
« La titulaire veut qu’on « fasse enfin des entretiens pharmaceutiques ». Tout le monde est pour. Personne ne sait par lequel commencer, ni combien ça paie, ni comment on trouve le temps. »Sam, préparateur · un lundi de réunion d’équipe
Les entretiens pharmaceutiques sont l’exemple type de la mission que tout le monde approuve et que peu d’officines pratiquent vraiment. Le frein n’est ni l’envie ni la compétence : c’est le flou. Qui est éligible, combien d’entretiens, quelle rémunération, comment facturer ? Voici la carte complète, chiffres 2026 inclus.
Le panorama des accompagnements conventionnels
- Patients majeurs sous AVK (dont warfarine) ou sous AOD (dont apixaban), pour un traitement d’au moins 6 mois : le plus ancien et le plus rodé des accompagnements.
- Patients asthmatiques majeurs sous corticoïdes inhalés depuis au moins 6 mois : le terrain idéal pour ancrer la vérification de technique d’inhalation.
- Patients sous anticancéreux oraux : accompagnement en plein essor, avec deux niveaux selon les traitements.
- Femmes enceintes : entretien court unique dédié (prévention, automédication, expositions à éviter).
- Patients majeurs sous opioïdes de palier II, à partir de la 2e délivrance : entretien spécifique, un par patient sur 12 mois.
Les rémunérations 2026
| Accompagnement | Année 1 | Années suivantes |
|---|---|---|
| AVK / AOD | 3 entretiens : 15 + 15 + 20 = 50 € | 2 entretiens : 10 + 20 = 30 € |
| Asthme (corticoïdes inhalés) | 3 entretiens : 15 + 15 + 20 = 50 € | 2 entretiens : 10 + 20 = 30 € |
| Anticancéreux oraux « au long cours » (hormonothérapies, méthotrexate, hydroxycarbamide, bicalutamide) | 3 entretiens : 15 + 15 + 30 = 60 € | 2 entretiens : 10 + 20 = 30 € |
| Autres anticancéreux oraux | 3 entretiens : 15 + 15 + 50 = 80 € | 2 entretiens : 10 + 20 = 30 € |
| Femme enceinte | Entretien unique : 5 € | |
| Opioïdes de palier II | 5 € par entretien (un par patient et par an) | |
Montants TTC métropole (majoration de 1,05 dans les DROM), fixés par l’avenant n° 1 approuvé par l’arrêté du 5 juillet 2024 et en vigueur en 2026 : à re-vérifier sur ameli à chaque évolution conventionnelle.
Les règles pratiques
- Adhésion du patient au dispositif, tracée : pour les accompagnements chroniques (AVK/AOD, asthme, anticancéreux), c’est lui qui choisit son officine, une seule pour la séquence annuelle ; les entretiens courts (femme enceinte, opioïdes) suivent leurs propres règles.
- Supports officiels : guides et trames d’entretien disponibles sur ameli (espace pharmacien) et intégrés dans la plupart des LGO.
- Facturation par acte, aux codes dédiés : l’entretien réalisé se facture, il ne se « donne » pas.
- Un créneau, un binôme : l’organisation qui marche est simple : un rendez-vous posé (20-30 minutes au calme), un pharmacien qui mène, l’équipe qui repère les patients éligibles au comptoir. Le repérage est l’affaire de tous ; l’entretien, celle du pharmacien.
Par lequel commencer ?
Le plus simple : AVK/AOD, parce que les patients sont faciles à repérer à la délivrance et le contenu est bien balisé (observance, signes de surdosage, interactions, automédication). Ensuite l’asthme, où l’entretien prolonge naturellement le geste de démonstration. Les anticancéreux oraux demandent plus de préparation, mais c’est là que l’accompagnement change le plus la vie des patients. Et pour les patients âgés polymédiqués, le prolongement logique s’appelle bilan partagé de médication.
Les questions qui reviennent
Le patient doit-il payer quelque chose ?
L’entretien se facture en tiers payant à l’Assurance maladie : pris en charge à 70 % (100 % pour l’accompagnement anticancéreux et les situations exonérantes), le reste relevant de la complémentaire. En pratique, le patient n’avance rien et, bien couvert, ne débourse rien : le dire lève un frein fréquent.
Un préparateur peut-il mener l’entretien ?
L’entretien pharmaceutique est conduit par le pharmacien. L’équipe entière joue en revanche un rôle clé : repérer les patients éligibles, proposer le rendez-vous, préparer le dossier. C’est un sport collectif à conclusion individuelle.
Que dire au patient pour proposer sans « vendre » ?
Une phrase suffit : « Votre traitement mérite un point complet, on propose un rendez-vous dédié, pris en charge, pour tout passer en revue tranquillement. » Le mot rendez-vous change le statut de l’échange : on sort du comptoir, on entre dans le soin.
Combien d’entretiens pour que ça « vaille le coup » ?
Le calcul ne se fait pas qu’en euros : fidélisation, iatrogénie évitée, position de l’officine dans le parcours de soins. Mais même comptablement, une file active modeste et régulière finit par compter, surtout depuis la revalorisation de 2024.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie
Le secret des officines qui font des entretiens n’est pas d’avoir plus de temps : c’est d’avoir décidé un jour, un créneau et une cible. Un AVK par semaine, c’est cinquante par an : une vraie file active, une vraie mission, et une équipe qui a arrêté de dire « il faudrait qu’on s’y mette ».
Sources
- ameli.fr, les accompagnements pharmaceutiques (espace pharmacien), consultés le 31 juillet 2026.
- Légifrance, avenant n° 1 à la convention nationale pharmaceutique (accompagnements et rémunérations, 2024), consulté le 31 juillet 2026.
- ameli.fr, honoraires et actes des pharmaciens, consultés le 31 juillet 2026.
- Le Moniteur des pharmacies, revalorisation des entretiens pharmaceutiques, consultée le 31 juillet 2026.
Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier les textes conventionnels et les recommandations en vigueur.