ChatGPT, Claude et l’IA à l’officine : ce que disent les chiffres, ce que tu peux leur confier

« Ce matin, une patiente m’a tendu son téléphone : elle avait demandé à ChatGPT si elle pouvait rattraper la dose oubliée la veille. Et cet après-midi, on m’a demandé si on pouvait coller une ordonnance dedans pour vérifier les interactions. »Sam, préparateur · un mardi de fin septembre

L’IA générative est déjà au comptoir, des deux côtés. Selon deux baromètres de fin 2025, plus d’un soignant sur deux utilise un assistant comme ChatGPT, et 45 % des patients interrogés par Doctolib l’ont consulté sur leur santé en trois mois. Bien utilisée, elle te fait gagner du temps sur tout ce qui s’écrit, se reformule ou se traduit. Elle ne doit ni valider une ordonnance, ni voir passer une donnée patient dans un outil grand public. Voici ce que disent les baromètres 2025-2026, ce que recommandent les autorités, et une échelle en quatre niveaux pour savoir ce que tu peux lui confier.

Qui utilise déjà ChatGPT, Claude et les autres ?

Depuis l’automne 2025, les baromètres se succèdent, et leurs chiffres vont du simple au double. Ils ne mesurent pas la même chose : tantôt « un outil d’IA » au sens large, tantôt un assistant généraliste comme ChatGPT, tantôt l’IA générative au travail. Surtout, aucun ne mesure encore l’usage des pharmaciens d’officine en France : ils pèsent 6 % d’un échantillon et sont absents d’un autre. Chaque chiffre se lit donc avec sa question et son public.

Figure 1Les chiffres clés de l’IA générative en santéSix enquêtes, six questions différentes : chaque chiffre se lit avec sa source.
56 %des soignants utilisent une IA généraliste type ChatGPT dans leur pratiquePulseLife, sept. 2025, 608 répondants dont 6 % de pharmaciens
32 %des agents hospitaliers utilisent l’IA générative au travail avec un outil personnelIfop pour Acteurs publics et UniHA, 2025, 1 051 agents
13,7 %des questions posées à l’IA médicale MedGPT viennent de pharmaciensSynapse Medicine, mars 2026, données de l’éditeur
63,8 %des pharmaciens britanniques répondants utilisent déjà des outils d’IA au travailRoyal College of Pharmacy, mars 2026, 141 répondants, surtout hospitaliers
3 sur 4pharmaciens et PTA d’officine allemands, ou presque, ne s’en servent jamais au travail, ou une à deux fois par mois au plusApoMomentum, juillet-août 2026, 736 pharmaciens et 669 PTA
45 %des patients utilisateurs de Doctolib ont interrogé une IA conversationnelle sur leur santé en trois moisDoctolib et Fondation Jean-Jaurès, mai 2026, 7 845 patients

Le baromètre de l’ACSEL, réalisé par Toluna Harris Interactive auprès de près de 300 médecins et infirmiers, va plus loin : 90 % déclarent utiliser des outils d’IA dans leur pratique, 32 % chaque jour, et 93 % de ces utilisateurs passent par au moins un outil d’IA générative. La liste des outils cités résume la situation.

Figure 2ChatGPT loin devant, l’outil sécurisé loin derrièreOutils d’IA générative utilisés dans la pratique, en % des soignants utilisateurs d’IA (plusieurs réponses possibles). Médecins et infirmiers ; les pharmaciens n’étaient pas interrogés.
ChatGPT84 %
Gemini33 %
Copilot21 %
Mistral (Le Chat)19 %
Perplexity16 %
Outil sécurisé fourni par la structure14 %
Midjourney ou DALL-E11 %
Claude9 %

Source : ACSEL, Baromètre IA & Data en santé, 1re édition, réalisé par Toluna Harris Interactive auprès de près de 300 médecins et infirmiers, résultats présentés le 11 décembre 2025. La synthèse publiée ne dit pas si la base est l’ensemble des utilisateurs d’IA ou ceux de l’IA générative (93 % d’entre eux). Également cités : Bard 6 %, LLaMA 6 %.

ChatGPT domine, Claude plafonne à 9 %, et l’outil sécurisé fourni par leur structure ne concerne que 14 % des utilisateurs. La plupart des soignants travaillent donc avec des comptes grand public, pensés pour tout le monde, pas pour des données de santé. À l’hôpital, l’Ifop a mis un chiffre sur cette « IA de l’ombre ».

Figure 3À l’hôpital, l’IA générative passe surtout par des outils personnelsRéponses à la question « Dans quel cadre utilisez-vous l’IA générative (type ChatGPT ou LeChat) ? », en % des 1 051 agents hospitaliers interrogés.
12 % au travail, avec des outils fournis32 % au travail, avec des outils personnels25 % pour un usage personnel seulement31 % jamais

Source : Ifop pour Acteurs publics et UniHA, baromètre IA à l’hôpital, questionnaire en ligne du 23 juin au 26 septembre 2025, résultats présentés le 13 novembre 2025.

Près de trois fois plus d’agents utilisent un outil personnel qu’un outil fourni. Rien ne dit que l’officine y échappe : sans cadre fixé par le titulaire, chacun prend l’outil qu’il a dans la poche.

Et les pharmaciens, dans tout ça ?

Les données propres à la profession sont rares, mais elles vont dans le même sens.

  • En France, les pharmaciens interrogent l’IA sur le médicament. Sur MedGPT, l’assistant médical de Synapse Medicine, ils posent 13,7 % des questions, derrière les médecins généralistes (52,6 %) et les infirmiers (15,1 %). Selon l’analyse reprise par Caducée à partir de ce baromètre, 67,9 % de leurs questions porteraient sur l’aide à la prescription, contre 27,8 % sur l’aide au diagnostic. Ce sont des données d’éditeur, à lire comme telles.
  • Au Royaume-Uni, près de deux pharmaciens répondants sur trois s’en servent déjà. Le Royal College of Pharmacy a interrogé 141 pharmaciens en mars 2026, majoritairement hospitaliers : 63,8 % utilisent des outils d’IA au travail, le plus souvent Copilot, puis ChatGPT, et 83 % des utilisateurs y accèdent au moins en partie par un outil fourni par l’employeur.
  • En Allemagne, l’officine reste sur la réserve. L’étude ApoMomentum, menée en juillet et août 2026 auprès de 736 pharmaciens et 669 PTA (l’équivalent allemand des préparateurs), montre que près de trois sur quatre n’utilisent l’IA jamais au travail, ou une à deux fois par mois au plus.
Figure 4Au Royaume-Uni, l’IA des pharmaciens sert d’abord à écrireUsages déclarés par les 90 pharmaciens utilisateurs d’IA (sur 141 répondants, surtout hospitaliers), en %.
Tâches administratives et documentation85,6 %
Supports pédagogiques68,9 %
Apprentissage et développement professionnel62,2 %
Vérification d’interactions et de contre-indications36,7 %
Aide à la décision clinique35,6 %
Conseil aux patients, agents conversationnels23,3 %
Prise de notes de consultation22,2 %
Gestion des stocks et prévisions20,0 %
Observance (analyse prédictive)10,0 %
Écrire, apprendreClinique, patients, gestion

Source : Royal College of Pharmacy, Pharmacist AI Use & Impact Survey, enquête en ligne du 16 au 30 mars 2026, résultats publiés le 1er juillet 2026. Échantillon volontaire, non représentatif : 57 % d’hospitaliers, 2 % d’officinaux.

Le profil d’usage est net : on écrit, on résume, on apprend, bien avant de s’en servir en clinique. Même chez les utilisateurs, 57,8 % signalent des problèmes de précision ou de sécurité clinique, et près des trois quarts des répondants disent avoir des motifs d’inquiétude. Les éditeurs, eux, visent désormais la profession : depuis le 22 avril 2026, OpenAI propose ChatGPT for Clinicians, une version conçue pour le travail clinique, gratuite pour les médecins, infirmiers praticiens, assistants médicaux et pharmaciens vérifiés, aux États-Unis seulement pour l’instant.

À l’officine française, l’IA entre surtout par une autre porte : ton logiciel. Lecture automatique de l’ordonnance, alertes, prévisions de stock, comptes rendus d’entretien dictés, repérage des fausses ordonnances (qui ne dispense pas du réflexe ASAFO) : ces briques sont intégrées aux logiciels d’officine ou proposées par des éditeurs spécialisés, souvent sans que l’équipe les identifie comme de l’IA.

Tes patients l’utilisent déjà, mais c’est toi qu’ils croient

Côté patients, la bascule est faite. Selon l’enquête de Doctolib et de la Fondation Jean-Jaurès auprès de 7 845 patients utilisateurs de Doctolib, 45 % ont utilisé une IA conversationnelle pour une question de santé au cours des trois derniers mois, avec un fossé de génération : 75 % des 18-24 ans, 13 % des 75 ans et plus. L’étude le souligne elle-même : ce public est plus familier du numérique que la moyenne. L’effet est ambivalent : 25 % des utilisateurs disent avoir consulté plus vite grâce à elle, 18 % ont renoncé à consulter après l’avoir utilisée. À l’échelle mondiale, OpenAI revendique plus de 230 millions de personnes qui posent chaque semaine des questions de santé et de bien-être à ChatGPT, et chez Anthropic, la santé arrive en tête des demandes de conseil personnel adressées à Claude (27 %) : des données d’éditeurs, qui montrent l’ampleur du phénomène.

Le sondage OpinionWay pour PharmagoraPlus apporte la pièce qui te concerne directement : parmi les Français qui s’informent sur la santé via l’IA, 49 % disent le faire surtout avant de demander conseil à leur pharmacien. Le patient arrive donc souvent avec une réponse en tête, mais il lui accorde bien moins de crédit qu’à toi.

Figure 5L’IA inspire trois fois moins confiance que le pharmacienPart des Français qui font confiance à chaque source pour les conseiller sur un sujet médical, en %.
Médecin96 %
Infirmier94 %
Pharmacien93 %
Kinésithérapeute89 %
Aide-soignant84 %
Ami, famille67 %
Émission santé (télé ou radio)60 %
Intelligence artificielle31 %
Forum sur internet24 %
Influenceur (hors professionnel de santé)11 %
36 %des Français cherchent déjà de l’information médicale via l’IA (56 % des moins de 35 ans)
49 %de ces utilisateurs interrogent l’IA surtout avant de demander conseil à leur pharmacien

Source : sondage OpinionWay pour PharmagoraPlus, 1 017 personnes représentatives des Français de 18 ans et plus (méthode des quotas), interrogées en ligne du 13 au 16 février 2026, publié en mars 2026.

Le bon réflexe au comptoir : accueillir la question sans ironie (le patient a eu raison de venir vérifier), relire la réponse avec lui, puis relayer les repères que la HAS adresse au grand public depuis juin 2026. Ne jamais saisir d’information qui permette de l’identifier, lui ou ses proches. Demander à l’outil ses sources et aller les lire. Et garder en tête que seul un professionnel de santé pose un diagnostic et décide d’un traitement.

Fiable ? Ce que montrent les études de 2026

Deux études publiées en février 2026 dans Nature Medicine testent l’IA en situation réelle d’usage. La première, menée par l’université d’Oxford auprès de 1 298 volontaires britanniques, a comparé trois modèles, dont GPT-4o, sur dix scénarios médicaux.

Figure 6Seule, l’IA trouve la pathologie. Aux mains de volontaires, beaucoup moinsDix scénarios médicaux : part des cas où au moins une pathologie pertinente est identifiée, et où la bonne conduite à tenir est choisie.

Identifier une pathologie pertinente

Les modèles seuls, face au scénario complet (moyenne des trois)94,9 %
Des volontaires aidés d’un de ces modèles< 34,5 %

Choisir la bonne conduite à tenir

Les modèles seuls (moyenne des trois)56,3 %
Des volontaires aidés d’un de ces modèles< 44,2 %

Source : Bean A.M. et al., « Reliability of LLMs as medical assistants for the general public », Nature Medicine, 9 février 2026 ; essai randomisé, 1 298 participants, modèles GPT-4o, Llama 3 et Command R+. Pour les volontaires, la valeur affichée est le meilleur des trois groupes. Le groupe témoin, resté sur ses sources habituelles, a mieux identifié la pathologie (1,76 fois plus de chances) et fait jeu égal sur la conduite à tenir.

Seuls, face au scénario complet, les trois modèles trouvent une pathologie pertinente dans 94,9 % des cas en moyenne, mais la bonne conduite à tenir dans 56,3 % seulement. Entre les mains de volontaires, ils tombent sous 34,5 % pour la pathologie et sous 44,2 % pour la conduite à tenir, et le groupe témoin, resté sur ses sources habituelles, identifie mieux la pathologie. Le problème naît dans la conversation : les volontaires donnaient souvent des informations incomplètes, le modèle répondait parfois de façon trompeuse, et la réponse finale partait de travers avec aplomb.

La seconde, menée au Mount Sinai de New York sur l’outil santé grand public d’OpenAI (ChatGPT Health, lancé en janvier 2026 et non proposé en Europe à son lancement), lui a soumis 60 cas rédigés par des médecins, soit 960 réponses : l’outil a sous-estimé 52 % des urgences avérées, orientant par exemple une acidocétose diabétique vers une consultation sous 24 à 48 heures au lieu des urgences.

Sur le terrain, le constat rejoint les études : 67 % des soignants interrogés par PulseLife ont déjà reçu des réponses fausses ou incomplètes. Conséquence au comptoir : une dose, une interaction, une contre-indication se vérifient toujours à la source (RCP et base de données publique des médicaments, Thériaque, CRAT pour la grossesse et l’allaitement), jamais dans la réponse d’un assistant.

Ce que disent les textes et les recommandations

Aucune loi ne s’intitule « IA à l’officine », mais le cadre est désormais dense. Il tient en six idées.

  • Tu restes responsable. Aucun texte ne transfère la responsabilité d’un acte pharmaceutique à un logiciel. L’assureur MACSF le rappelle aux médecins, et le raisonnement vaut pour toi : c’est la responsabilité du professionnel qui sera recherchée. La Fédération internationale pharmaceutique (FIP) le formule pour la profession dans sa déclaration du 31 août 2025 : le pharmacien doit toujours superviser et valider tout processus d’IA lié aux soins.
  • Le numérique est entré dans la déontologie. Depuis le 6 mars 2026, l’article R.4235-10 du Code de la santé publique prévoit que ton recours aux outils numériques respecte la déontologie et les règles d’identification, de sécurité et d’interopérabilité des services numériques en santé, n’altère pas la qualité de la prise en charge, et protège les données personnelles de tes patients selon le RGPD. Il te demande aussi de t’assurer que le patient est en capacité d’utiliser ces outils.
  • Les données de santé ont leur propre régime. Ce sont des données sensibles au sens du RGPD (article 9), couvertes par le secret professionnel, et les héberger pour ton compte exige un hébergeur certifié HDS (article L.1111-8 du Code de la santé publique).
  • L’AI Act s’applique déjà à toi, comme utilisateur. Depuis le 2 février 2025, son article 4 impose à toute structure qui utilise un système d’IA d’œuvrer à la « maîtrise de l’IA » de son équipe ; depuis le règlement omnibus entré en vigueur le 27 juillet 2026, il s’agit de prendre des mesures en ce sens, sans niveau individuel à garantir. Depuis le 2 août 2026, son article 50 impose qu’une personne qui échange avec un agent conversationnel soit informée qu’elle parle à une IA, sauf si c’est évident dans le contexte. Les obligations des systèmes à haut risque, elles, sont reportées au 2 décembre 2027, et au 2 août 2028 pour l’IA intégrée aux dispositifs médicaux.
  • Le patient doit être informé dans certains cas. Quand tu utilises, pour un acte de prévention, de diagnostic ou de soin, un dispositif médical dont l’algorithme a appris sur des données massives, tu t’assures qu’il en a été informé (article L.4001-3 du Code de la santé publique, issu de la loi de bioéthique de 2021). L’arrêté qui doit préciser les dispositifs concernés est toujours attendu.
  • La HAS a fixé la méthode, A.V.E.C. Apprendre (comprendre l’outil et ses règles de confidentialité), Vérifier (ne partager aucune information confidentielle, traiter chaque contenu comme une proposition, contrôler valeurs, unités et noms de médicaments), Estimer (suivre dans le temps le nombre de corrections nécessaires), Communiquer (en parler avec les patients et les collègues). Le projet de guide HAS-CNIL (document de travail de février 2026, soumis à consultation) propose en outre une relecture humaine de 100 % des résultats pour les décisions à fort impact, et une charte d’usage qui liste les pratiques interdites.
Figure 7Le cadre de l’IA en santé, en dix datesRecommandations professionnelles, textes français et européens (puces pleines : en vigueur ou publiés ; puces vides : à venir).
25 juillet 2024Ordre des pharmaciens : cahier thématique n° 23, « IA en santé, entre promesses et prudence »
2 février 2025AI Act : pratiques interdites et obligation de maîtrise de l’IA (article 4)
31 août 2025FIP : le pharmacien supervise et valide tout processus d’IA lié aux soins
30 octobre 2025HAS : premières clefs d’usage de l’IA générative en santé, méthode A.V.E.C.
16 février 2026HAS et CNIL : projet de guide sur l’IA en contexte de soins, soumis à consultation
6 mars 2026Nouveau code de déontologie : article R.4235-10 sur les outils numériques
18 juin 2026HAS : repères pour les patients qui utilisent l’IA générative
27 juillet 2026Règlement (UE) 2026/1744 : obligations à haut risque reportées, maîtrise de l’IA reformulée
2 août 2026AI Act, article 50 : un agent conversationnel doit dire qu’il est une IA
2 août 2028AI Act : obligations pour l’IA intégrée aux dispositifs médicaux (2 décembre 2027 pour les autres systèmes à haut risque)

Les quatre niveaux d’usage : ce que tu peux confier à l’IA

Pour chaque usage, deux questions suffisent à trancher : qu’est-ce que je donne à l’IA, et qui vérifie ce qui en sort ? L’échelle ci-dessous range les réponses en quatre niveaux.

Figure 8L’échelle des usages, du feu vert au feu rougeCe que tu donnes à l’IA détermine l’outil autorisé et le contrôle à prévoir.
1

Écrire et organiser, sans patient Feu vert

Procédure qualité, note de service, compte rendu de réunion, fiche de poste, mail à un fournisseur.

Outil : un assistant généraliste, réglages de confidentialité activés. Contrôle : tu relis avant d’envoyer.

2

Reformuler un savoir public Feu vert, sous contrôle

Résumer une recommandation, simplifier un extrait de RCP, traduire une consigne générique, réviser une classe thérapeutique.

Outil : un assistant généraliste, à partir d’une source officielle que tu fournis. Contrôle : chaque chiffre, dose, unité et nom vérifié dans la source.

3

Réfléchir sur un cas fictif Prudence

Question générique ou cas inventé, sans aucun élément tiré d’un patient réel. Dès qu’il s’agit d’une vraie personne, même sans son nom, c’est le niveau 4 : âge, traitements et contexte suffisent souvent à la reconnaître.

Outil : tes bases de référence (RCP, Thériaque, CRAT), ou un outil professionnel de santé qui cite ses sources. Contrôle : la réponse éclaire, elle ne décide jamais.

4

Traiter les données d’un patient Jamais en grand public

Ordonnance, historique, dossier, compte rendu d’entretien, cas d’un patient réel même sans son nom.

Outil : uniquement un logiciel ou un service sous contrat, dont l’hébergeur est certifié HDS ; pour l’aide à la décision, statut de dispositif médical à vérifier. Contrôle : relecture humaine avant toute décision, systématique quand l’enjeu est fort.

Grille construite par La Juste Dose à partir de la méthode A.V.E.C. de la HAS (2025), du projet de guide HAS-CNIL (2026) et des règles RGPD et HDS.

Payer un abonnement ne te fait pas changer de niveau : il change surtout ce que l’éditeur fait de tes conversations.

Type de compte Ce qui change Données patient
Compte personnel, gratuit ou payant Tes conversations peuvent entraîner le modèle : par défaut chez ChatGPT (réglage « Améliorer le modèle pour tout le monde »), selon ton choix chez Claude. Les discussions temporaires (ChatGPT) et incognito (Claude) n’entraînent pas le modèle, mais sont envoyées à l’éditeur et conservées jusqu’à 30 jours. Jamais
Offre entreprise Pas d’entraînement par défaut, contrat avec l’éditeur. Mais un contrat n’est pas une certification HDS. Non, sauf HDS
Module d’IA de ton logiciel, service de santé dédié À vérifier éditeur par éditeur : service conçu pour les données de santé, contrat de sous-traitance conforme au RGPD, hébergeur certifié HDS et, s’il aide à la décision, statut de dispositif médical ; validation humaine. Oui, si tout est vérifié

Comptes personnels : ChatGPT Free, Go, Plus ou Pro, Claude Free, Pro ou Max, Gemini, Vibe (ex-Le Chat de Mistral). Offres entreprise : ChatGPT Business ou Enterprise, Claude Team ou Enterprise. Réglages vérifiés le 27 septembre 2026 dans les centres d’aide d’OpenAI et d’Anthropic. Attention à un détail : un pouce levé ou baissé sur une réponse peut faire utiliser toute la conversation pour l’entraînement, même quand le réglage est désactivé.

Concrètement : ce que tu peux lui confier dès demain

Huit usages qui font gagner du temps sans rien exposer, du plus simple au plus exigeant.

  1. Écrire ce que personne n’a le temps d’écrire : procédure qualité, note de service, compte rendu de réunion, fiche de poste, mail à un fournisseur. C’est l’usage numéro un chez les pharmaciens britanniques.
  2. Reformuler une information vérifiée : tu colles l’extrait du RCP ou de la notice, l’IA en tire une fiche en langage simple ou en facile à lire et à comprendre, que tu relis ligne à ligne.
  3. Traduire une consigne générique pour un patient qui ne parle pas français, à relire avant de la remettre. Pour les phrases clés en anglais, garde sous la main notre mini-lexique du comptoir.
  4. Résumer un texte officiel que tu fournis : une recommandation de la HAS, une alerte de l’ANSM, un avenant. Tu demandes ce qui change la pratique, puis tu contrôles chaque chiffre dans le texte.
  5. Préparer une trame d’entretien générique, par exemple pour les anticoagulants ou l’asthme, à croiser avec les supports officiels : voir le panorama des entretiens pharmaceutiques.
  6. Répondre à un avis Google sans jamais confirmer qu’une personne est patiente de l’officine : la réponse type en quatre temps reste la règle, l’IA aide seulement à la mettre en forme.
  7. Préparer tes publications dans les limites du nouveau code de déontologie, en signalant tout visuel généré par IA qui pourrait passer pour réel.
  8. Réviser : te faire interroger sur une classe thérapeutique ou un cas fictif, en vérifiant ses corrections dans les sources.
Une demande bien cadrée (niveau 2, sans aucune donnée patient) : « Voici un extrait de notice, copié ci-dessous. Rédige une fiche de huit lignes en langage simple, niveau fin de collège, pour expliquer comment prendre ce médicament. N’ajoute aucune information absente du texte ; si une information manque, écris “à vérifier”. » Tu relis ensuite chaque ligne contre la notice.

Et ce que tu ne lui confies jamais, dans la ligne de ce que rappellent aussi les groupements dans Le Moniteur des pharmacies (août 2026) :

  • le double contrôle d’une ordonnance, même sans le nom du patient ;
  • une posologie, a fortiori chez l’enfant, la personne âgée ou l’insuffisant rénal ;
  • une interaction ou une contre-indication sans vérification à la source ;
  • le conseil direct aux patients par un agent conversationnel qui n’est pas conçu pour la santé ;
  • l’accès à la messagerie de l’officine ou à ton logiciel par un assistant grand public ;
  • la décision finale, quelle qu’elle soit.

Entraîne-toiDes réflexes qui ne se délèguent pasDCI, antidotes, calculs, conduite : les jeux Réflexe gardent l’œil sûr, sans IA.Voir les jeux

Mettre l’équipe d’accord en une page

Dans leur projet de guide, la HAS et la CNIL proposent de formaliser une charte d’usage. À l’officine, une page suffit, si chacun la connaît :

  • les outils autorisés, et pour quels niveaux d’usage ;
  • l’interdit absolu : aucune donnée patient dans un assistant grand public ;
  • les réglages à faire sur chaque compte (entraînement désactivé, discussions temporaires) ;
  • la relecture obligatoire de tout contenu avant usage, et qui valide ;
  • la conduite à tenir face à une erreur de l’IA : on la note, on en parle en équipe.

C’est aussi la façon la plus simple de répondre à l’obligation de maîtrise de l’IA de l’AI Act : montrer que l’équipe sait ce qu’elle utilise, et où ça peut déraper.

À retenir

  • Plus d’un soignant sur deux utilise déjà une IA généraliste, souvent sur un compte personnel ; à notre connaissance, aucun baromètre national ne mesure encore l’usage des pharmaciens d’officine en France.
  • 45 % des patients utilisateurs de Doctolib ont interrogé l’IA sur leur santé en trois mois. Selon un autre sondage, près d’un Français sur deux parmi ceux qui s’informent ainsi le fait surtout avant de demander conseil à son pharmacien, mais les Français font trois fois plus confiance au pharmacien (93 %) qu’à l’IA (31 %).
  • Seule, l’IA reconnaît la plupart des pathologies ; en conversation avec de vrais utilisateurs, elle se trompe bien plus : doses, interactions et contre-indications se vérifient à la source.
  • Jamais de donnée patient identifiante dans un assistant grand public, gratuit ou payant ; pour un cas réel, ton logiciel ou un service de santé certifié HDS.
  • Le cadre : article R.4235-10, RGPD et HDS, AI Act (maîtrise de l’IA, transparence), méthode A.V.E.C. de la HAS.

Les questions qui reviennent

Si j’enlève le nom, je peux coller l’ordonnance dans ChatGPT ?

Non. Retirer le nom ne rend pas une donnée anonyme : l’âge, les traitements, une pathologie rare ou le nom du prescripteur suffisent souvent à reconnaître quelqu’un, surtout dans une patientèle de quartier. Et même anonymisée, une ordonnance n’a rien à faire dans un outil qui n’est pas conçu pour la valider : l’analyse passe par ton logiciel, tes bases et ton œil.

Et avec un abonnement payant, c’est bon ?

Non plus. L’abonnement change les réglages et parfois le contrat, pas la nature de l’outil : pas d’hébergement de données de santé certifié, pas de validation clinique. Les données patient restent réservées aux outils prévus pour elles.

Dois-je dire au patient que j’utilise l’IA ?

Dans deux cas précis. Si ton officine met un agent conversationnel à disposition des patients, il doit être clair qu’ils parlent à une IA (AI Act, article 50 ; l’obligation pèse sur le fournisseur de l’outil et, selon les cas, sur l’officine qui le déploie). Si tu utilises, pour un acte de prévention, de diagnostic ou de soin, un dispositif médical dont l’algorithme a appris sur des données massives, tu t’assures que le patient en a été informé (article L.4001-3 du Code de la santé publique). Un texte que tu as fait rédiger puis vérifié n’entre dans aucun de ces cas ; la HAS encourage malgré tout la transparence, et 84 % des Français disent vouloir être informés quand un soignant utilise l’IA (baromètre ACSEL).

Si l’IA se trompe, qui est responsable ?

Toi. Aucun texte ne transfère la responsabilité d’un acte pharmaceutique à un logiciel. Le fabricant d’un outil défectueux peut voir sa propre responsabilité engagée, mais cela ne dispense jamais du contrôle humain. D’où la règle : tout ce qui sort de l’IA est une proposition, que tu vérifies.

Un patient arrive avec la réponse de ChatGPT, je fais quoi ?

Tu la lis avec lui, sans te moquer : il a eu le bon réflexe de venir la vérifier. Tu confirmes ce qui est juste, tu corriges ce qui ne l’est pas, sources à l’appui, et tu lui rappelles de ne jamais saisir d’information qui l’identifie. Au moindre signe d’alerte, tu l’orientes.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie

L’IA générative est un excellent rédacteur et un piètre pharmacien. Confie-lui ce qui s’écrit, se reformule et se traduit, garde pour toi ce qui se vérifie, se dose et se décide. Une seule règle ne souffre aucune exception : aucune donnée patient dans un assistant grand public, gratuit ou payant. Pour le reste, quatre lettres suffisent, celles de la HAS : Apprendre, Vérifier, Estimer, Communiquer.

Sources

Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.

Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

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