
« Ordonnance nickel, tampon, numéro RPPS… mais trois boîtes de prégabaline et un paracétamol posé là comme un alibi. Mon radar sonne. Et maintenant ? »Sam, préparateur · mardi 23 juin, 17 h
Le radar de Sam a raison de sonner : l’association « produit recherché + paracétamol de légitimation » est un classique des falsifications. En un an, le téléservice ASAFO (« Alerte sécurisée aux fausses ordonnances ») a reçu plus de 15 000 suspicions, confirmées frauduleuses dans près de trois cas sur quatre, selon le bilan déclaré par ASAFO-Pharma. Voici la marche en 5 étapes, du doute au signalement, sans jamais mettre l’équipe en danger.
Étape 1 : repérer les signaux
- Le document : papier photocopié ou scanné, mise en page bancale, calligraphie incohérente, faute d’orthographe sur un nom de médicament.
- Le contenu : posologie ou durée visiblement modifiée, médicament « ajouté », association incohérente, produit très détourné accompagné d’un anodin de façade.
- Le contexte : refus de présenter la carte Vitale, patient inconnu et pressé (souvent en garde), passage dans plusieurs pharmacies.
Étape 2 : vérifier (deux minutes, trois outils)
- L’Annuaire santé (annuaire.sante.ameli.fr) : le prescripteur existe-t-il, à cette adresse, dans cette spécialité ?
- Le prescripteur lui-même : l’appel reste LE réflexe recommandé par l’Assurance Maladie : c’est lui qui authentifie ou non sa prescription.
- La base ASAFO, sur amelipro (bloc « Activités », puis « Fausses ordonnances (ASAFO) ») : recherche dans les signalements avérés selon les critères autorisés par le téléservice, dans le strict cadre professionnel. L’ordonnance qu’on te tend y figure peut-être déjà.
Étape 3 : décider, et ne pas délivrer dans le doute
Tant que le doute subsiste, pas de délivrance : propose un report le temps de « vérifier un point réglementaire ». Côté facturation, la règle posée par l’Assurance Maladie est claire : une fausse ordonnance indétectable délivrée de bonne foi n’entraîne pas d’indu ; une ordonnance déjà répertoriée dans ASAFO et délivrée quand même engage la responsabilité de l’officine.
Étape 4 : signaler dans ASAFO (et à OSIAP)
- Si le prescripteur a confirmé la falsification, porte la mention « Fausse ordonnance authentifiée par le prescripteur » sur le document ; s’il est injoignable, signale quand même.
- Dans ASAFO : formulaire (date, prescripteur, médicaments) + copie numérique obligatoire (PDF, JPEG, PNG), puis « Envoyer à ma caisse ».
- Suis le dossier dans « Tous mes signalements » : statut « Avéré » (il alimente la base nationale consultée par toutes les officines) ou « Classé sans suite ».
- En parallèle, pense à OSIAP (ANSM/addictovigilance) : l’enquête 2026 collecte les ordonnances suspectes en mai et en novembre, copie anonymisée à l’appui. C’est elle qui éclaire les tendances nationales.
Qui peut signaler : le titulaire (carte CPS/e-CPS), l’adjoint sur délégation, et les salariés équipés d’une CPE avec délégation : la responsabilité du signalement reste pharmaceutique.
Étape 5 : protéger l’équipe et tracer
- Jamais de confrontation au comptoir : on n’accuse pas, on diffère. Une ordonnance falsifiée ne vaut pas une agression.
- Garde une copie (scan/photo) et trace tes vérifications dans le dossier patient. La rétention de l’original n’est pas tranchée par les textes : la copie, elle, est incontestable.
- Trafic présumé ou produits très onéreux : forces de l’ordre. Situations d’abus ou de dépendance : centre d’addictovigilance. En appui : ton conseil régional de l’Ordre ou l’ARS.
Ce qui est falsifié en ce moment
| Médicament (OSIAP 2024) | Part des ordonnances falsifiées |
|---|---|
| Tramadol | 16,6 % |
| Insulines | 12,5 % |
| Codéine | 10,6 % |
| Sémaglutide (détournement « minceur ») | 9,8 % |
| Alprazolam | 9 % |
| Prégabaline (26,7 % en 2020, en recul, toujours surveillée) | 6 % |
| Zopiclone / zolpidem | 5,8 % / 5,5 % |
Près d’un tiers des fraudes concernent l’univers du diabète (antidiabétiques, capteurs, bandelettes). Le passage du tramadol et de la codéine sur ordonnance sécurisée et le remboursement encadré de Wegovy/Mounjaro devraient déplacer les cibles. On suivra les chiffres OSIAP 2025-2026 dès parution.
Les questions qui reviennent
Je risque quoi si j’ai délivré sans repérer la fraude ?
Si la falsification était indétectable et tes vérifications normales faites : pas d’indu. Le risque naît quand l’ordonnance figurait déjà dans la base ASAFO ou que les signaux étaient manifestes, d’où l’intérêt de tracer tes vérifications.
L’ordonnance numérique règle-t-elle le problème ?
Elle le réduit fortement : le QR code renvoie à la prescription enregistrée : impossible de gonfler une posologie au stylo. Obligatoire pour les prescripteurs depuis le 1er janvier 2025 (sans sanction prévue), déploiement hospitalier attendu 2026-2027 : le papier falsifiable circulera encore un moment.
Le patient exige qu’on lui rende l’ordonnance suspecte ?
Évite l’escalade : scanne-la d’abord (la copie suffit au signalement), et ne délivre pas. La possibilité de retenir l’original n’étant pas clairement tranchée, la priorité reste la sécurité de l’équipe.
Signaler, ça sert vraiment ?
Chaque signalement avéré alimente la base consultée par toutes les officines de France : c’est le principe même d’ASAFO. Ta vigilance d’aujourd’hui évite la délivrance de demain trois rues plus loin.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie
Ton arme n’est pas ton flair, c’est le téléphone : l’annuaire santé, le prescripteur, la base ASAFO, trois vérifications, deux minutes. Si le doute reste, la boîte reste au tiroir : aucun chiffre d’affaires ne vaut une délivrance risquée sur une ordonnance suspecte. Et on ne joue jamais au héros au comptoir.
Sources
- Ordre national des pharmaciens, Le téléservice ASAFO sur amelipro : vérifier et signaler une fausse ordonnance, consulté le 18 juin 2026.
- Le Moniteur des pharmacies, ASAFO : signaler une fausse ordonnance en 5 étapes, consulté le 18 juin 2026.
- Vidal, Falsification d’ordonnances en officine : les médicaments les plus concernés (OSIAP 2024), consulté le 18 juin 2026.
- Cespharm, Enquête OSIAP 2026 : lancement de la phase de recueil, consulté le 18 juin 2026.
- Pharma365, ASAFO-Pharma : 15 000 signalements, 13 M€ évités (bilan déclaré, interview), consulté le 18 juin 2026.
Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.