Ticagrélor
L'essentiel
Antiagrégant plaquettaire utilisé dans le syndrome coronarien aigu (avec ou sans sus-décalage du segment ST, après angioplastie), en association avec l’aspirine à faible dose : c’est ce qu’on appelle la bithérapie antiplaquettaire. Il bloque de façon réversible le récepteur P2Y12 des plaquettes, freinant leur agrégation. Place : alternative au clopidogrel et au prasugrel, le plus souvent instauré à l’hôpital puis poursuivi en ville, classiquement sur une durée de l’ordre de douze mois (à ajuster par le cardiologue selon le risque de saignement).
Posologie
- Adulte : schéma usuel d’une dose de charge unique à l’instauration, puis une dose d’entretien deux fois par jour (matin et soir). Les valeurs exactes sont à lire sur l’ordonnance et le RCP.
- Aspirine associée : elle doit rester à faible dose d’entretien (de l’ordre de 75 à 100 mg/jour). Au-delà, l’efficacité du ticagrélor peut être réduite : un point à vérifier sur l’ordonnance.
- Insuffisance hépatique : prudence ; la forme sévère est une contre-indication. En cas de doute sur la fonction hépatique, ne pas trancher au comptoir et se référer au prescripteur et au RCP.
- Prise : avaler les comprimés avec un peu d’eau, indifféremment par rapport aux repas, à heures régulières pour respecter le rythme biquotidien.
- Traitement prolongé au-delà d’un an : le RCP prévoit, chez certains patients ayant un antécédent d’infarctus du myocarde à haut risque, une dose réduite de 60 mg deux fois par jour en association à l’aspirine. À savoir : ce dosage 60 mg n’est pas commercialisé en France, on ne le rencontre donc pas au comptoir.
- Durée : ne jamais arrêter de sa propre initiative. Toute interruption avant le terme prévu se décide avec le cardiologue (risque de thrombose de stent).
Demi-vie courte et action réversible : sauter des prises ou arrêter brutalement expose à une thrombose, en particulier à une thrombose de stent qui peut être dramatique. Le rythme deux fois par jour n’est pas négociable. Aucun arrêt sans avis du cardiologue, y compris avant un geste invasif ou une chirurgie : c’est le prescripteur qui décide du moment et des modalités.
Interactions
- Autres antithrombotiques (anticoagulants, AINS, autre antiagrégant) : addition des risques de saignement. Une trithérapie anticoagulant + deux antiplaquettaires existe mais relève d’une décision spécialisée encadrée.
- Inhibiteurs puissants du CYP3A4 (certains antifongiques azolés, certains antibiotiques macrolides, certains antiviraux) : augmentation de l’exposition au ticagrélor, donc du risque hémorragique : association contre-indiquée.
- Inducteurs puissants du CYP3A4 (certains antiépileptiques, rifampicine, millepertuis) : baisse de l’efficacité antiagrégante.
- Statines métabolisées par le CYP3A4 (simvastatine notamment) : exposition majorée, doses élevées à éviter. Réflexe : vérifier le dossier et signaler au prescripteur.
Grossesse / allaitement
- Grossesse : données limitées, utilisation non recommandée. Une femme en âge de procréer sous ticagrélor relève d’un avis médical ; orienter vers le prescripteur en cas de projet ou de doute.
- Allaitement : données insuffisantes, déconseillé. La décision se prend au cas par cas avec le médecin, en pesant le bénéfice de l’allaitement face au traitement maternel.
Conseils de comptoir
- Insister sur l’observance du rythme deux fois par jour : c’est le point faible numéro un de cette molécule. Proposer un repère fixe (petit-déjeuner, dîner) ou un rappel sur le téléphone.
- Prévenir d’une gêne respiratoire (essoufflement) possible et souvent transitoire : c’est un effet connu et le plus souvent bénin, mais qui inquiète. Conseiller d’en parler au médecin plutôt que d’arrêter, et d’alerter si elle est franche ou inhabituelle.
- Saignements à surveiller : ecchymoses, saignements de nez ou de gencives qui ne s’arrêtent pas, sang dans les urines ou les selles, selles noires. Signaler tout saignement inhabituel ou abondant. À noter : un saignement actif ou un antécédent d’hémorragie cérébrale contre-indique ce traitement, une information utile à avoir en tête dans le dialogue patient.
- Carte de patient sous antiagrégant : encourager à signaler le traitement à tout soignant, dentiste compris, avant un soin ou une chirurgie. Aucun arrêt ne se décide au comptoir.
- Si une dose est oubliée, ne pas doubler la suivante : reprendre simplement le rythme normal à l’heure prévue.
Teste-toi
Mémo
Le ticagrélor, c’est le 2 + 2 : 2 prises par jour qu’on ne saute jamais, et 2 effets à connaître, le saignement et l’essoufflement. Et toujours avec une aspirine à petite dose, jamais l’inverse.
À voir aussi
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Références bibliographiques
- RCP Ticagrélor, Base de données publique des médicaments (ANSM/HAS) Consulter (nouvel onglet)
- Thésaurus des interactions médicamenteuses, ANSM Consulter (nouvel onglet)
- Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), médicaments et grossesse / allaitement Consulter (nouvel onglet)
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