
« Ce matin, une patiente m’a tendu son téléphone : elle avait demandé à ChatGPT si elle pouvait rattraper la dose oubliée la veille. Et cet après-midi, on m’a demandé si on pouvait coller une ordonnance dedans pour vérifier les interactions. »Sam, préparateur · un mardi de fin septembre
L’IA générative est déjà au comptoir, des deux côtés. Selon deux baromètres de fin 2025, plus d’un soignant sur deux utilise un assistant comme ChatGPT, et 45 % des patients interrogés par Doctolib l’ont consulté sur leur santé en trois mois. Bien utilisée, elle te fait gagner du temps sur tout ce qui s’écrit, se reformule ou se traduit. Elle ne doit ni valider une ordonnance, ni voir passer une donnée patient dans un outil grand public. Voici ce que disent les baromètres 2025-2026, ce que recommandent les autorités, et une échelle en quatre niveaux pour savoir ce que tu peux lui confier.
Qui utilise déjà ChatGPT, Claude et les autres ?
Depuis l’automne 2025, les baromètres se succèdent, et leurs chiffres vont du simple au double. Ils ne mesurent pas la même chose : tantôt « un outil d’IA » au sens large, tantôt un assistant généraliste comme ChatGPT, tantôt l’IA générative au travail. Surtout, aucun ne mesure encore l’usage des pharmaciens d’officine en France : ils pèsent 6 % d’un échantillon et sont absents d’un autre. Chaque chiffre se lit donc avec sa question et son public.
Le baromètre de l’ACSEL, réalisé par Toluna Harris Interactive auprès de près de 300 médecins et infirmiers, va plus loin : 90 % déclarent utiliser des outils d’IA dans leur pratique, 32 % chaque jour, et 93 % de ces utilisateurs passent par au moins un outil d’IA générative. La liste des outils cités résume la situation.
Source : ACSEL, Baromètre IA & Data en santé, 1re édition, réalisé par Toluna Harris Interactive auprès de près de 300 médecins et infirmiers, résultats présentés le 11 décembre 2025. La synthèse publiée ne dit pas si la base est l’ensemble des utilisateurs d’IA ou ceux de l’IA générative (93 % d’entre eux). Également cités : Bard 6 %, LLaMA 6 %.
ChatGPT domine, Claude plafonne à 9 %, et l’outil sécurisé fourni par leur structure ne concerne que 14 % des utilisateurs. La plupart des soignants travaillent donc avec des comptes grand public, pensés pour tout le monde, pas pour des données de santé. À l’hôpital, l’Ifop a mis un chiffre sur cette « IA de l’ombre ».
Source : Ifop pour Acteurs publics et UniHA, baromètre IA à l’hôpital, questionnaire en ligne du 23 juin au 26 septembre 2025, résultats présentés le 13 novembre 2025.
Près de trois fois plus d’agents utilisent un outil personnel qu’un outil fourni. Rien ne dit que l’officine y échappe : sans cadre fixé par le titulaire, chacun prend l’outil qu’il a dans la poche.
Et les pharmaciens, dans tout ça ?
Les données propres à la profession sont rares, mais elles vont dans le même sens.
- En France, les pharmaciens interrogent l’IA sur le médicament. Sur MedGPT, l’assistant médical de Synapse Medicine, ils posent 13,7 % des questions, derrière les médecins généralistes (52,6 %) et les infirmiers (15,1 %). Selon l’analyse reprise par Caducée à partir de ce baromètre, 67,9 % de leurs questions porteraient sur l’aide à la prescription, contre 27,8 % sur l’aide au diagnostic. Ce sont des données d’éditeur, à lire comme telles.
- Au Royaume-Uni, près de deux pharmaciens répondants sur trois s’en servent déjà. Le Royal College of Pharmacy a interrogé 141 pharmaciens en mars 2026, majoritairement hospitaliers : 63,8 % utilisent des outils d’IA au travail, le plus souvent Copilot, puis ChatGPT, et 83 % des utilisateurs y accèdent au moins en partie par un outil fourni par l’employeur.
- En Allemagne, l’officine reste sur la réserve. L’étude ApoMomentum, menée en juillet et août 2026 auprès de 736 pharmaciens et 669 PTA (l’équivalent allemand des préparateurs), montre que près de trois sur quatre n’utilisent l’IA jamais au travail, ou une à deux fois par mois au plus.
Source : Royal College of Pharmacy, Pharmacist AI Use & Impact Survey, enquête en ligne du 16 au 30 mars 2026, résultats publiés le 1er juillet 2026. Échantillon volontaire, non représentatif : 57 % d’hospitaliers, 2 % d’officinaux.
Le profil d’usage est net : on écrit, on résume, on apprend, bien avant de s’en servir en clinique. Même chez les utilisateurs, 57,8 % signalent des problèmes de précision ou de sécurité clinique, et près des trois quarts des répondants disent avoir des motifs d’inquiétude. Les éditeurs, eux, visent désormais la profession : depuis le 22 avril 2026, OpenAI propose ChatGPT for Clinicians, une version conçue pour le travail clinique, gratuite pour les médecins, infirmiers praticiens, assistants médicaux et pharmaciens vérifiés, aux États-Unis seulement pour l’instant.
À l’officine française, l’IA entre surtout par une autre porte : ton logiciel. Lecture automatique de l’ordonnance, alertes, prévisions de stock, comptes rendus d’entretien dictés, repérage des fausses ordonnances (qui ne dispense pas du réflexe ASAFO) : ces briques sont intégrées aux logiciels d’officine ou proposées par des éditeurs spécialisés, souvent sans que l’équipe les identifie comme de l’IA.
Tes patients l’utilisent déjà, mais c’est toi qu’ils croient
Côté patients, la bascule est faite. Selon l’enquête de Doctolib et de la Fondation Jean-Jaurès auprès de 7 845 patients utilisateurs de Doctolib, 45 % ont utilisé une IA conversationnelle pour une question de santé au cours des trois derniers mois, avec un fossé de génération : 75 % des 18-24 ans, 13 % des 75 ans et plus. L’étude le souligne elle-même : ce public est plus familier du numérique que la moyenne. L’effet est ambivalent : 25 % des utilisateurs disent avoir consulté plus vite grâce à elle, 18 % ont renoncé à consulter après l’avoir utilisée. À l’échelle mondiale, OpenAI revendique plus de 230 millions de personnes qui posent chaque semaine des questions de santé et de bien-être à ChatGPT, et chez Anthropic, la santé arrive en tête des demandes de conseil personnel adressées à Claude (27 %) : des données d’éditeurs, qui montrent l’ampleur du phénomène.
Le sondage OpinionWay pour PharmagoraPlus apporte la pièce qui te concerne directement : parmi les Français qui s’informent sur la santé via l’IA, 49 % disent le faire surtout avant de demander conseil à leur pharmacien. Le patient arrive donc souvent avec une réponse en tête, mais il lui accorde bien moins de crédit qu’à toi.
Source : sondage OpinionWay pour PharmagoraPlus, 1 017 personnes représentatives des Français de 18 ans et plus (méthode des quotas), interrogées en ligne du 13 au 16 février 2026, publié en mars 2026.
Le bon réflexe au comptoir : accueillir la question sans ironie (le patient a eu raison de venir vérifier), relire la réponse avec lui, puis relayer les repères que la HAS adresse au grand public depuis juin 2026. Ne jamais saisir d’information qui permette de l’identifier, lui ou ses proches. Demander à l’outil ses sources et aller les lire. Et garder en tête que seul un professionnel de santé pose un diagnostic et décide d’un traitement.
Fiable ? Ce que montrent les études de 2026
Deux études publiées en février 2026 dans Nature Medicine testent l’IA en situation réelle d’usage. La première, menée par l’université d’Oxford auprès de 1 298 volontaires britanniques, a comparé trois modèles, dont GPT-4o, sur dix scénarios médicaux.
Source : Bean A.M. et al., « Reliability of LLMs as medical assistants for the general public », Nature Medicine, 9 février 2026 ; essai randomisé, 1 298 participants, modèles GPT-4o, Llama 3 et Command R+. Pour les volontaires, la valeur affichée est le meilleur des trois groupes. Le groupe témoin, resté sur ses sources habituelles, a mieux identifié la pathologie (1,76 fois plus de chances) et fait jeu égal sur la conduite à tenir.
Seuls, face au scénario complet, les trois modèles trouvent une pathologie pertinente dans 94,9 % des cas en moyenne, mais la bonne conduite à tenir dans 56,3 % seulement. Entre les mains de volontaires, ils tombent sous 34,5 % pour la pathologie et sous 44,2 % pour la conduite à tenir, et le groupe témoin, resté sur ses sources habituelles, identifie mieux la pathologie. Le problème naît dans la conversation : les volontaires donnaient souvent des informations incomplètes, le modèle répondait parfois de façon trompeuse, et la réponse finale partait de travers avec aplomb.
La seconde, menée au Mount Sinai de New York sur l’outil santé grand public d’OpenAI (ChatGPT Health, lancé en janvier 2026 et non proposé en Europe à son lancement), lui a soumis 60 cas rédigés par des médecins, soit 960 réponses : l’outil a sous-estimé 52 % des urgences avérées, orientant par exemple une acidocétose diabétique vers une consultation sous 24 à 48 heures au lieu des urgences.
Sur le terrain, le constat rejoint les études : 67 % des soignants interrogés par PulseLife ont déjà reçu des réponses fausses ou incomplètes. Conséquence au comptoir : une dose, une interaction, une contre-indication se vérifient toujours à la source (RCP et base de données publique des médicaments, Thériaque, CRAT pour la grossesse et l’allaitement), jamais dans la réponse d’un assistant.
Ce que disent les textes et les recommandations
Aucune loi ne s’intitule « IA à l’officine », mais le cadre est désormais dense. Il tient en six idées.
- Tu restes responsable. Aucun texte ne transfère la responsabilité d’un acte pharmaceutique à un logiciel. L’assureur MACSF le rappelle aux médecins, et le raisonnement vaut pour toi : c’est la responsabilité du professionnel qui sera recherchée. La Fédération internationale pharmaceutique (FIP) le formule pour la profession dans sa déclaration du 31 août 2025 : le pharmacien doit toujours superviser et valider tout processus d’IA lié aux soins.
- Le numérique est entré dans la déontologie. Depuis le 6 mars 2026, l’article R.4235-10 du Code de la santé publique prévoit que ton recours aux outils numériques respecte la déontologie et les règles d’identification, de sécurité et d’interopérabilité des services numériques en santé, n’altère pas la qualité de la prise en charge, et protège les données personnelles de tes patients selon le RGPD. Il te demande aussi de t’assurer que le patient est en capacité d’utiliser ces outils.
- Les données de santé ont leur propre régime. Ce sont des données sensibles au sens du RGPD (article 9), couvertes par le secret professionnel, et les héberger pour ton compte exige un hébergeur certifié HDS (article L.1111-8 du Code de la santé publique).
- L’AI Act s’applique déjà à toi, comme utilisateur. Depuis le 2 février 2025, son article 4 impose à toute structure qui utilise un système d’IA d’œuvrer à la « maîtrise de l’IA » de son équipe ; depuis le règlement omnibus entré en vigueur le 27 juillet 2026, il s’agit de prendre des mesures en ce sens, sans niveau individuel à garantir. Depuis le 2 août 2026, son article 50 impose qu’une personne qui échange avec un agent conversationnel soit informée qu’elle parle à une IA, sauf si c’est évident dans le contexte. Les obligations des systèmes à haut risque, elles, sont reportées au 2 décembre 2027, et au 2 août 2028 pour l’IA intégrée aux dispositifs médicaux.
- Le patient doit être informé dans certains cas. Quand tu utilises, pour un acte de prévention, de diagnostic ou de soin, un dispositif médical dont l’algorithme a appris sur des données massives, tu t’assures qu’il en a été informé (article L.4001-3 du Code de la santé publique, issu de la loi de bioéthique de 2021). L’arrêté qui doit préciser les dispositifs concernés est toujours attendu.
- La HAS a fixé la méthode, A.V.E.C. Apprendre (comprendre l’outil et ses règles de confidentialité), Vérifier (ne partager aucune information confidentielle, traiter chaque contenu comme une proposition, contrôler valeurs, unités et noms de médicaments), Estimer (suivre dans le temps le nombre de corrections nécessaires), Communiquer (en parler avec les patients et les collègues). Le projet de guide HAS-CNIL (document de travail de février 2026, soumis à consultation) propose en outre une relecture humaine de 100 % des résultats pour les décisions à fort impact, et une charte d’usage qui liste les pratiques interdites.
Les quatre niveaux d’usage : ce que tu peux confier à l’IA
Pour chaque usage, deux questions suffisent à trancher : qu’est-ce que je donne à l’IA, et qui vérifie ce qui en sort ? L’échelle ci-dessous range les réponses en quatre niveaux.
Écrire et organiser, sans patient Feu vert
Procédure qualité, note de service, compte rendu de réunion, fiche de poste, mail à un fournisseur.
Outil : un assistant généraliste, réglages de confidentialité activés. Contrôle : tu relis avant d’envoyer.
Reformuler un savoir public Feu vert, sous contrôle
Résumer une recommandation, simplifier un extrait de RCP, traduire une consigne générique, réviser une classe thérapeutique.
Outil : un assistant généraliste, à partir d’une source officielle que tu fournis. Contrôle : chaque chiffre, dose, unité et nom vérifié dans la source.
Réfléchir sur un cas fictif Prudence
Question générique ou cas inventé, sans aucun élément tiré d’un patient réel. Dès qu’il s’agit d’une vraie personne, même sans son nom, c’est le niveau 4 : âge, traitements et contexte suffisent souvent à la reconnaître.
Outil : tes bases de référence (RCP, Thériaque, CRAT), ou un outil professionnel de santé qui cite ses sources. Contrôle : la réponse éclaire, elle ne décide jamais.
Traiter les données d’un patient Jamais en grand public
Ordonnance, historique, dossier, compte rendu d’entretien, cas d’un patient réel même sans son nom.
Outil : uniquement un logiciel ou un service sous contrat, dont l’hébergeur est certifié HDS ; pour l’aide à la décision, statut de dispositif médical à vérifier. Contrôle : relecture humaine avant toute décision, systématique quand l’enjeu est fort.
Grille construite par La Juste Dose à partir de la méthode A.V.E.C. de la HAS (2025), du projet de guide HAS-CNIL (2026) et des règles RGPD et HDS.
Payer un abonnement ne te fait pas changer de niveau : il change surtout ce que l’éditeur fait de tes conversations.
| Type de compte | Ce qui change | Données patient |
|---|---|---|
| Compte personnel, gratuit ou payant | Tes conversations peuvent entraîner le modèle : par défaut chez ChatGPT (réglage « Améliorer le modèle pour tout le monde »), selon ton choix chez Claude. Les discussions temporaires (ChatGPT) et incognito (Claude) n’entraînent pas le modèle, mais sont envoyées à l’éditeur et conservées jusqu’à 30 jours. | Jamais |
| Offre entreprise | Pas d’entraînement par défaut, contrat avec l’éditeur. Mais un contrat n’est pas une certification HDS. | Non, sauf HDS |
| Module d’IA de ton logiciel, service de santé dédié | À vérifier éditeur par éditeur : service conçu pour les données de santé, contrat de sous-traitance conforme au RGPD, hébergeur certifié HDS et, s’il aide à la décision, statut de dispositif médical ; validation humaine. | Oui, si tout est vérifié |
Comptes personnels : ChatGPT Free, Go, Plus ou Pro, Claude Free, Pro ou Max, Gemini, Vibe (ex-Le Chat de Mistral). Offres entreprise : ChatGPT Business ou Enterprise, Claude Team ou Enterprise. Réglages vérifiés le 27 septembre 2026 dans les centres d’aide d’OpenAI et d’Anthropic. Attention à un détail : un pouce levé ou baissé sur une réponse peut faire utiliser toute la conversation pour l’entraînement, même quand le réglage est désactivé.
Concrètement : ce que tu peux lui confier dès demain
Huit usages qui font gagner du temps sans rien exposer, du plus simple au plus exigeant.
- Écrire ce que personne n’a le temps d’écrire : procédure qualité, note de service, compte rendu de réunion, fiche de poste, mail à un fournisseur. C’est l’usage numéro un chez les pharmaciens britanniques.
- Reformuler une information vérifiée : tu colles l’extrait du RCP ou de la notice, l’IA en tire une fiche en langage simple ou en facile à lire et à comprendre, que tu relis ligne à ligne.
- Traduire une consigne générique pour un patient qui ne parle pas français, à relire avant de la remettre. Pour les phrases clés en anglais, garde sous la main notre mini-lexique du comptoir.
- Résumer un texte officiel que tu fournis : une recommandation de la HAS, une alerte de l’ANSM, un avenant. Tu demandes ce qui change la pratique, puis tu contrôles chaque chiffre dans le texte.
- Préparer une trame d’entretien générique, par exemple pour les anticoagulants ou l’asthme, à croiser avec les supports officiels : voir le panorama des entretiens pharmaceutiques.
- Répondre à un avis Google sans jamais confirmer qu’une personne est patiente de l’officine : la réponse type en quatre temps reste la règle, l’IA aide seulement à la mettre en forme.
- Préparer tes publications dans les limites du nouveau code de déontologie, en signalant tout visuel généré par IA qui pourrait passer pour réel.
- Réviser : te faire interroger sur une classe thérapeutique ou un cas fictif, en vérifiant ses corrections dans les sources.
Et ce que tu ne lui confies jamais, dans la ligne de ce que rappellent aussi les groupements dans Le Moniteur des pharmacies (août 2026) :
- le double contrôle d’une ordonnance, même sans le nom du patient ;
- une posologie, a fortiori chez l’enfant, la personne âgée ou l’insuffisant rénal ;
- une interaction ou une contre-indication sans vérification à la source ;
- le conseil direct aux patients par un agent conversationnel qui n’est pas conçu pour la santé ;
- l’accès à la messagerie de l’officine ou à ton logiciel par un assistant grand public ;
- la décision finale, quelle qu’elle soit.
Mettre l’équipe d’accord en une page
Dans leur projet de guide, la HAS et la CNIL proposent de formaliser une charte d’usage. À l’officine, une page suffit, si chacun la connaît :
- les outils autorisés, et pour quels niveaux d’usage ;
- l’interdit absolu : aucune donnée patient dans un assistant grand public ;
- les réglages à faire sur chaque compte (entraînement désactivé, discussions temporaires) ;
- la relecture obligatoire de tout contenu avant usage, et qui valide ;
- la conduite à tenir face à une erreur de l’IA : on la note, on en parle en équipe.
C’est aussi la façon la plus simple de répondre à l’obligation de maîtrise de l’IA de l’AI Act : montrer que l’équipe sait ce qu’elle utilise, et où ça peut déraper.
À retenir
- Plus d’un soignant sur deux utilise déjà une IA généraliste, souvent sur un compte personnel ; à notre connaissance, aucun baromètre national ne mesure encore l’usage des pharmaciens d’officine en France.
- 45 % des patients utilisateurs de Doctolib ont interrogé l’IA sur leur santé en trois mois. Selon un autre sondage, près d’un Français sur deux parmi ceux qui s’informent ainsi le fait surtout avant de demander conseil à son pharmacien, mais les Français font trois fois plus confiance au pharmacien (93 %) qu’à l’IA (31 %).
- Seule, l’IA reconnaît la plupart des pathologies ; en conversation avec de vrais utilisateurs, elle se trompe bien plus : doses, interactions et contre-indications se vérifient à la source.
- Jamais de donnée patient identifiante dans un assistant grand public, gratuit ou payant ; pour un cas réel, ton logiciel ou un service de santé certifié HDS.
- Le cadre : article R.4235-10, RGPD et HDS, AI Act (maîtrise de l’IA, transparence), méthode A.V.E.C. de la HAS.
Les questions qui reviennent
Si j’enlève le nom, je peux coller l’ordonnance dans ChatGPT ?
Non. Retirer le nom ne rend pas une donnée anonyme : l’âge, les traitements, une pathologie rare ou le nom du prescripteur suffisent souvent à reconnaître quelqu’un, surtout dans une patientèle de quartier. Et même anonymisée, une ordonnance n’a rien à faire dans un outil qui n’est pas conçu pour la valider : l’analyse passe par ton logiciel, tes bases et ton œil.
Et avec un abonnement payant, c’est bon ?
Non plus. L’abonnement change les réglages et parfois le contrat, pas la nature de l’outil : pas d’hébergement de données de santé certifié, pas de validation clinique. Les données patient restent réservées aux outils prévus pour elles.
Dois-je dire au patient que j’utilise l’IA ?
Dans deux cas précis. Si ton officine met un agent conversationnel à disposition des patients, il doit être clair qu’ils parlent à une IA (AI Act, article 50 ; l’obligation pèse sur le fournisseur de l’outil et, selon les cas, sur l’officine qui le déploie). Si tu utilises, pour un acte de prévention, de diagnostic ou de soin, un dispositif médical dont l’algorithme a appris sur des données massives, tu t’assures que le patient en a été informé (article L.4001-3 du Code de la santé publique). Un texte que tu as fait rédiger puis vérifié n’entre dans aucun de ces cas ; la HAS encourage malgré tout la transparence, et 84 % des Français disent vouloir être informés quand un soignant utilise l’IA (baromètre ACSEL).
Si l’IA se trompe, qui est responsable ?
Toi. Aucun texte ne transfère la responsabilité d’un acte pharmaceutique à un logiciel. Le fabricant d’un outil défectueux peut voir sa propre responsabilité engagée, mais cela ne dispense jamais du contrôle humain. D’où la règle : tout ce qui sort de l’IA est une proposition, que tu vérifies.
Un patient arrive avec la réponse de ChatGPT, je fais quoi ?
Tu la lis avec lui, sans te moquer : il a eu le bon réflexe de venir la vérifier. Tu confirmes ce qui est juste, tu corriges ce qui ne l’est pas, sources à l’appui, et tu lui rappelles de ne jamais saisir d’information qui l’identifie. Au moindre signe d’alerte, tu l’orientes.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie
L’IA générative est un excellent rédacteur et un piètre pharmacien. Confie-lui ce qui s’écrit, se reformule et se traduit, garde pour toi ce qui se vérifie, se dose et se décide. Une seule règle ne souffre aucune exception : aucune donnée patient dans un assistant grand public, gratuit ou payant. Pour le reste, quatre lettres suffisent, celles de la HAS : Apprendre, Vérifier, Estimer, Communiquer.
Sources
- PulseLife, « Baromètre : quel usage des IA généralistes par les soignants » (novembre 2025) : questionnaire en ligne du 15 septembre au 1er octobre 2025 auprès de 608 membres de sa communauté (54 % de médecins, 6 % de pharmaciens) ; PulseLife édite elle-même une IA médicale, consulté le 27 septembre 2026.
- ACSEL, « Baromètre IA & Data en santé », 1re édition, synthèse des résultats, réalisé par Toluna Harris Interactive auprès de médecins, d’infirmiers et de patients, présenté le 11 décembre 2025, consulté le 27 septembre 2026.
- Ifop pour Acteurs publics et UniHA, « Baromètre IA : adoption et impact de l’intelligence artificielle dans les établissements hospitaliers » (octobre 2025) : 1 051 agents hospitaliers, questionnaire en ligne du 23 juin au 26 septembre 2025, consulté le 27 septembre 2026.
- Synapse Medicine, « Baromètre MedGPT.fr : l’utilisation de l’IA médicale par les professionnels de santé » (17 mars 2026) : analyse agrégée et anonymisée des questions posées sur la plateforme, consulté le 27 septembre 2026.
- Caducée, « MedGPT : un baromètre qui éclaire les tensions du premier recours » (17 mars 2026) : répartition des questions par profession, dont 67,9 % de questions de prescription chez les pharmaciens, consulté le 27 septembre 2026.
- Royal College of Pharmacy, « Pharmacist AI Use & Impact Survey », rapport de synthèse, résultats publiés le 1er juillet 2026 : enquête en ligne du 16 au 30 mars 2026, 141 répondants, consulté le 27 septembre 2026.
- Das PTA Magazin, « ApoMomentum 2026 : Beratungskompetenz als Stärke » (17 septembre 2026) : étude Pilot et Deutscher Apotheker Verlag, 736 pharmaciens et 669 PTA interrogés du 1er juillet au 6 août 2026, consulté le 27 septembre 2026.
- Doctolib et Fondation Jean-Jaurès, « Cartes de France 2026 de l’accès aux soins », communiqué du 19 mai 2026 : enquête en ligne auprès de 7 845 patients représentatifs des utilisateurs de Doctolib, consulté le 27 septembre 2026.
- Sondage OpinionWay pour PharmagoraPlus, « Perception de la pharmacie auprès des Français » (mars 2026) : 1 017 personnes interrogées en ligne du 13 au 16 février 2026, consulté le 27 septembre 2026.
- OpenAI, présentation de ChatGPT Health (janvier 2026) : plus de 230 millions de personnes posent chaque semaine des questions de santé et de bien-être à ChatGPT, donnée de l’éditeur, consulté le 27 septembre 2026.
- Anthropic, « How people ask Claude for personal guidance » (30 avril 2026) : un million de conversations de mars et avril 2026, la santé et le bien-être représentent 27 % des demandes de conseil personnel, donnée de l’éditeur, consulté le 27 septembre 2026.
- OpenAI, « Améliorer ChatGPT pour les cliniciens » (22 avril 2026) : version gratuite pour les cliniciens vérifiés, pharmaciens compris, aux États-Unis, consulté le 27 septembre 2026.
- Bean A.M. et al., « Reliability of LLMs as medical assistants for the general public: a randomized preregistered study », Nature Medicine, 9 février 2026, consulté le 27 septembre 2026.
- Ramaswamy A. et al., « ChatGPT Health performance in a structured test of triage recommendations », Nature Medicine, en ligne le 23 février 2026, consulté le 27 septembre 2026.
- Haute Autorité de santé, « Premières clefs d’usage de l’IA générative en santé » (30 octobre 2025, mis à jour le 15 avril 2026), consulté le 27 septembre 2026.
- HAS et CNIL, projet de guide « Accompagner le bon usage des systèmes d’intelligence artificielle en contexte de soins » (version du 16 février 2026, consultation publique close le 16 avril 2026), consulté le 27 septembre 2026.
- Haute Autorité de santé, « Intelligence artificielle en santé : bien l’utiliser et bien se protéger », guide pour les usagers (mis en ligne le 18 juin 2026), consulté le 27 septembre 2026.
- Décret n° 2026-156 du 3 mars 2026 modifiant le code de déontologie des pharmaciens (JO du 5 mars 2026, en vigueur le 6 mars 2026) : article R.4235-10 du Code de la santé publique sur les outils et services numériques, consulté le 27 septembre 2026.
- Loi n° 2021-1017 du 2 août 2021 relative à la bioéthique, article 17 : article L.4001-3 du Code de la santé publique (information du patient sur les dispositifs médicaux à base d’IA), consulté le 27 septembre 2026.
- Agence du numérique en santé, « Certification HDS » : obligation de certification de l’hébergeur de données de santé (article L.1111-8 du Code de la santé publique), consulté le 27 septembre 2026.
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle (AI Act), articles 4 et 50 et règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026, dit omnibus IA (JO de l’Union européenne du 24 juillet 2026, en vigueur le 27 juillet 2026), consultés le 27 septembre 2026.
- Fédération internationale pharmaceutique (FIP), « Statement of policy: Artificial intelligence in pharmacy practice » (adoptée le 31 août 2025), consulté le 27 septembre 2026.
- Ordre national des pharmaciens, cahier thématique n° 23, « IA en santé, entre promesses et prudence » (25 juillet 2024), consulté le 27 septembre 2026.
- MACSF, « Usage de l’IA dans la pratique quotidienne : quelle responsabilité ? » (11 mai 2026), consulté le 27 septembre 2026.
- Le Moniteur des pharmacies, « Intelligence artificielle : à manier avec soin » (12 août 2026) : positions des groupements et erreurs à éviter, consulté le 27 septembre 2026.
- Mistral AI, centre d’aide, « Le Chat devient Vibe » (12 août 2026), consulté le 27 septembre 2026.
- OpenAI, centre d’aide, « Data controls in ChatGPT » et Anthropic, centre de confidentialité, « Is my data used for model training? », consultés le 27 septembre 2026.
Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.