Infections courantes

Herpès labial

Un bouton de fièvre qui picote, des remèdes de forum, et parfois un nouveau-né dans l'entourage : traiter tôt, bloquer la contagion, repérer les terrains à risque.
Dessin au trait continu : un stick à lèvres à côté d'un petit tube de crème. Illustration générée par IA.
Ta maîtriseSur cette situation : à découvrir

L'essentiel

Le bouton de fièvre est la réactivation de l’Herpes simplex de type 1, que portent environ six adultes sur dix en France. Le virus reste endormi dans un ganglion nerveux et se réveille sous l’effet du soleil, du froid, d’une fièvre, de la fatigue, des règles, d’un stress ou d’un soin dentaire. Au comptoir, deux enjeux : traiter dès le picotement, pas à la croûte, et protéger les personnes vulnérables de la contagion (nouveau-né, immunodéprimé, eczéma atopique). L’œil, une fièvre ou des lésions étendues imposent le médecin.

Comprendre

  • La primo-infection : contractée le plus souvent dans l’enfance, par un bisou ou un contact avec une lésion, elle passe en général inaperçue ; chez l’enfant, elle peut donner fièvre et ulcérations buccales douloureuses.
  • La latence : le virus remonte le long d’un nerf sensitif et reste endormi dans un ganglion. Aucun traitement ne l’élimine ; on traite les poussées.
  • Le déroulé d’une poussée : picotements, brûlure ou démangeaison sur la lèvre pendant 6 à 24 heures, puis bouquet de vésicules qui se troublent, éclatent et croûtent. Sans arracher les croûtes, la poussée guérit en général en une dizaine de jours, sans trace.
  • La contagion : dès les premiers picotements et jusqu’à la chute de la croûte, par contact direct avec la lésion ou par ce qui l’a touchée : doigts, verre, serviette, rouge à lèvres.
  • Les complications : herpès oculaire par auto-inoculation, qui peut menacer la vue ; formes extensives chez l’immunodéprimé ; dissémination sur la peau abîmée de l’eczéma atopique (syndrome de Kaposi-Juliusberg) ; herpès néonatal, infection rare mais grave du nouveau-né.

Les bonnes questions

  1. Est-ce la première fois, ou en faites-vous régulièrement ?Un premier épisode de l’adulte avec de nombreuses lésions ou de la fièvre relève du médecin. Une personne qui reconnaît ses picotements habituels relève du conseil.
  2. Combien de poussées par an ?À partir de six récurrences par an, un traitement de fond par voie orale peut être discuté avec le médecin : on oriente.
  3. Où exactement ? Sur la lèvre, ou vers le nez, l’œil, l’intérieur de la bouche ?Un œil rouge, douloureux ou larmoyant près d’un bouton de fièvre est une urgence ophtalmologique.
  4. Avez-vous un traitement qui diminue l’immunité, un eczéma ?Chez l’immunodéprimé l’herpès peut s’étendre ; sur un eczéma atopique, surtout chez l’enfant, il peut se disséminer gravement : médecin sans attendre.
  5. Qui allez-vous voir ces prochains jours ? Un bébé, une femme enceinte, une personne fragile ?C’est souvent la question décisive : un bouton de fièvre actif ne doit pas approcher un nouveau-né.

Les limites du conseil

Urgence ou consultation le jour même
  • Œil rouge, douloureux, larmoyant ou baisse de vision avec un bouton de fièvre : ophtalmologiste sans attendre.
  • Enfant atopique dont l’eczéma se couvre de vésicules ou de croûtes, avec fièvre ou altération de l’état général : consultation en urgence.
  • Lésions évocatrices d’herpès chez un nouveau-né, ou nouveau-né fébrile dans un entourage porteur d’un bouton de fièvre : avis médical urgent.
Orienter vers le médecin
  • Première poussée importante chez l’adulte, fièvre, lésions étendues ou gêne pour s’alimenter.
  • Personne immunodéprimée (chimiothérapie, corticothérapie au long cours, immunosuppresseur, VIH).
  • Au moins six récurrences par an : traitement de fond à discuter avec le médecin.
  • Absence de cicatrisation après 5 jours de crème, aggravation, ou lésion non guérie à 10 jours.
  • Demande d’antiviral par voie orale « comme la dernière fois » : sur prescription uniquement.

Que proposer

Aciclovir crème 5 %, dès le picotement

Sans ordonnance, chez l’adulte et l’enfant de plus de 6 ans (vérifier la notice) : 5 applications par jour, espacées d’au moins 3 à 4 heures, sans application la nuit, pendant 5 jours. On ne prolonge pas seul : sans cicatrisation à 5 jours ou en cas d’aggravation, on arrête et on consulte. Mains lavées avant et après, application au doigt propre ou au coton-tige en débordant autour de la lésion, sans frotter ; jamais dans l’œil ni dans la bouche. Commencé à la croûte, il n’apporte plus grand-chose. Le tube ne se prête pas.

Docosanol crème 10 %

Sans ordonnance à partir de 12 ans, chez l’immunocompétent. À débuter au picotement ou à la rougeur, avant l’apparition des vésicules : 5 applications par jour, environ toutes les 3 heures dans la journée, jusqu’à guérison, 10 jours au maximum. Commencé à temps, on le poursuit pendant les vésicules ; une fois les vésicules installées, ce n’est plus le moment de le débuter. Pas d’amélioration à 10 jours : on consulte.

Pansements hydrocolloïdes pour bouton de fièvre

Ils isolent la lésion, calment la douleur au contact de l’air et limitent les contacts directs, sans action sur le virus et sans supprimer la contagiosité : les autres précautions restent de mise. Posés sur une peau propre et sèche, jamais par-dessus la crème : tant que le pansement est en place, pas de crème. Option discrète pour une soirée ou le travail.

Aciclovir comprimé buccogingival

Un comprimé muco-adhésif d’aciclovir 50 mg est sans ordonnance chez l’adulte immunocompétent qui fait des poussées fréquentes ; il peut être présenté en accès direct depuis juillet 2025. Un seul comprimé par épisode, collé dès les prodromes sur la gencive supérieure, au-dessus d’une incisive, pas sur le bouton ; il ne se suce, ne se mâche ni ne s’avale. Pas d’intérêt une fois les vésicules apparues. Contre-indiqué en cas d’allergie aux protéines de lait. Enfant, immunodéprimé, grossesse, allaitement : on ne le propose pas d’emblée. À ne pas confondre avec les antiviraux à avaler (aciclovir, valaciclovir), qui restent sur prescription.

Ce qu’on ne propose pas

Aucune crème à la cortisone sur un bouton de fièvre : elle favorise l’extension du virus. Pas de dentifrice (aucune preuve, irritant), pas d’alcool sur une peau lésée, pas de vésicules percées : on libère du virus sur les doigts et on retarde la cicatrisation. Pour la douleur, du paracétamol si besoin et un peu de froid.

Les conseils qui font la différence

  • Ne pas toucher la lésion ; se laver les mains souvent et immédiatement après chaque application.
  • Ne partager ni verre, ni couverts, ni serviette, ni rasoir, ni brosse à dents.
  • Porteurs de lentilles : mains lavées avant chaque manipulation, et jamais de lentille humidifiée avec la salive.
  • Jeter le rouge à lèvres ou le baume utilisé juste avant la poussée, et ne pas en partager.
  • Pas de bisou aux enfants, aux personnes fragiles et surtout aux nourrissons ; pas de contact intime avec la bouche pendant la poussée.
  • Si le soleil déclenche les poussées : stick à lèvres à indice de protection élevé toute l’année, montagne comprise. Noter ses poussées pour en parler au médecin si elles deviennent fréquentes.
  • Revenir ou consulter si rien ne cicatrise après 5 jours de crème, si cela s’étend, si l’œil est touché ou si la lésion n’est pas guérie à 10 jours.

Terrains particuliers

  • Nouveau-né : L’herpès néonatal est rare mais grave, potentiellement mortel. Il se transmet surtout pendant l’accouchement, à partir d’un herpès génital maternel, mais aussi après la naissance, par la salive ou une lésion active, et c’est là que le bouton de fièvre compte. Un adulte avec un bouton de fièvre actif n’embrasse pas un nourrisson et évite de le garder s’il le peut. Pour les parents et l’entourage proche, au moins les deux premiers mois : aucun bisou, mains lavées avant chaque geste, masque tant que la lésion est active.
  • Enfant : Crème d’aciclovir sans ordonnance seulement après 6 ans. La primo-infection de l’enfant avec fièvre et bouche douloureuse, ou tout bouton de fièvre sur un eczéma atopique, relève du médecin.
  • Immunodéprimé : Risque de lésions étendues, prolongées et de complications : pas d’automédication, avis médical.

La juste dose en 3 réflexes

  1. On traite au picotement : aciclovir crème 5 fois par jour pendant 5 jours, sans prolonger seul, jamais de cortisone, jamais de dentifrice.
  2. Un bouton de fièvre actif ne s’approche pas d’un nouveau-né, d’une personne immunodéprimée ni d’un eczéma : pas de bisou, mains lavées, masque près d’un nourrisson.
  3. L’œil, une fièvre, des lésions étendues ou au moins six poussées par an : c’est le médecin.

Teste-toi

Question 1 / 4
Un patient sent un picotement sur la lèvre depuis ce matin et a lu qu'il fallait mettre du dentifrice « pour assécher ». Que lui conseilles-tu ?
Le dentifrice n'a aucune efficacité démontrée et irrite. C'est justement le bon moment pour agir : crème d'aciclovir 5 %, 5 applications par jour pendant 5 jours, en commençant tout de suite, mains lavées avant et après. Commencée au stade du picotement, elle raccourcit la poussée ; commencée à la croûte, elle n'apporte presque plus rien.

À voir aussi

Les fiches médicament :

Ta maîtriseMaintenant que tu as lu la fiche : à découvrir

Références

  • Base de données publique des médicaments, RCP des crèmes d'aciclovir 5 % non soumises à prescription (mise à jour du 24 juin 2025) et RCP du docosanol 10 % crème Consulter (nouvel onglet)
  • Base de données publique des médicaments, RCP de l'aciclovir 50 mg comprimé buccogingival, 19 septembre 2025 Consulter (nouvel onglet)
  • ANSM, décision du 3 juillet 2025 modifiant la liste des médicaments de médication officinale (aciclovir 50 mg comprimé buccogingival) Consulter (nouvel onglet)
  • ameli.fr, dossier « Herpès labial », 20 juin 2025 Consulter (nouvel onglet)
  • CNGOF, recommandations pour la pratique clinique sur l'herpès néonatal, 2017 ; AP-HP, maternité Louis-Mourier, « Herpès néonatal : prendre les bonnes précautions », 9 février 2024 Consulter (nouvel onglet)
  • ANAES et Société française de dermatologie, conférence de consensus sur la prise en charge de l'herpès cutanéo-muqueux, 7 novembre 2001
Fiche publiée le 26 octobre 2026 · mise à jour le 13 octobre 2026
Sous la responsabilité éditoriale de Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie · La Juste Dose Pharma
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

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