Médication officinale : ce que le libre accès veut dire (et ne veut pas dire)

« Un patient s’étonne : « Pourquoi je peux prendre les pastilles pour la gorge tout seul dans le rayon ici, alors que dans l’autre pharmacie elles sont derrière le comptoir ? » Bonne question, en fait. C’est qui, qui décide ? »Sam, préparateur · un mardi matin

Deux réponses en une : l’ANSM décide de ce qui peut être en accès direct, et chaque titulaire décide de ce qui l’est dans son officine. Le « libre accès » est un statut précis, encadré par une liste officielle qui vient d’ailleurs d’être mise à jour le 7 juillet 2026. Voici comment ça marche, et ce que ça change pour le conseil.

Une liste officielle, des critères stricts

La liste des médicaments de médication officinale est fixée par l’ANSM (décision du 12 mai 2014, modifiée au fil de l’eau) sur la base de l’article R. 5121-202 du code de la santé publique. Pour y entrer, un médicament doit cocher toutes les cases :

  • disponible sans ordonnance et non remboursable ;
  • indications, durée de traitement et notice compatibles avec une utilisation sans prescription, avec le conseil du pharmacien ;
  • conditionnement adapté à la posologie et à la durée de traitement recommandées ;
  • aucune restriction de publicité au titre d’un risque pour la santé publique.

C’est le titulaire de l’AMM qui demande l’inscription ; l’ANSM inscrit, ou pas. Dernier mouvement en date : la décision du 7 juillet 2026 (ajout d’une spécialité, changement de dénomination, suppressions). La liste vit : un rayon d’accès direct se vérifie donc de temps en temps.

Ce que ça impose dans l’officine

  1. Un espace dédié, à proximité immédiate des postes de dispensation, sous le contrôle effectif du pharmacien : le patient choisit, mais jamais sans possibilité de conseil.
  2. Des prix affichés, lisibles, sur chaque produit ou en rayon : sur ces médicaments non remboursables, les prix sont libres, donc l’information doit être irréprochable.
  3. Le conseil reste un acte pharmaceutique, réaffirmé par le code de déontologie refondu (décret n° 2026-156) : durée courte, symptôme bénin, et orientation dès que la situation dépasse le cadre. Le rayon n’est pas un self-service de supermarché : c’est une automédication encadrée.
  4. Le choix appartient au titulaire : aucune obligation de proposer l’accès direct. Certaines officines gardent tout derrière le comptoir, et c’est parfaitement légal.

Le récap au comptoir

La question La réponse
Qui décide de la liste ? L’ANSM, sur demande du titulaire de l’AMM, selon les critères de l’article R. 5121-202.
Qui décide du rayon ? Le pharmacien titulaire : l’accès direct est une possibilité, jamais une obligation.
Un médicament remboursable peut-il y figurer ? Non : la médication officinale ne concerne que des médicaments non remboursables, sans ordonnance.
Le patient peut-il tout prendre seul ? Il choisit dans le rayon, mais la délivrance reste un acte pharmaceutique : un conseil adapté à chaque délivrance, et une orientation au moindre doute.

La liste officielle et ses mises à jour sont publiées sur le site de l’ANSM : c’est elle qui fait foi pour composer le rayon.

Les questions qui reviennent

« Pourquoi le paracétamol n’est pas en accès direct partout ? »

Depuis le 15 janvier 2020, le paracétamol et certains AINS par voie orale (ibuprofène, aspirine) ne peuvent plus être présentés en accès direct : ils se délivrent derrière le comptoir, précisément pour renforcer le conseil sur les doses maximales et les risques. Être « sans ordonnance » ne veut pas dire « devant le comptoir ».

Le patient compare nos prix avec la pharmacie d’à côté ?

C’est son droit : sur ces médicaments, les prix sont libres. La contrepartie, c’est l’affichage clair. Et l’argument qui reste, c’est le conseil : le bon produit, à la bonne dose, ou pas de produit du tout.

Que répondre à « c’est du vrai médicament, ce qui est en rayon ? »

Oui : mêmes exigences de qualité et de fabrication que les autres (avec, selon le statut, une AMM ou un enregistrement). La différence porte sur l’usage prévu : symptômes courants et bénins, durée limitée, notice conçue pour l’auto-utilisation.

Une nouveauté apparaît sur la liste, on la met en rayon ?

D’abord vérifier la décision ANSM (le rayon suit la liste, pas l’inverse), puis décider en équipe : place, étiquetage prix, et messages de conseil associés. Une mise en rayon, c’est aussi un brief d’équipe.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie

Le libre accès est un contrat en trois clauses : une liste officielle qui borne ce qui peut sortir devant le comptoir, un affichage de prix irréprochable, et un conseil qui ne s’éteint jamais parce que le patient a pris la boîte lui-même. Tant que les trois tiennent, le rayon est un service. Dès qu’une lâche, c’est juste de la vente.

Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.

Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

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