Oxycodone
L'essentiel
Antalgique opioïde fort, indiqué dans les douleurs intenses que les paliers inférieurs ne suffisent plus à soulager : douleurs cancéreuses, douleurs aiguës sévères, certaines douleurs chroniques après évaluation. On la trouve en libération immédiate (accès douloureux, titration) et en libération prolongée (douleur de fond, deux prises par jour). C’est un stupéfiant : prescription sur ordonnance sécurisée, durée limitée, règles de délivrance strictes. Place dans la stratégie : un palier 3, jamais une prescription anodine, à manier avec la même rigueur que la morphine dont elle partage les réflexes.
Posologie
- Adulte : dose individuelle, déterminée par titration selon l’intensité de la douleur, l’âge et les traitements antérieurs. Pas de dose standard à mémoriser : on suit la prescription.
- Libération immédiate : utilisée pour la titration et les accès douloureux, prises répétées dans la journée selon le RCP.
- Libération prolongée : couvre la douleur de fond, en général une prise toutes les 12 heures.
- Pas de dose maximale universelle : l’oxycodone n’a pas d’effet plafond ; la dose est titrée individuellement selon la douleur et la tolérance, sans seuil maximal applicable à tous. Repères du RCP : souvent 80 à 120 mg/jour dans la douleur cancéreuse, parfois davantage, l’augmentation au-delà relevant d’une réévaluation spécialisée.
- Sujet âgé, insuffisance rénale ou hépatique : prudence et adaptation de dose, terrain plus sensible aux effets des opioïdes ; débuter bas et réévaluer.
- Modalités : LP avalée entière ; respecter les intervalles ; ne pas rattraper une prise oubliée en doublant la suivante.
La dépression respiratoire est le risque vital de tout opioïde fort. Le surdosage associe somnolence, myosis serré et ralentissement de la respiration. Risque majoré en cas d’association à un autre dépresseur du système nerveux central (benzodiazépines, alcool, autres opioïdes). Ne jamais écraser ni couper un comprimé de libération prolongée : la dose entière serait libérée d’un coup.
Interactions
- Benzodiazépines et apparentés : majoration de la dépression respiratoire et de la sédation. Association fréquente sur les ordonnances, à repérer et à signaler.
- Autres dépresseurs du SNC (alcool, autres opioïdes, certains antihistaminiques sédatifs, certains antidépresseurs et neuroleptiques) : effets additifs, somnolence et risque respiratoire accrus.
- Inhibiteurs et inducteurs enzymatiques (CYP3A4, CYP2D6) : l’oxycodone est métabolisée par le foie ; un inhibiteur puissant peut majorer son effet et un inducteur le diminuer. Vigilance lors d’un ajout ou d’un retrait de traitement, vérifier le Thésaurus ANSM.
- Naloxone : antidote des opioïdes, à connaître ; certaines formes orales associent oxycodone et naloxone pour limiter la constipation.
- Médicaments ralentissant le transit : constipation déjà constante sous opioïde, encore aggravée en cas d’addition.
Grossesse / allaitement
- Grossesse : à n’utiliser que si nécessaire et sur décision médicale. Un usage prolongé ou des doses élevées en fin de grossesse exposent le nouveau-né à un syndrome de sevrage et à une dépression respiratoire néonatale. Toujours se référer au RCP et à l’avis du prescripteur.
- Allaitement : passage dans le lait maternel ; surveillance du nourrisson (somnolence, prise alimentaire) si un traitement court est retenu, déconseillé en cas de traitement prolongé ou de doses importantes. Décision au cas par cas avec le médecin.
Conseils de comptoir
- Cadre stupéfiant : ordonnance sécurisée, prescription en toutes lettres, durée maximale 28 jours pour les formes orales ; exécution dans les 3 jours suivant la prescription, pas de chevauchement sauf mention expresse, fractionnement possible selon la prescription.
- Prévenir d’emblée la constipation : c’est l’effet indésirable quasi constant des opioïdes, qui ne s’atténue pas avec le temps. Mesures hygiéno-diététiques et, le plus souvent, laxatif systématique d’accompagnement.
- Somnolence et vigilance : déconseiller la conduite en début de traitement et à chaque changement de dose, le temps de connaître sa tolérance.
- Nausées fréquentes au début, en général transitoires ; un antiémétique peut être prévu sur les premiers jours.
- Ne jamais arrêter brutalement après un usage prolongé : risque de syndrome de sevrage. La diminution se fait progressivement, encadrée par le médecin.
- Comprimés de libération prolongée : à avaler entiers, sans croquer ni écraser. Rappeler de ne pas doubler une prise oubliée.
- Repérer le mésusage sans juger : renouvellements anticipés répétés, escalade de doses ; en parler et tracer l’intervention.
Teste-toi
Mémo
Trois lettres pour l’opioïde fort : RSC. Respiration (le risque vital, surveiller la somnolence et l’association aux sédatifs), Sevrage (jamais d’arrêt brutal), Constipation (laxatif d’emblée). Et la règle d’or de la LP : un comprimé prolongé s’avale entier, jamais écrasé.
À voir aussi
Opioïdes forts (palier 3) :
Et dans la même aire (Antalgiques) :
Références bibliographiques
- RCP Oxycodone, Base de données publique des médicaments (ANSM/HAS) Consulter (nouvel onglet)
- HAS, Bon usage des médicaments opioïdes : antalgie, prévention et prise en charge du trouble de l'usage et des surdoses Consulter (nouvel onglet)
- Thésaurus des interactions médicamenteuses, ANSM Consulter (nouvel onglet)
- Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), médicaments et grossesse / allaitement Consulter (nouvel onglet)
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