Santé de la femme

Cystite

Brûlures urinaires sans fièvre : reconnaître la cystite simple, repérer le rein, tester avant de délivrer.
Dessin au trait continu : un verre d'eau à côté d'une vessie stylisée. Illustration générée par IA.
Ta maîtriseSur cette situation : à découvrir

L'essentiel

La cystite est une inflammation de la vessie, le plus souvent due à une bactérie d’origine intestinale (Escherichia coli), très fréquente chez la femme de 20 à 50 ans. Au comptoir, tout se joue sur deux verrous : l’absence de fièvre et de douleur lombaire (sinon on pense au rein), et le test urinaire avant tout antibiotique. Depuis juin 2024, le pharmacien habilité peut tester puis délivrer lui-même le traitement chez la femme de 16 à 65 ans présentant une cystite simple.

Comprendre

  • Les signes : brûlures à la miction, envies très fréquentes pour de petites quantités (pollakiurie), parfois gêne sus-pubienne. Un peu de sang dans les urines impressionne mais ne signe pas, à lui seul, une atteinte du rein ; il impose en revanche un rendez-vous médical, même si la cystite guérit. Il n’y a pas de fièvre.
  • Les facteurs favorisants : rapports sexuels, hygiène intime inadaptée, spermicides, grossesse, constipation, sécheresse des muqueuses après la ménopause.
  • Cystite simple : femme sans facteur de risque de complication, c’est-à-dire sans grossesse, anomalie de l’arbre urinaire, insuffisance rénale sévère, immunodépression grave, ni âge de plus de 75 ans (ou plus de 65 ans avec une fragilité). Pour elle, la bandelette urinaire suffit : l’ECBU est inutile.
  • Cystite récidivante : au moins 4 épisodes sur 12 mois (HAS). Elle justifie un bilan médical (anomalie urinaire, diabète, et chez la femme âgée fumeuse ou ex-fumeuse, pathologie vésicale), pas une automédication au long cours.

Les bonnes questions

  1. Avez-vous de la fièvre, des frissons ?Fièvre ou frissons font sortir du cadre de la cystite : suspicion de pyélonéphrite, consultation en urgence.
  2. Avez-vous mal dans le dos ou sur le côté, des nausées, des vomissements, de la diarrhée, mal au ventre ?Douleur lombaire ou des flancs, vomissements, diarrhée ou douleurs abdominales en même temps que les brûlures font sortir du protocole : possible atteinte du rein.
  3. Est-ce la première fois ? Combien d’épisodes cette année ?À partir de 3 épisodes sur 12 mois (ou un épisode non guéri dans les 15 derniers jours), le protocole officinal ne s’applique plus : on oriente.
  4. Avez-vous des pertes inhabituelles, des démangeaisons ?Des signes gynécologiques orientent vers une autre cause (mycose, infection génitale) : pas de test ni de délivrance, on oriente.
  5. Êtes-vous enceinte ou pouvez-vous l’être ? Avez-vous une allergie, notamment aux pénicillines ? Un traitement en cours ?La grossesse impose toujours le médecin. Un antibiotique en cours, une fluoroquinolone dans les 3 derniers mois, une immunodépression (y compris corticoïde au long cours, chimiothérapie, immunosuppresseur, VIH) ou une insuffisance rénale sévère excluent le protocole. Une allergie aux pénicillines interdit le pivmécillinam ; une antivitamine K impose une surveillance de l’INR.
  6. Avez-vous déjà pris quelque chose ?Un antibiotique déjà commencé (souvent un reste d’armoire) fausse le test et complique la prise en charge.

Les limites du conseil

Urgence ou consultation le jour même
  • Fièvre ou température anormalement basse, frissons, douleur lombaire ou des flancs, vomissements, diarrhée, douleurs abdominales : suspicion de pyélonéphrite, consultation le jour même.
  • Constantes mesurées hors des bornes du protocole (tension basse, pouls ou respiration rapides) : pas de test, orientation médicale.
  • Chez la personne âgée, une confusion ou une altération brutale de l’état général peuvent être les seuls signes d’une infection urinaire haute.
Orienter vers le médecin
  • Homme, enfant ou nourrisson, femme enceinte : consultation systématique, jamais d’automédication.
  • Femme de moins de 16 ans ou de plus de 65 ans : hors du protocole officinal, orientation vers le médecin.
  • Au moins 3 épisodes sur les 12 derniers mois, épisode non résolu dans les 15 derniers jours, anomalie urinaire connue ou sondage récent, cathéter veineux implanté, immunodépression, insuffisance rénale sévère.
  • Bandelette négative (leucocytes et nitrites négatifs) avec des symptômes gênants : pas d’antibiotique, on recherche une autre cause.
  • Sang visible dans les urines : rendez-vous médical systématique, même si l’épisode guérit.
  • Symptômes encore présents ou aggravés 48 heures après le traitement, ou plus tôt si la fièvre apparaît.

Que proposer

Test urinaire puis délivrance par le pharmacien habilité

Chez la femme de 16 à 65 ans, sans critère d’exclusion, après prise de la température et des constantes prévues par le protocole : bandelette urinaire recherchant leucocytes et nitrites. Le test est positif si l’un ou l’autre est positif. Le pharmacien peut alors délivrer sans ordonnance, en première intention, la fosfomycine trométamol 3 g en prise unique (sachet dissous dans un demi-verre d’eau, à jeun ou 2 à 3 heures avant un repas, de préférence le soir après avoir uriné) ; en seconde intention, si la fosfomycine est contre-indiquée, le pivmécillinam 400 mg deux fois par jour pendant 3 jours, jamais en cas d’allergie aux pénicillines (comprimés avalés assise ou debout avec de l’eau, sans s’allonger aussitôt). Sous antivitamine K, un antibiotique peut déséquilibrer l’INR : contrôle conseillé. La délivrance est tracée et le médecin traitant informé. Il existe aussi l’ordonnance de dispensation conditionnelle : le médecin prescrit « si test positif », le pharmacien teste avant de délivrer.

Soulager en attendant l’effet du traitement

Le paracétamol si besoin, et une bonne hydratation. Pas d’anti-inflammatoire en automédication : il ne traite pas l’infection et peut masquer une fièvre qui signalerait une atteinte du rein.

Prévenir les récidives

La canneberge (cranberry) a une efficacité modeste en prévention, au repère de 36 mg par jour de proanthocyanidines retenu par la HAS. Elle ne traite pas une cystite. Chez une patiente sous antivitamine K, demander un avis : des déséquilibres de l’INR ont été rapportés, sans interaction formalisée au Thésaurus ANSM. Le D-mannose n’est pas retenu par la HAS ; l’essai randomisé le plus solide (2024) n’a pas montré de bénéfice contre placebo.

Ce qu’on ne propose pas

L’antibiotique « de la dernière fois » resté dans l’armoire : molécule, dose et date de péremption incertaines, et un antibiotique pris sans infection prouvée nourrit les résistances. On le fait rapporter pour destruction.

Les conseils qui font la différence

  • Boire suffisamment, de l’ordre de 1,5 litre par jour, pour diluer et évacuer les bactéries.
  • Uriner régulièrement sans se retenir, vider complètement la vessie, uriner après les rapports sexuels.
  • S’essuyer d’avant en arrière ; éviter les produits d’hygiène intime agressifs et les douches vaginales.
  • Corriger une constipation, qui favorise les infections urinaires (en prévention, pas pendant l’épisode).
  • Si le médecin demande un ECBU : premières urines du matin (ou au moins 4 heures après la dernière miction), toilette locale, urines de milieu de jet dans un flacon stérile, dépôt au laboratoire dans les 2 heures ou conservation au réfrigérateur 24 heures au plus.
  • Revenir ou consulter si la fièvre apparaît, si les symptômes s’aggravent ou ne cèdent pas en 48 heures : on ne reprend pas une deuxième dose de soi-même.

Terrains particuliers

  • Grossesse : Toute cystite de la femme enceinte relève du médecin : risque accru de pyélonéphrite, ECBU systématique, antibiotique adapté à la grossesse.
  • Enfant : Pas d’automédication ni de bandelette « pour voir ». Chez le nourrisson, une fièvre isolée peut être le seul signe d’une infection urinaire ; le recueil d’urines se fait sur prescription, selon la méthode choisie par le médecin.
  • Sujet âgé : Au-delà de 65 ans, hors protocole officinal. Signes souvent atypiques (confusion, chute, fatigue) : orientation médicale.
  • Homme : Une infection urinaire masculine n’est jamais une cystite simple : consultation systématique.

La juste dose en 3 réflexes

  1. Brûlures et envies fréquentes sans fièvre : cystite simple possible. Fièvre, frissons ou douleur lombaire : c’est peut-être le rein, consultation le jour même.
  2. Jamais d’antibiotique sans bandelette positive, et jamais le reste de l’armoire : le pharmacien habilité teste, puis délivre fosfomycine trométamol ou pivmécillinam chez la femme de 16 à 65 ans.
  3. La canneberge prévient un peu, elle ne traite rien ; boire et vider sa vessie préviennent beaucoup.

Teste-toi

Question 1 / 4
Une patiente de 34 ans décrit des brûlures urinaires depuis la veille et frissonne en te parlant. Elle demande « le sachet unique » contre la cystite. Tu fais quoi ?
Les frissons font sortir du cadre de la cystite simple : ils évoquent une pyélonéphrite. Pas de test ni de délivrance au comptoir : on l'oriente vers une consultation le jour même, en lui expliquant pourquoi. Le sachet unique ne traite pas une infection du rein.

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Références

  • Décret n° 2024-550 et arrêté du 17 juin 2024 modifié (arrêté du 11 décembre 2024) : test urinaire et délivrance sans ordonnance par le pharmacien, femme de 16 à 65 ans, cystite aiguë simple, critères d'exclusion Consulter (nouvel onglet)
  • HAS, « Cystite aiguë simple, à risque de complication ou récidivante de la femme », fiche mémo, 27 août 2021, mise à jour le 13 mai 2025 Consulter (nouvel onglet)
  • ameli.fr, « Cystite : que faire et quand consulter ? », 13 mai 2025, et « Comment se préparer à l'ECBU » Consulter (nouvel onglet)
  • BDPM, RCP de la fosfomycine trométamol 3 g (mode de prise) et du pivmécillinam
  • ANSM, Thésaurus des interactions médicamenteuses, septembre 2023 Consulter (nouvel onglet)
  • Hayward G. et coll., D-mannose en prévention des infections urinaires récidivantes, JAMA Internal Medicine, 2024
Fiche publiée le 28 septembre 2026
Sous la responsabilité éditoriale de Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie · La Juste Dose Pharma
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

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