ORL, yeux et voies respiratoires

Otalgie (mal d'oreille)

Un mal d'oreille et « les gouttes de la dernière fois » : au comptoir, on ne voit pas le tympan, alors on soulage, on trie et on ne met rien au hasard dans l'oreille.
Dessin au trait continu : une oreille stylisée à côté d'une serviette pliée. Illustration générée par IA.
Ta maîtriseSur cette situation : à découvrir

L'essentiel

L’oreille compte trois étages : externe (pavillon et conduit jusqu’au tympan), moyenne (caisse reliée au nez par la trompe d’Eustache) et interne (audition, équilibre). Le mal d’oreille du comptoir touche presque toujours les deux premiers. La règle qui ne se négocie pas : aucune goutte dans une oreille dont le tympan n’est pas connu intact, car une perforation expose à une atteinte de l’oreille interne. Chez l’enfant qui a mal à l’oreille, c’est le médecin ; le comptoir soulage avec du paracétamol et du sérum physiologique, sans ibuprofène.

Comprendre

  • Otite externe (du nageur) : l’eau qui stagne après la piscine ou la mer ramollit la peau du conduit, où bactéries et champignons s’installent. Démangeaison puis douleur, typiquement réveillée quand on tire sur le pavillon ou qu’on appuie devant l’oreille. Elle touche aussi les peaux fragiles (eczéma, psoriasis) et les utilisateurs de cotons-tiges.
  • Otite moyenne aiguë : un rhume bouche la trompe d’Eustache et une infection s’installe derrière le tympan. Douleur vive, fièvre, enfant qui se touche l’oreille ou pleure couché. Pic de fréquence avant 2 ans, mais elle reste possible chez le plus grand et chez l’adulte.
  • Autres causes : otite séreuse (inflammation sans infection qui fait mal entendre, fréquente chez l’enfant), otite barotraumatique en avion (surtout à l’atterrissage), bouchon de cérumen.
  • Oreille interne : vertiges, surdité, bourdonnements ne relèvent jamais du conseil officinal.
  • Pourquoi le tympan compte : s’il est perforé, certaines gouttes gagnent l’oreille moyenne et peuvent léser l’oreille interne (vertiges, acouphènes, surdité définitive). Seul l’examen à l’otoscope permet de le vérifier.

Les bonnes questions

  1. Avez-vous mal quand vous tirez sur l’oreille ? Ça gratte ? Ça coule ?Douleur à la traction du pavillon, démangeaison, pas de fièvre : tableau d’otite externe. Un écoulement fait craindre un tympan ouvert et impose le médecin.
  2. Avez-vous déjà eu un tympan percé, une opération de l’oreille ?C’est la question à poser avant toute goutte : un antécédent de perforation ou de chirurgie exclut les gouttes au comptoir.
  3. Les gouttes de la dernière fois, c’était quoi, et quand ont-elles été ouvertes ?Souvent un antibiotique ou un corticoïde local sur ordonnance, prescrit après examen du tympan ce jour-là, et un flacon ouvert depuis des mois : on ne les réutilise pas.
  4. Pour l’enfant : depuis quand la fièvre ? A-t-il un rhume ? Mange-t-il, dort-il ? Est-ce que ça coule ?Un enfant avec fièvre et douleur d’oreille ne se trie pas au comptoir : on soulage et on oriente vers le médecin sans attendre.
  5. Utilisez-vous des cotons-tiges ? Avez-vous un diabète ou un traitement qui baisse l’immunité ?Le coton-tige favorise l’otite externe ; chez le diabétique ou l’immunodéprimé, une otite externe peut devenir sévère : consultation.

Les limites du conseil

Urgence ou consultation le jour même
  • Nourrisson de moins de 3 mois avec fièvre, fièvre à 40 °C ou plus, difficulté à respirer, somnolence inhabituelle, taches violacées sur la peau, maux de tête violents, vomissements, signes de déshydratation : urgence.
  • Douleur ou gonflement derrière l’oreille, paralysie du visage, vésicules sur le pavillon ou dans le conduit, vertiges, baisse brutale de l’audition : consultation le jour même.
  • Traumatisme de l’oreille, y compris un coton-tige enfoncé trop loin : examen médical rapide.
Orienter vers le médecin
  • Tout enfant qui a mal à l’oreille, a fortiori avec de la fièvre : consultation sans attendre 48 heures (ce délai est celui de la réévaluation par le médecin après examen).
  • Écoulement de l’oreille, fièvre élevée, bourdonnements.
  • Diabète ou immunodépression.
  • Antécédent de perforation ou de chirurgie de l’oreille, ou tout doute sur l’intégrité du tympan.
  • Douleur intense, gonflement du conduit, ou absence d’amélioration en 2 à 3 jours.

Que proposer

Paracétamol, l’antalgique de l’otite

Chez l’enfant, à la dose adaptée au poids avec le dispositif de la boîte, en attendant la consultation ; chez l’adulte, aux doses usuelles. Pas d’ibuprofène en automédication : l’ANSM rappelle depuis 2019 (actualisation 2023) que les anti-inflammatoires peuvent masquer et aggraver une infection comme une otite ou une angine. Si le paracétamol ne suffit pas, la décision revient au médecin ; un anti-inflammatoire prescrit ne s’arrête pas seul.

Lavage de nez chez l’enfant

Sérum physiologique plusieurs fois par jour et mouche-bébé : un nez dégagé aide la trompe d’Eustache à se rouvrir. C’est, avec le paracétamol, le geste le plus utile en attendant le médecin.

Otite du nageur de l’adulte

Sans examen du tympan, on ne met rien dans l’oreille : sécher l’oreille, suspendre la piscine quelques jours, paracétamol, si la douleur reste modérée, sans fièvre ni écoulement. Des gouttes antiseptiques hexamidine et lidocaïne sont délivrées sans ordonnance dans l’otite externe à tympan fermé, chez l’adulte, 4 gouttes 3 fois par jour pendant 5 jours, mais leur notice impose de faire vérifier le tympan avant toute utilisation : seulement si un médecin l’a vu intact. Au moindre doute : rien dans l’oreille.

Gouttes lidocaïne et phénazone

Sans ordonnance, elles sont indiquées dans certaines douleurs de l’oreille moyenne à tympan fermé (otite congestive, otite barotraumatique), pas dans l’otite externe ni dans l’otite qui coule. Un médecin doit avoir vérifié le tympan avant toute administration ; jamais en cas de perforation. Repère : 4 gouttes 2 à 3 fois par jour, flacon tiédi dans la main, 10 jours au maximum.

Ce qu’on ne propose pas

« Les gouttes de la dernière fois » : produit prescrit pour une autre situation, tympan de ce jour inconnu, et flacon ouvert au-delà du délai de conservation propre à chaque notice. Elles repartent au bac de collecte. Et aucune goutte au comptoir chez l’enfant qui a mal à l’oreille.

Les conseils qui font la différence

  • Après chaque bain : pencher la tête de chaque côté pour vider l’eau, sécher le conduit avec un linge doux, éventuellement au sèche-cheveux tenu à distance, air tiède. Sécher, pas rincer.
  • Des bouchons de bain si les otites externes se répètent.
  • Arrêter les cotons-tiges : ils tassent le cérumen, abîment la peau du conduit et favorisent bouchons et otites. On nettoie le pavillon, pas le conduit.
  • Chez l’enfant enrhumé, laver et moucher le nez régulièrement ; pas de tabac à la maison, le tabagisme passif favorise les otites. L’allaitement, quand il est possible, protège un peu.
  • En avion, au décollage et à l’atterrissage : faire téter ou boire le bébé, faire mâcher ou sucer l’enfant plus grand ; bouchons à filtre pour les adultes sensibles ; éviter de voler avec un nez bouché quand c’est possible.
  • Revenir ou reconsulter si l’oreille coule, si la fièvre monte, si l’état général se dégrade, ou si rien ne s’améliore en 2 à 3 jours : on ne cherche pas d’autres gouttes.

Terrains particuliers

  • Enfant : Toute douleur d’oreille de l’enfant relève du médecin, qui examine le tympan. Avant 3 mois, avis spécialisé ; de 3 mois à 2 ans, une otite moyenne purulente confirmée est en général traitée d’emblée par antibiotique ; après 2 ans, en forme modérée, le médecin peut surveiller et réévaluer à 48 ou 72 heures. Au comptoir : paracétamol au poids, lavage de nez, jamais de gouttes.
  • Nourrisson : Moins de 3 mois avec fièvre : urgence, quelle que soit la cause suspectée.
  • Diabète, immunodépression : Une otite externe peut s’y compliquer : consultation systématique plutôt que conseil.

La juste dose en 3 réflexes

  1. Jamais de gouttes dans une oreille dont on ne connaît pas l’état du tympan ; chez l’enfant qui a mal à l’oreille, c’est le médecin, et le comptoir soulage avec paracétamol et sérum physiologique.
  2. Les gouttes de l’armoire retournent au bac de collecte, et pas d’ibuprofène en automédication sur une otite.
  3. Oreille séchée après le bain, plus de coton-tige, pas de fumée à la maison ; écoulement, fièvre qui monte ou rien de mieux en 2 à 3 jours : on consulte.

Teste-toi

Question 1 / 4
Une nageuse a mal à l'oreille droite depuis deux jours, surtout quand elle tire sur le lobe. Elle veut réutiliser les gouttes prescrites il y a six mois. Que lui dis-tu ?
Non : ces gouttes, souvent un antibiotique ou un corticoïde local, ont été prescrites après examen du tympan pour une autre otite, et le flacon ouvert a dépassé sa durée de conservation. Elles vont au bac de collecte. Sans antécédent de perforation, sans écoulement ni fièvre : séchage, pause de piscine, paracétamol, rien dans l'oreille. Ça dure déjà depuis deux jours : si ce n'est pas franchement mieux demain, elle consulte.

À voir aussi

Les fiches médicament :

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Références

  • Base de données publique des médicaments, RCP des gouttes auriculaires lidocaïne et phénazone (mise à jour du 5 août 2024) Consulter (nouvel onglet)
  • Base de données publique des médicaments, RCP des gouttes auriculaires hexamidine et lidocaïne (vérification du tympan avant utilisation) Consulter (nouvel onglet)
  • ANSM, « Anti-inflammatoires non stéroïdiens et complications infectieuses graves », 18 avril 2019, actualisé le 28 avril 2023 Consulter (nouvel onglet)
  • HAS, SPILF, GPIP, fiche « Otite moyenne aiguë purulente de l'enfant », 2021, mise à jour le 14 mai 2025 Consulter (nouvel onglet)
  • ameli.fr, « Otite externe », 24 février 2025, et « Otite moyenne aiguë : que faire et quand consulter ? », 18 février 2026 Consulter (nouvel onglet)
  • Santé publique France, « Quelles sont les conséquences du tabagisme sur la santé ? » (otites de l'enfant exposé) Consulter (nouvel onglet)
Fiche publiée le 29 octobre 2026
Sous la responsabilité éditoriale de Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie · La Juste Dose Pharma
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

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