycine ou la clarithromycine) est formellement contre-indiquée, car elle fait grimper l’exposition à la quétiapine.
Interactions
- Inhibiteurs puissants du CYP3A4 (antifongiques azolés, certains antiviraux du VIH dont le ritonavir, macrolides comme l’érythromycine ou la clarithromycine) : association contre-indiquée selon le RCP, car ils augmentent fortement l’exposition à la quétiapine. À repérer impérativement sur l’ordonnance.
- Dépresseurs du système nerveux central (alcool, benzodiazépines, opioïdes, autres sédatifs) : majoration de la somnolence et du risque dépresseur. À signaler, surtout en début de traitement.
- Médicaments allongeant l’intervalle QT (certains antiarythmiques, certains autres antipsychotiques, etc.) : addition des effets, risque de trouble du rythme, surtout en cas de facteurs de risque ou de troubles électrolytiques. Repérer les associations à risque.
- Inducteurs enzymatiques (certains antiépileptiques comme la carbamazépine, la phénytoïne, la rifampicine) : ils diminuent les concentrations de quétiapine, donc son efficacité.
- Jus de pamplemousse : inhibe le CYP3A4 au niveau intestinal et peut augmenter l’exposition à la quétiapine ; à éviter pendant le traitement.
Grossesse / allaitement
- Grossesse : à n’utiliser que si nécessaire, sur décision médicale qui pèse le bénéfice pour la mère et le risque pour l’enfant ; ne jamais arrêter seul un traitement psychiatrique. En cas d’exposition au 3e trimestre, surveiller le nouveau-né (signes de sédation, difficultés d’alimentation, syndrome de sevrage). Orienter vers le prescripteur et, au besoin, vers les ressources de référence sur les médicaments et la grossesse.
- Allaitement : passage dans le lait maternel. La décision est individualisée par le médecin ; si l’allaitement est poursuivi, surveiller chez le nourrisson la somnolence et la prise de poids.
Conseils de comptoir
- Les premiers jours sont les plus sédatifs : prévenir que la somnolence et les vertiges au lever s’atténuent souvent ensuite. La prise le soir est fréquente pour cette raison.
- Surveillance métabolique au long cours : poids, glycémie, bilan lipidique, en plus de la pression artérielle. C’est un repère de tolérance important des antipsychotiques de seconde génération ; rappeler que le suivi biologique prescrit n’est pas une formalité.
- Forme LP : se prend en entier, on ne coupe pas, on n’écrase pas. Le comprimé garde parfois une enveloppe visible dans les selles, c’est normal et sans incidence.
- Ne jamais arrêter de soi-même, même si « ça va mieux » : l’arrêt se fait avec le médecin, par paliers, pour éviter rechute et signes de sevrage.
- Bouche sèche, constipation : rappeler de bien s’hydrater ; signaler une constipation qui s’installe.
- Chez la personne âgée atteinte de démence, les antipsychotiques exposent à un excès de mortalité et d’accidents vasculaires cérébraux : si tu repères ce contexte, c’est un point à faire valider par le prescripteur.
- Tout signe de raideur, de fièvre inexpliquée avec sueurs et confusion doit conduire à consulter sans attendre (réaction rare mais grave des neuroleptiques).
Teste-toi
Mémo
Avec la quétiapine, pense « même molécule, deux mondes » : à forte dose c’est un antipsychotique de fond (schizophrénie, bipolaire), à faible dose un usage hors AMM pour dormir. Et garde le triptyque de surveillance en tête : tension (orthostatisme), QT et CYP3A4 (les inhibiteurs puissants sont contre-indiqués), métabolique (poids, glycémie, lipides).
À voir aussi
Antipsychotiques (neuroleptiques) :
Références bibliographiques
- RCP Quétiapine, Base de données publique des médicaments (ANSM/HAS) Consulter (nouvel onglet)
- Thésaurus des interactions médicamenteuses, ANSM Consulter (nouvel onglet)
- Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), médicaments et grossesse / allaitement Consulter (nouvel onglet)
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