Les médicaments de l’enfant : doser juste, sans erreur

« Une maman a donné du paracétamol à son petit avec une cuillère à café, parce qu’elle ne retrouvait pas la pipette. Elle me demande si c’est grave. »Sam, préparateur · un soir de fièvre

Chez l’enfant, l’erreur de dose est vite arrivée, et le médicament le plus banal peut devenir dangereux. La sécurité tient à quelques règles simples : doser au poids, utiliser le bon dispositif, et repérer le paracétamol caché. Voici le mémo du comptoir.

La règle d’or : doser au poids, pas à l’âge

La dose se calcule en milligrammes par kilo, jamais à l’âge seul. Les deux antipyrétiques courants :

  • Paracétamol : 15 mg/kg par prise, toutes les 6 heures (ou 10 mg/kg toutes les 4 heures), soit environ 60 mg/kg par jour, sans descendre sous 4 heures entre deux prises. C’est le premier choix. Avant 3 mois, toute fièvre impose un avis médical rapide (signe de gravité) : on oriente, on ne se contente pas d’un antipyrétique.
  • Ibuprofène : à partir de 3 mois et 5 kg, environ 20 à 30 mg/kg par jour en 3 prises (souvent espacées de 8 heures), sans dépasser 30 mg/kg par jour, à la dose minimale et sur la durée la plus courte.

Une réserve de fond : depuis décembre 2025, l’ANSM conseille d’éviter l’ibuprofène (et le kétoprofène) en première intention lors d’une infection (syndrome grippal, angine, otite…). En automédication chez l’enfant fébrile, le paracétamol reste le premier choix ; l’ibuprofène ne se donne qu’après avis, hors varicelle et hors déshydratation.

Le bon dispositif, et seulement lui

On utilise la pipette ou la dosette fournie avec le produit, souvent graduée au poids de l’enfant. Jamais la pipette d’un autre médicament (les concentrations diffèrent), jamais une cuillère à café (non graduée). Une graduation effacée ou un mauvais dispositif, et c’est le surdosage : l’ANSM a déjà rappelé des lots pour ce motif.

Le paracétamol caché, le piège du cumul

Le paracétamol et l’ibuprofène se retrouvent dans de nombreuses spécialités (rhume, douleur, fièvre). Le risque : en donner plusieurs en même temps et dépasser la dose maximale sans s’en rendre compte. Le réflexe : vérifier la composition de tout ce que l’enfant prend déjà.

Les erreurs qui reviennent

  • Confondre milligrammes et millilitres, ou les gouttes d’une forme avec une autre.
  • La double dose, quand deux adultes donnent le médicament sans se concerter.
  • L’ibuprofène en cas de varicelle, de déshydratation ou d’infection en cours : à éviter (risque de complications cutanées, rénales et infectieuses) ; on vérifie aussi les contre-indications du RCP (allergie aux AINS, antécédent d’ulcère).

Le récap au comptoir

Molécule Repère pédiatrique
Paracétamol 15 mg/kg toutes les 6 h, soit 60 mg/kg/jour. Pipette graduée au poids.
Ibuprofène À partir de 3 mois et 5 kg, 20 à 30 mg/kg/jour en 3 prises. À éviter en cas d’infection, de varicelle ou de déshydratation ; paracétamol en premier choix.
Toute association (rhume, douleur) Vérifier qu’on ne cumule pas plusieurs paracétamols ou ibuprofènes.
Doute ou surdosage Centre antipoison ou 15, sans attendre les symptômes.

La posologie exacte de la spécialité délivrée figure dans la notice : c’est elle qui prime.

Les questions qui reviennent

La cuillère à café, c’est grave ?

Une cuillère ménagère n’est pas fiable (le volume varie). On recalcule avec la pipette fournie et, si un surdosage est possible, on appelle le centre antipoison sans attendre.

Paracétamol ou ibuprofène en premier ?

Le paracétamol est le premier choix, d’autant que l’ANSM conseille depuis fin 2025 d’éviter l’ibuprofène en première intention lors d’une infection. L’ibuprofène est à éviter en cas de varicelle ou de déshydratation, à manier avec prudence, et n’est possible qu’à partir de 3 mois et 5 kg.

On peut alterner les deux ?

Ce n’est pas recommandé en routine : l’alternance multiplie le risque d’erreur et d’effets indésirables. Elle ne se discute qu’après réévaluation ou avis médical explicite, en notant précisément les heures et les doses.

En cas de surdosage, on attend les symptômes ?

Surtout pas. On appelle le centre antipoison ou le 15 tout de suite, en donnant le poids, l’heure, la dose et le nom du produit.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie

Trois sécurités chez l’enfant : on dose au poids (15 mg/kg de paracétamol toutes les 6 heures), on utilise la pipette du produit et aucune autre, et on traque le paracétamol caché dans les associations. Et un réflexe : au moindre doute de surdosage, le centre antipoison, sans attendre que l’enfant aille mal.

Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.

Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

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