
« Trois patients cette semaine m’ont parlé d’un peptide vu sur TikTok. Le dernier voulait du rétatrutide, « comme son influenceur ». On répond quoi à ça, nous, au comptoir ? »Sam, préparateur · 25 juillet 2026
Chaque mois, ce rendez-vous passe en revue ce qui a bougé sur TikTok, Instagram et Facebook côté pharmacie. Au sommaire de juillet : l’alerte ANSM sur les peptides et faux GLP-1 vendus via les réseaux, les trends de bronzage extrême qui inquiètent les dermatologues, et les annonces sur les franchises et les remboursements qui ont enflammé les réseaux en fin de mois. Avec, comme chaque mois, la trend à ne surtout pas suivre.
Le radar de juillet en un coup d’œil
| Signal | Ce qui s’est passé |
|---|---|
| Peptides et faux GLP-1 | Alerte ANSM du 2 juillet : des produits frauduleux (rétatrutide, BP180, TB500, GH, GHK-Cu, BPC-157, NAD+…) vendus via internet et les réseaux sociaux, plusieurs signalements graves. Mesures de police sanitaire les 9 et 16 juillet. |
| Bronzage extrême | Tanmaxxing, « sun tattoos », tan lines volontaires, beer tanning : les dermatologues alertent tout le mois sur ces trends d’exposition sans protection. |
| La notice passe au QR code | Campagne ANSM lancée le 8 juillet pour faire connaître l’e-notice, en phase pilote sur certaines boîtes : un relais tout trouvé au comptoir comme en vidéo. |
| Franchises et remboursements | Annonces des 23 et 24 juillet : projet de doublement des plafonds annuels de franchises et participations (50 € vers 100 € chacun) et de baisse de taux de remboursement (médicaments à SMR faible ou modéré, dentaire, transports). Écho énorme sur les réseaux. |
Qu’est-ce qui s’est vraiment passé en juillet ?
Les faux GLP-1 sont sortis des écrans pour arriver au comptoir. Le 2 juillet, l’ANSM a alerté sur des peptides injectables vendus sur internet et via les réseaux sociaux avec des promesses minceur, anti-âge ou performance : rétatrutide, BP180, TB500, GH, GHK-Cu, BPC-157, NAD+. L’agence fait état de plusieurs signalements graves, dont des hospitalisations (une « petite dizaine » de cas selon son directeur adjoint, cité par l’AFP), et ses analyses avaient déjà montré fin 2025 que des patchs vendus comme contenant du sémaglutide n’en contiennent pas. Elle a suivi avec des mesures de police sanitaire contre deux sociétés, les 9 et 16 juillet. Le contexte : depuis le remboursement encadré de deux GLP-1 le 15 juin, le marché parallèle surfe sur la demande. Le message à porter, au comptoir comme en ligne : un analogue du GLP-1 vendu en ligne est illégal en France (il s’obtient en pharmacie, sur ordonnance), et les « peptides » proposés hors circuit officiel ne doivent être ni achetés ni utilisés : non évalués, non autorisés ou frauduleux, à la composition incertaine.
Le bronzage extrême a remplacé la désinfo SPF de juin. Tanmaxxing (bronzer le plus possible en un minimum de temps, parfois sans protection), tan lines volontairement marquées, « sun tattoos » dessinés à la crème solaire, beer tanning : les alertes de dermatologues se sont enchaînées tout le mois, en France comme à l’international, surtout sur le tanmaxxing et les tan lines ; les autres sont des classiques dangereux de l’été, réactivés à chaque saison. C’est la suite logique du sujet de juin, et toujours le même terrain pour l’officine : indice, quantité, renouvellement, photosensibilisation, et zéro « accélérateur » maison.
Une bonne nouvelle à relayer : la notice en QR code. Depuis le 8 juillet, l’ANSM fait campagne pour l’e-notice : la notice numérique officielle, accessible par QR code sur certaines boîtes dans le cadre d’une phase pilote (environ 170 spécialités, dont le paracétamol adulte, des statines, des IPP et des vaccins), en complément de la notice papier qui reste dans les boîtes. C’est le genre d’actu utile qui fait un excellent contenu court d’officine : montrer le geste, expliquer ce qu’on y trouve.
Les remboursements, sujet brûlant de la fin du mois. Le 23 juillet, la ministre de la Santé a annoncé un projet de doublement des plafonds annuels des franchises médicales et des participations forfaitaires : de 50 à 100 € chacun, montants unitaires inchangés (1 € par boîte, 2 € par consultation), avec 18 millions d’assurés exonérés (mineurs, femmes enceintes à partir du 6e mois, bénéficiaires de la CSS et de l’AME). Le lendemain, quatre projets de décrets transmis à l’Assurance maladie prévoient de baisser des taux de remboursement : médicaments à SMR faible de 15 à 5 %, à SMR modéré de 30 à 15 %, consultations dentaires de 60 à 50 %, transports sanitaires de 55 à 50 %, pour une entrée en vigueur évoquée au 1er janvier 2027 (Public Sénat, 24 juillet 2026). Les réseaux s’en sont emparés massivement, souvent en résumant tout à « la Sécu ne rembourse plus ». Pour l’officine, c’est un sujet de pédagogie en or : expliquer ce qui change vraiment, qui est exonéré, et ce qui reste au stade de projet de décret. La franchise à 1 € la boîte, c’est littéralement au comptoir que ça se passe.
Les trends de juillet, décryptées
Cinq trends documentées en juillet (veilles Takema Studio et Yoo, juillet 2026), avec leur mécanique exacte et un lien pour visualiser chacune. Le fil rouge du mois : montrer le vrai, pas le lisse.
Avant de filmer, le réflexe confidentialité. Tourne hors présence de patients, idéalement avant l’ouverture ou après la fermeture. Aucun patient, aucun échange au comptoir, aucune ordonnance ni écran métier ne doit apparaître, même en arrière-plan, ni aucun élément qui identifie quelqu’un indirectement (étiquette nominative, voix, reflet). Le secret professionnel va plus loin que l’image : on ne raconte jamais un cas réel identifiable, même sans visage. Pour l’équipe, recueille un accord clair, de préférence écrit, précis sur les réseaux visés et révocable à tout moment.
1. « Make Your Job Sound Illegal »
La trend : décrire son métier, face caméra et très sérieusement, comme s’il était louche. Le décalage entre le ton et la réalité fait toute la blague, et la chute révèle le vrai métier. À voir : les 7 trends de juillet décryptées sur la veille Takema Studio.
La version officine : « Je vends des drogues qui agissent sur les gens. Ils reviennent en réclamer tous les mois, souvent avec un petit papier signé. Et tout le quartier connaît mon adresse. » Chute : plan large, blouse, croix verte. Tout le sel est dans le ton de confidence ; on joue sur le métier, sans citer ni montrer un médicament précis.
2. « Yes, But… » (la façade contre les coulisses)
La trend : deux plans qui se répondent : ce que le public voit, puis ce qui se passe vraiment derrière. C’est LE format du fil rouge authenticité. À voir : la même veille Takema Studio.
La version officine : « Ce que vous voyez » : la croix verte qui brille, le comptoir impeccable. « Ce qu’on vit » : 7 h 15, les caisses de commande empilées dans le back-office, le café encore fumant. Et ça se décline à l’infini : la vitrine parfaitement dressée contre la pyramide de solaires qui s’écroule pour la troisième fois ; le sourire posé au comptoir contre le sprint dans la réserve pour retrouver LA boîte reçue le matin même ; l’ordonnance « prête en deux minutes » contre les trois appels au prescripteur qu’elle a demandés. Deux photos suffisent, en carrousel.
3. « Time Stamped Schedule » (la journée horodatée)
La trend : raconter sa journée en clips très courts horodatés à l’écran. L’accumulation des heures fait le récit, sans voix off. À voir : la même veille Takema Studio.
La version officine : « 9 h : les caisses de la commande du matin. 12 h : la commande de l’après-midi. 14 h : le rangement du robot. 16 h : un conseil qui prend dix minutes, et qui les vaut. 19 h 30 : le rideau. » La version chiffrée de ce format cartonne aussi côté pharmacie : voir la section « Repéré au comptoir » juste en dessous.
4. Le faux documentaire (« Netflix Documentary »)
La trend : traiter un micro-événement du quotidien comme un vrai documentaire à suspense : voix off grave, zooms lents, témoignages face caméra. À voir : la même veille Takema Studio.
La version officine : une personne face caméra (deux maximum), musique dramatique en fond, qui raconte en surjouant un micro-drame vécu : le samedi matin où l’informatique a planté en plein rush, le robot qui s’arrête pile à 18 h, ou la canicule passée debout en bas de contention. Un seul témoignage suffit : c’est le contraste entre le ton tragique et la banalité du drame qui fait rire.
5. « Oui ou Non » (sans débat)
La trend : une rafale de questions directes, des réponses en un mot, aucun commentaire. Le rythme sec fait le format, et les commentaires réclament toujours les explications : matière à vidéos suivantes. À voir : les trends de juillet décryptées sur la veille Yoo et la fiche de la trend « Oui ou non sans débattre ».
La version officine : entre collègues, en rafale : le titulaire, la pharmacienne et le préparateur s’avouent les classiques du métier. « Tu as déjà oublié de rendre une carte vitale ? Oui. » « Tu as déjà cherché la douchette que tu avais dans la main ? Oui. » « Tu as déjà promis « deux minutes » pour une ordonnance de quatre pages ? Oui. » « Tu as déjà rangé une boîte tellement bien que personne ne l’a jamais retrouvée ? Oui. » Peu de montage à faire, et ça se tourne en moins de cinq minutes à deux.
Par où commencer ? La sélection du mois
Si ton équipe ne doit en tourner qu’une, c’est le « Oui ou Non » : aucun décor, aucun montage, un rythme qui pardonne les débutants, et des réponses qui appellent naturellement les questions en commentaire. Si l’équipe a envie de jouer, le « Make Your Job Sound Illegal » est le meilleur potentiel de partage du mois : une seule prise face caméra et une chute.
Sans personne à l’aise devant l’objectif, le « Yes, But… » se fait en deux photos publiées en carrousel. Dans tous les cas, les règles restent les mêmes : équipe consentante à l’image, jamais de patient reconnaissable ni d’ordonnance lisible dans le champ.
Repéré au comptoir : deux formats maison qui tournent
Deux formats très présents ce mois-ci chez les équipes officinales françaises, repérés directement sur les comptes de pharmacie.
Le récap façon appli de sport. Un visuel qui détourne les codes des applis de course à pied, mais avec les stats de la journée d’officine : 12 400 pas derrière le comptoir, 47 appels, 183 ordonnances délivrées, 212 patients servis. Pourquoi ça marche : ça chiffre l’invisible. Le contraste sport/officine fait sourire, et le public découvre l’ampleur réelle d’une journée. C’est la déclinaison pharma du fil rouge du mois : montrer le vrai quotidien. Le garde-fou : des chiffres fictifs ou arrondis, jamais sortis du logiciel métier ni rattachés à une journée réelle datée.
Le POV « la carte vitale n’est pas passée ». Le patient amorce sa sortie alors que la télétransmission n’est pas terminée : stop net, bras tendu, regard de l’équipe. Pourquoi ça marche : la scène est vécue chaque jour des deux côtés du comptoir, et la chute est physique, en une seconde, sans dialogue. Le garde-fou : la scène se joue entre membres de l’équipe, jamais avec un vrai patient.
Six hooks à piocher, avec ce qu’il y a derrière le comptoir
Le hook, c’est la première seconde et demie : ce qui décide si on reste ou si on scrolle. Six ouvertures de saison :
- Le rideau métallique qui remonte, plein son : le générique naturel de toute vidéo d’officine.
- Le bip de la carte vitale (ou le silence qui dure trop) : le son que toute la profession reconnaît.
- Le stop net, main tendue face caméra : l’ouverture parfaite pour le POV ci-dessus.
- Le ventilateur qui fait voler les sachets sur le comptoir : l’été en une image.
- « Ce que vous voyez / Ce qu’on vit » en texte dès la première image : le hook du « Yes, But… ».
- La blouse lancée sur l’épaule en sortant, façon générique de série : la fin de journée que tout le monde savoure.
Dans tous les cas : le mouvement ou le son d’abord, la parole ensuite, et des sous-titres dès la première seconde, parce que la majorité des vidéos se regardent sans le son.
Et à l’étranger, qu’est-ce qui inspire ?
L’été des trends de bronzage a fait émerger un réflexe intéressant aux États-Unis : la réaction d’expert. Dermatologues et pharmaciens y répondent en vidéo aux trends dangereuses du moment (beer tanning, tanmaxxing), en duo ou en réaction, avec la correction à l’appui (presse américaine, fin juin 2026). La mécanique à garder : réagir en apportant la bonne pratique, sans rejouer le geste dangereux. Et comme toujours, garde la mécanique, pas le copier-coller : en France, le cadre déontologique et le secret professionnel s’appliquent.
La trend à ne pas suivre : réagir n’est pas amplifier
⚠️ La tentation du mois : surfer sur les sujets qui buzzent en les reproduisant. Un « sun tattoo » refait « pour montrer que c’est dangereux », c’est un sun tattoo de plus à l’écran. Une vidéo qui cite le nom d’un site ou d’un vendeur de peptides, c’est de la visibilité offerte. La bonne mécanique, appuyée sur l’alerte ANSM du 2 juillet et le cadre déontologique du décret n° 2026-156 (communication possible sur tout support, mais loyale et honnête : sans témoignages de tiers, sans comparaison entre officines, sans incitation au mésusage, et sans mêler sur un même support la publicité de l’officine et les médicaments du monopole) : démonter la trend avec les sources, montrer la bonne pratique, et ne jamais transformer un produit dangereux ou un médicament en ressort de contenu. Un patient qui en parle, c’est au comptoir que ça se traite ; en ligne, on éduque sans faire de publicité au problème.
Les questions qui reviennent
Un patient nous parle d’un produit vu sur TikTok, on fait quoi ?
Au comptoir : on écoute, on explique le circuit légal et les risques, et on déclare les effets indésirables sur le portail officiel de signalement. Une annonce ou un site qui vend ces produits peut aussi être signalé sur la plateforme Pharos. En ligne : un contenu de démystification est bienvenu, à condition de ne citer ni le site ni le vendeur, et de s’appuyer sur des sources officielles comme l’alerte ANSM.
Peut-on reprendre une trend dangereuse pour la dénoncer ?
Oui, en format réaction ou décryptage : on montre la correction et la bonne pratique. Non, si ça revient à rejouer le geste ou à donner un mode d’emploi. La règle simple : ta vidéo doit être inutilisable comme tutoriel.
Faut-il continuer à poster l’été, avec une équipe réduite ?
Oui, mais léger : un format une-prise par semaine (« Oui ou Non », hook + conseil) suffit à garder le lien. Mieux vaut un rythme modeste et tenu qu’un compte qui s’endort deux mois.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie
Ce mois-ci, le comptoir est devenu le service après-vente de TikTok : on nous demande des peptides comme un dentifrice. La réponse tient en trois gestes : réagir avec les sources, montrer le vrai quotidien, chiffrer l’invisible. Et quand un contenu te démange parce qu’il est dangereux, démonte-le sans le rejouer : l’écran amplifie tout, y compris ce qu’on voulait dénoncer.
Sources
- VIDAL, « L’ANSM intensifie sa lutte contre la vente illégale d’analogues du GLP-1 et de peptides en ligne », juillet 2026, consulté le 25 juillet 2026.
- 20 Minutes, « L’agence du médicament met en garde contre des peptides vendus sur internet », 2 juillet 2026, consulté le 25 juillet 2026.
- ANSM, mesures de police sanitaire contre des sites vendant des analogues du GLP-1 (décisions des 9 et 16 juillet 2026, page mise à jour le 22 juillet 2026 ; analyses des patchs, 2025), consulté le 25 juillet 2026.
- Ordre national des pharmaciens, « Peptides vendus en ligne : ne les utilisez pas », relais de l’alerte ANSM du 2 juillet, 9 juillet 2026, consulté le 25 juillet 2026.
- ANSM, campagne d’information sur l’e-notice des médicaments (phase pilote), 8 juillet 2026, consulté le 25 juillet 2026.
- L’Est Républicain, « Franchises médicales : ce que va changer le doublement du plafond », 23 juillet 2026, consulté le 25 juillet 2026.
- Public Sénat, « Doublement du plafond des franchises médicales et baisse des remboursements de la Sécu : qui est concerné ? », 24 juillet 2026, consulté le 25 juillet 2026.
- Le Journal de Montréal, « Tanline et tanmaxxing : ces tendances de bronzage qui inquiètent les dermatologues », 6 juillet 2026, consulté le 25 juillet 2026.
- CNEWS, « Été 2026 : ces 5 produits à ne surtout pas utiliser avant de s’exposer au soleil », 26 juin 2026, consulté le 25 juillet 2026.
- Passeport Santé, « Sun tattoo : la tendance qui augmente le risque de cancer de la peau », été 2026, consulté le 25 juillet 2026.
- The Tennessean, « Doctors warn about tanning trends : beer tanning, tanmaxxing », 26 juin 2026, consulté le 25 juillet 2026.
- Veilles de formats TikTok, juillet 2026 : Takema Studio, Yoo Paris et MaxiFollowers, consultées le 25 juillet 2026.
Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.