Bilan partagé de médication : le mode d’emploi

« M. Presson, 78 ans, neuf lignes sur l’ordonnance, deux prescripteurs, et un sac de boîtes « pour qu’on m’explique, parce que je m’y perds ». Il y a un vrai travail à faire… mais dans quel cadre, et payé comment ? »Sam, préparateur · un vendredi matin

Ce cadre existe, il est conventionnel, rémunéré et taillé exactement pour ce patient : le bilan partagé de médication (BPM). C’est l’outil officinal contre l’iatrogénie du sujet âgé polymédiqué, et l’une des missions les plus sous-utilisées du réseau. Mode d’emploi complet.

Qui est éligible

  • 65 ans et plus ;
  • au moins 5 molécules différentes ;
  • prescrites pour une durée d’au moins 6 mois (rétrospective ou prévisionnelle).

Le repérage se fait au comptoir, en trente secondes : l’ordonnance à rallonge, le pilulier qui déborde, la question « à quoi sert celui-là déjà ? ». Chaque signal est une proposition de BPM qui attend. Le repérage est l’affaire de toute l’équipe ; les entretiens et l’analyse, celle du pharmacien.

Les 4 étapes

  1. Entretien de recueil : tout mettre à plat, ordonnances et automédication comprises, avec le vécu du patient (effets ressentis, difficultés de prise, croyances).
  2. Analyse des traitements par le pharmacien, et transmission des conclusions au médecin traitant : c’est le « partagé » du bilan, et c’est ce qui distingue la mission d’un simple conseil.
  3. Entretien conseil : restitution au patient, plan de prise clarifié, messages priorisés.
  4. Suivi de l’observance dans l’année, puis les années suivantes ; en cas de changement de traitement, l’analyse est actualisée.

La rémunération

Étape Montant
Année 1 : recueil (15 €) + analyse et échange médecin (15 €) + entretien conseil (15 €) + suivi observance (20 €) 65 €
Années suivantes : 2 entretiens de suivi (10 € + 20 €), ou analyse actualisée + entretiens en cas de nouveau traitement 30 € par an

Montants issus de l’avenant conventionnel de 2024 (revalorisation du BPM), en vigueur en 2026 : vérifier ameli à chaque évolution.

Ce qui fait réussir (ou échouer) un BPM

  • Le sac de boîtes : demander au patient d’apporter TOUT ce qu’il prend, compléments et automédication inclus. Les découvertes sont fréquentes, du doublon de paracétamol au millepertuis jamais déclaré.
  • Le lien médecin : une synthèse courte, factuelle, orientée propositions. Le BPM n’est pas un audit du prescripteur, c’est un travail d’équipe autour du même patient.
  • La suite : un bilan sans suivi retombe. Les entretiens d’observance des années suivantes sont là pour ancrer les changements.
  • La passerelle : pour les patients sous anticoagulants ou asthmatiques, les entretiens pharmaceutiques dédiés complètent le dispositif.

Les questions qui reviennent

Quelle différence avec un « bon conseil » au comptoir ?

La méthode, la traçabilité et le médecin : le BPM formalise ce que l’officine fait parfois à la volée, avec un recueil complet, une analyse écrite, un échange avec le médecin traitant et un suivi programmé. C’est cette structure qui change les résultats, et qui justifie la rémunération.

Comment proposer sans vexer (« je ne suis pas sénile ») ?

En parlant du traitement, pas du patient : « Avec autant de médicaments, vous avez droit à un bilan complet pris en charge par l’Assurance maladie et la complémentaire, pour vérifier que tout est encore utile et bien organisé. » Le mot « droit » fonctionne mieux que le mot « problème ».

Que faire des découvertes gênantes (automédication risquée, stocks) ?

Ni sermon ni rapport de police : on hiérarchise. Ce qui est dangereux remonte au médecin avec tact, ce qui est superflu se discute avec le patient, et les boîtes périmées partent en carton Cyclamed. Le BPM est un tri bienveillant, pas un tribunal.

Combien de temps prévoir ?

Compte une heure d’entretiens la première année, répartie entre les étapes, plus l’analyse au calme. C’est un investissement : c’est aussi le moment où l’officine comprend enfin le traitement complet de ses patients les plus complexes.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie

Le BPM est la réponse structurée à la phrase qu’on entend chaque semaine : « je m’y perds avec tous ces cachets ». Un patient de 65 ans ou plus, cinq molécules, six mois : la prochaine fois que les trois voyants s’allument, la bonne réponse n’est pas un soupir compatissant, c’est un rendez-vous.

Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.

Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier les textes conventionnels et les recommandations en vigueur.

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