Ordonnance de kiné : ce que l’arrêté du 14 septembre change au comptoir

« Un patient m’a tendu une ordonnance de son kiné : paracétamol et une ceinture lombaire. Je lui ai dit que ça ne valait pas. J’avais tort pour la ceinture, et à moitié raison pour le paracétamol. »Sam, préparateur · un jeudi soir

Depuis le 17 septembre 2026, les masseurs-kinésithérapeutes peuvent prescrire une liste bien plus large de produits de santé : antalgiques, myorelaxants, mucolytiques, orthèses, aides techniques. Les ordonnances vont arriver au comptoir. Elles sont valides, mais une partie d’entre elles ne sont pas remboursables. Voici ce que dit le texte, ce que tu vérifies, et comment l’expliquer au patient sans le renvoyer chez son médecin pour rien.

Ce que dit l’arrêté

L’arrêté du 14 septembre 2026 fixant la liste des produits de santé que les masseurs-kinésithérapeutes sont autorisés à prescrire a été publié au Journal officiel du 16 septembre et s’applique depuis le lendemain. Il remplace l’arrêté du 9 janvier 2006, qui limitait les kinés à une liste courte, essentiellement de dispositifs médicaux.

La nouvelle liste compte 58 lignes : 11 pour des médicaments et produits, 47 pour des dispositifs médicaux. Trois conditions l’encadrent :

  • la prescription vise les patients que le kinésithérapeute prend en charge, dans le cadre de ses compétences ;
  • elle s’applique sauf indication contraire du médecin ;
  • elle exclut les produits utilisés pendant les séances elles-mêmes.

À côté de cette prescription aux patients, l’arrêté prévoit un second volet : les kinésithérapeutes peuvent se procurer pour leur usage professionnel des antiseptiques locaux, hors produits à composés iodés.

Ce que le kiné peut désormais prescrire

Les médicaments et produits

Produit Restriction prévue par le texte
Antalgiques de palier 1 selon la classification de l’OMS Hors formes injectables
Myorelaxants Hors formes injectables
Mucolytiques  
Antiseptiques locaux Hors produits à composés iodés
Crème anesthésiante  
Crèmes et pansements cicatrisants  
Crème émolliente et hydratante à base de glycérine, paraffine et vaseline  
Crème ou gel hydratant et cicatrisant vaginal  
Sérum physiologique isotonique en unidoses  
Sérum salé hypertonique pour nébulisation Uniquement en renouvellement d’une prescription déjà en cours, jamais en initiation
Substituts nicotiniques Déjà prescriptibles par les kinés depuis la loi du 26 janvier 2016

La liste nomme des catégories, pas des spécialités : c’est au comptoir de vérifier que le produit prescrit entre bien dans l’une d’elles.

Un point mérite ton attention : le palier 1 de l’OMS regroupe les antalgiques non opioïdes, notamment le paracétamol, l’aspirine et les anti-inflammatoires non stéroïdiens. Pour une molécule moins courante, vérifie sa classification et son RCP avant de délivrer. Une ordonnance de kiné pour de l’ibuprofène appelle donc les mêmes vérifications que n’importe quel AINS : fonction rénale, antécédents digestifs, anticoagulants. Et chez la femme enceinte, la règle est stricte : contre-indication formelle à partir du début du sixième mois (24 SA), même en prise unique et quelle que soit la voie, sauf collyre ; avant ce terme, l’ANSM réserve l’AINS aux situations jugées nécessaires par un médecin. Pas d’AINS à une femme enceinte sur la seule ordonnance du kiné, aspirine à dose antalgique comprise.

Même logique pour les myorelaxants : la liste n’efface pas le RCP. Le thiocolchicoside par voie orale, par exemple, reste limité à 7 jours, contre-indiqué pendant la grossesse et l’allaitement, et suppose une contraception efficace, chez la femme pendant le traitement et un mois après, chez l’homme pendant le traitement et trois mois après. Durée plus longue ou contraception absente : tu ne délivres pas et tu joins le prescripteur.

Les dispositifs médicaux

Les 47 lignes couvrent notamment les aides au transfert et les soulève-malades, les aides à la déambulation, certains fauteuils roulants (y compris électriques) uniquement en location de moins de trois mois, les lits médicalisés en location, des attelles et orthèses, le collier cervical de repos de série, les ceintures de soutien lombaire de série (pas le sur-mesure), le matériel de rééducation et de rééducation respiratoire, les dispositifs de lavage de nez, des pansements, ainsi que des appareils de mesure comme les tensiomètres ou les saturomètres. Les libellés de l’arrêté sont précis : un produit voisin qui n’y correspond pas exactement est hors liste.

Le piège : valide ne veut pas dire remboursable

C’est le point qui va créer des malentendus au comptoir. Le droit de prescrire et le droit au remboursement relèvent de deux codes différents :

  • Les dispositifs médicaux : un dispositif déjà pris en charge sur ordonnance de kiné (canne, ceinture de série) le reste si la ligne de la LPP est respectée. Pour les dispositifs ajoutés en 2026, ne facture que si la ligne LPP admet le kinésithérapeute comme prescripteur et que ses conditions sont remplies (location, durée, accord préalable). Beaucoup de tensiomètres et de saturomètres ne sont pas inscrits à la LPP. Au moment où nous écrivons, l’Assurance maladie n’a pas mis à jour sa page consacrée au droit de prescription des kinés, qui cite encore l’arrêté de 2006.
  • Les médicaments prescrits par un kiné ne sont, en l’état, pas remboursables : le code de la sécurité sociale n’a pas été modifié en conséquence. Selon Vidal, qui a interrogé la Fédération française des masseurs kinésithérapeutes rééducateurs (FFMKR), une modification de l’article R.163-2 du code de la sécurité sociale est nécessaire pour ouvrir ce remboursement ; lors de nos vérifications, ce texte n’avait pas été modifié. La ligne « crèmes et pansements cicatrisants » suit cette règle, alors que les pansements relevant des lignes de dispositifs suivent la LPP s’ils y sont inscrits.
  • Exception : les substituts nicotiniques inscrits sur la liste des spécialités remboursables peuvent être pris en charge sur ordonnance de kiné. Tant que l’Assurance maladie n’a pas actualisé sa page, la règle publiée reste celle d’un patient suivi par ce kinésithérapeute, pendant la durée de la prescription médicale de kinésithérapie.

Concrètement, le patient qui arrive avec une ordonnance de kiné pour du paracétamol et une ceinture lombaire repart avec les deux, mais ne paie pas les deux de la même façon. Autant le lui dire avant de passer en caisse.

Au comptoir : la vérification en cinq temps

  • Le prescripteur. L’ordonnance doit identifier le kinésithérapeute (nom, identifiant RPPS), le patient, et être datée et signée, comme toute prescription.
  • Le produit. Pour un patient, il doit entrer dans l’une des 58 lignes de l’arrêté : un anti-inflammatoire injectable, un antalgique de palier 2 ou un antiseptique à composé iodé n’y entrent pas. Pour l’usage professionnel du kinésithérapeute lui-même, seuls les antiseptiques locaux hors composés iodés sont visés.
  • La restriction. Pas de forme injectable pour les antalgiques et les myorelaxants ; sérum hypertonique pour nébulisation seulement en renouvellement, donc avec une trace de la prescription initiale ; fauteuil roulant seulement en location de moins de trois mois ; ceinture et collier de série seulement.
  • La facturation. Dispositif inscrit à la LPP : prise en charge selon les règles habituelles. Médicament hors substituts nicotiniques : à la charge du patient, à expliquer avant l’encaissement.
  • La sécurité. Une ordonnance de kiné passe par la même analyse pharmaceutique que les autres : posologie, durée ou quantité, âge, grossesse, contre-indications, interactions. Si la santé du patient l’exige, tu refuses la délivrance, tu informes le prescripteur et tu assures la suite de la prise en charge.

Le schéma ressemble à celui de la prescription infirmière entrée en vigueur cet été : un nouveau prescripteur, une liste fermée, et un comptoir qui vérifie le périmètre avant de délivrer (voir ce que la prescription infirmière change au comptoir).

À retenir

  • L’arrêté du 14 septembre 2026 (JO du 16, applicable le 17) donne aux kinés une liste de 58 produits de santé : 11 médicaments et produits, 47 dispositifs médicaux.
  • Prescription pour leurs patients, sauf indication contraire du médecin, hors produits utilisés en séance.
  • Pas d’injectable pour les antalgiques de palier 1 et les myorelaxants ; le palier 1 inclut les AINS, avec toutes leurs contre-indications, et pas d’AINS chez la femme enceinte sur la seule ordonnance du kiné.
  • Dispositifs LPP remboursables, médicaments non remboursables sur ordonnance de kiné, sauf les substituts nicotiniques.
  • Une ordonnance de kiné passe par la même analyse pharmaceutique que les autres.

Les questions qui reviennent

Le patient ne comprend pas pourquoi son paracétamol n’est pas remboursé ?

Explique-lui que son kiné a le droit de le prescrire, mais que la règle de remboursement n’a pas encore suivi. S’il a besoin d’un traitement prolongé et remboursé, son médecin peut le prescrire. Pour un usage ponctuel, le paracétamol reste un médicament peu coûteux.

Le médecin avait écrit « pas d’antalgique » sur la prescription de kinésithérapie : que faire ?

L’arrêté prévoit que le kiné prescrit sauf indication contraire du médecin. Si tu as connaissance d’une telle indication, tu ne délivres pas sur l’ordonnance du kiné et tu en parles avec le prescripteur.

Un kiné peut-il prescrire du tramadol ou de la codéine ?

Non. Ce sont des antalgiques de palier 2, hors de la liste. Seul le palier 1 de l’OMS est ouvert aux kinés.

Une ceinture lombaire prescrite par un kiné est-elle remboursée ?

Oui pour une ceinture de soutien lombaire de série, si le modèle est inscrit à la LPP et que la ligne est respectée. Une ceinture sur mesure, ou un modèle hors LPP, ne se prend pas en charge sur cette ordonnance. C’est la différence avec les médicaments, qui ne sont pas remboursés du tout.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie

Une ordonnance de kiné n’est ni une ordonnance au rabais, ni un blanc-seing. Trois réflexes : le produit est-il dans la liste, la forme est-elle autorisée, qui paie. Et pour l’ibuprofène ou le thiocolchicoside, le même regard que sur n’importe quelle ordonnance : c’est le médicament qui décide des précautions, pas le prescripteur.

Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.

Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

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