Prescription infirmière : ce qui change au comptoir

« Une ordonnance signée par une infirmière : un vaccin, des pansements et du paracétamol. Je peux délivrer tout ça ? C’est nouveau, non ? »Sam, préparateur · un mardi de juillet

Oui, c’est nouveau, et c’est du solide : la profession infirmière vient de vivre une réforme majeure de son cadre d’exercice. La loi du 27 juin 2025, son décret de compétences, puis les arrêtés du 26 juin 2026 (publiés au Journal officiel du 27 juin) donnent aux infirmiers un vrai droit de prescription autonome. Concrètement, ton comptoir va voir arriver de plus en plus d’ordonnances infirmières. Voici ce qu’elles peuvent contenir, et ce que tu vérifies avant de délivrer.

La réforme en trois textes

  • La loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 inscrit dans la loi la consultation infirmière, le diagnostic infirmier et un droit de prescription encadré.
  • Le décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 redéfinit les compétences de la profession.
  • Deux arrêtés du 26 juin 2026 rendent le dispositif opérationnel : l’un fixe la liste des actes et soins, l’autre la liste de ce que les infirmiers peuvent prescrire ou renouveler. L’arrêté prescription est en vigueur depuis le 28 juin 2026, l’arrêté actes et soins depuis le 30 juin.

Ce qu’un infirmier peut maintenant prescrire

Sur évaluation clinique, avec orientation vers le médecin en cas de signe d’alerte, l’infirmier peut notamment prescrire :

  • Les vaccins du calendrier vaccinal pour les personnes de 11 ans et plus (hors vaccins vivants atténués chez les personnes immunodéprimées), la grippe dès 11 ans et le covid-19 dès 5 ans. L’infirmier pouvait déjà en administrer et en prescrire certains : le cadre 2026 unifie et élargit ces compétences.
  • Les dispositifs de prévention et de traitement des plaies (pour les pansements, première prescription limitée à 7 jours), les dispositifs de perfusion et certains dispositifs de maintien à domicile. Le matériel d’autosurveillance glycémique et de nutrition entérale, lui, ne se prescrit qu’en renouvellement à l’identique.
  • En santé sexuelle : contraception d’urgence, préservatifs, tests de dépistage des infections sexuellement transmissibles, et le renouvellement d’une contraception orale (ordonnance médicale initiale de moins d’un an, pour 6 mois au maximum, non renouvelable).
  • Les substituts nicotiniques pour le sevrage tabagique.
  • Des antalgiques de palier I (paracétamol, ibuprofène) dans les conditions fixées par l’arrêté.
  • Des examens ciblés, sous conditions : NFS, ECBU, glycémie ; HbA1c et créatininémie chez le diabétique connu (si non prescrites dans les trois derniers mois) ; renouvellement ponctuel de l’INR sous antivitamine K. Les conditions exactes figurent dans l’arrêté.

À distinguer des infirmiers en pratique avancée (IPA), dont le champ est plus large encore : selon leur mention et l’arrêté du 25 avril 2025, ils peuvent par exemple prescrire, sous conditions strictes, de la fosfomycine (cystite simple de la femme de 16 à 65 ans) ou de l’amoxicilline (angine avec test d’orientation positif, à partir de 10 ans), sans renouvellement possible sans concertation médicale.

Ce que tu vérifies avant de délivrer

  1. L’identification du prescripteur : nom, prénom, qualité, numéro RPPS, coordonnées, date et signature. La qualité d’IPA doit apparaître quand la prescription relève de la pratique avancée.
  2. Le périmètre : le produit ou l’examen figure dans la liste de l’arrêté. Hors liste (antalgique de palier II, antibiotique chez un infirmier hors IPA…), la prescription n’est pas valable : on appelle, on n’improvise pas.
  3. Les dates et durées : 7 jours pour une première prescription de pansements, 6 mois au maximum pour un renouvellement de contraception.
  4. Les renouvellements à l’identique : pour tout produit renouvelé par l’infirmier, tu dois pouvoir consulter la prescription initiale, par tout moyen de traçabilité. Cas type, la contraception orale : l’infirmier porte sur l’ordonnance initiale (de moins d’un an) son nom, son numéro, la mention « Renouvellement infirmier », la durée (6 mois au plus, non renouvelable) et la date.
  5. Le remboursement : pour les dispositifs, la prise en charge suppose l’inscription sur la liste des produits et prestations ; la mention « NR » signale un produit non remboursable.

Et l’accès direct ?

La consultation infirmière autonome est désormais reconnue par la loi, mais sa prise en charge conventionnelle se met en place progressivement : la facturation en accès direct des pansements de plaies non chirurgicales est prévue au 1er janvier 2027 (avenant n° 11), le reste au fil des avenants. En attendant, les ordonnances infirmières, elles, sont bien réelles et arrivent déjà au comptoir.

Le récap au comptoir

Sur l’ordonnance infirmière Le réflexe
Vaccin du calendrier (11 ans et plus), pansements, contraception d’urgence, substituts nicotiniques, palier I Dans la liste : on vérifie l’identification (RPPS), les durées, et on délivre.
Renouvellement de contraception orale Ordonnance initiale de moins d’un an consultable + mention « Renouvellement infirmier », 6 mois maximum, non renouvelable.
Antibiotique, antalgique de palier II ou III Hors champ d’un infirmier (sauf IPA dans son cadre) : appel au prescripteur, pas de délivrance.
Doute sur le statut (infirmier ou IPA) Vérifier le numéro et la qualité indiqués sur l’ordonnance ; au doute, on appelle.

La liste exacte des produits, dispositifs et examens figure dans l’arrêté du 26 juin 2026 : c’est lui qui fait foi.

Les questions qui reviennent

Un infirmier peut-il prescrire un antibiotique ?

Non, pas dans le cadre général. Seuls les IPA, dans leur champ et selon l’arrêté qui les concerne, peuvent prescrire certains antibiotiques ciblés (fosfomycine, amoxicilline) après un test d’orientation positif. Une ordonnance d’antibiotique signée d’un infirmier « classique » appelle un contact avec le prescripteur.

Ces ordonnances sont-elles remboursées comme les autres ?

Pas automatiquement : la prescription est recevable si elle entre dans la liste, mais la prise en charge suit les règles habituelles (médicament remboursable, dispositif inscrit à la LPP avec ses conditions). Ce qui attend encore la convention, c’est la facturation de certains actes infirmiers en accès direct, pas la délivrance elle-même.

L’infirmier pouvait déjà prescrire des choses avant, non ?

Oui : dispositifs médicaux (liste de 2012), substituts nicotiniques, renouvellement de contraception, certains vaccins. Les arrêtés de juin 2026 reprennent tout cela et l’élargissent nettement, avec un cadre unique.

Que faire si la prescription sort de la liste ?

On ne délivre pas en l’état : on contacte l’infirmier pour l’orienter (retour vers le médecin, ou correction). C’est le même réflexe qu’avec toute prescription hors compétence, sans dramatiser : le cadre est neuf pour tout le monde.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie

Une profession de plus prescrit, et c’est une bonne nouvelle pour l’accès aux soins : à nous d’être au rendez-vous. Trois réflexes : connaître la liste (vaccins, plaies, santé sexuelle, palier I, examens ciblés), vérifier l’identification et les durées, et décrocher le téléphone au moindre doute plutôt que de refuser sèchement. L’infirmier est un partenaire de comptoir : le patient doit le sentir.

Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.

Repères pour professionnels : vérifier la liste exacte de l’arrêté du 26 juin 2026 et les conditions de prise en charge sur l’espace pharmacien ameli.

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