
« La parapharmacie du centre commercial vient de dépasser les 40 000 vues avec une vidéo tournée entre deux rayons. Nous, on a posté trois fois depuis janvier. Il se passe quoi sur ces réseaux, au juste ? »Sam, préparateur · 2 juillet 2026
Chaque mois, ce rendez-vous passe en revue ce qui a bougé sur TikTok, Instagram et Facebook côté pharmacie. Au sommaire de juin : une étude qui montre pourquoi la désinformation solaire capte l’attention, l’ouverture du remboursement des analogues du GLP-1, la percée d’un SPF coréen, et les trends du moment décryptées, exemples à l’appui. Avec, comme chaque mois, la trend à ne surtout pas suivre.
Le radar de juin en un coup d’œil
| Signal | Ce qui s’est passé |
|---|---|
| Désinfo anti-crème solaire | Étude PLOS Digital Health du 18 juin : les vidéos TikTok critiques envers la crème solaire ne représentent que 6 % du contenu, mais captent nettement plus de likes, de partages et de commentaires que les vidéos justes. |
| GLP-1 remboursés sous conditions | Depuis le 15 juin, deux traitements de l’obésité peuvent être pris en charge à 65 %, dans un cadre strict. Les réseaux en ont beaucoup parlé, pas toujours bien. |
| Le SPF coréen s’installe | Une crème solaire coréenne arrive en tête des recherches en ligne des Français pour l’été (estimation idealo.fr, relayée début juin), devant les marques historiques de parapharmacie. |
| La vague « maxxing » | Fibermaxxing, sleepmaxxing, « cortisol mocktails » : l’optimisation bien-être sature les feeds, entre bon sens (fibres, sommeil) et gadgets sans preuve. |
Qu’est-ce qui s’est vraiment passé en juin ?
La désinformation solaire capte une attention démesurée. Une équipe de l’Université de l’Alberta a analysé 971 vidéos TikTok parmi les plus vues sur la protection solaire : 86,8 % en font la promotion, et seulement 6 % la critiquent (« toxique », « bloque la vitamine D », « microplastiques »). Le problème : ces rares vidéos critiques génèrent significativement plus de likes, de partages et de commentaires que les vidéos justes. Autre angle mort : à peine 6,1 % des vidéos favorables mentionnent la prévention du cancer cutané, la plupart parlent beauté et anti-âge. À garder en tête : l’étude (publiée le 18 juin 2026 dans PLOS Digital Health) porte sur des contenus anglophones collectés en 2024. Ce n’est pas un baromètre de la France en juin, mais elle illustre bien le pouvoir d’attraction des messages contraires.
Une prise en charge encadrée des traitements anti-obésité s’ouvre. Depuis le 15 juin 2026, le sémaglutide (Wegovy) et le tirzépatide (Mounjaro) peuvent être remboursés à 65 % par l’Assurance maladie dans l’obésité sévère ou massive : traitement de seconde intention, IMC initial ≥ 40, ou ≥ 35 avec comorbidité. Pour ce remboursement, la primo-prescription est réservée à un professionnel ou une structure spécialisés dans l’obésité, et le patient présente à chaque délivrance le justificatif d’accompagnement de sa prescription (service-public.gouv.fr, juin 2026). Hors remboursement, la prescription reste possible par tout médecin dans le respect de l’AMM. Sur les réseaux, le risque est de voir cette prise en charge résumée à tort en « injection minceur gratuite » : le cadre réel est bien plus précis.
Une référence coréenne bouscule le réflexe « pharmacie française ». Pendant que le hashtag #FrenchPharmacy continue de faire venir des touristes au comptoir, une crème solaire coréenne a pris la tête des recherches des Français pour l’été (selon les consultations relevées par idealo.fr en mai 2026 : un intérêt de recherche, pas un classement de protection). Le conseil solaire reste ton terrain : filtres, indice, quantité, renouvellement, photosensibilisation. C’est souvent ce que les contenus viraux passent sous silence.
Les trends de juin, décryptées
Cinq trends documentées en juin (veilles New Engen, Epidemic Sound et Takema Studio, juin 2026), avec leur mécanique exacte et un lien pour visualiser chacune. Toutes se tournent au comptoir, avec un téléphone.
Avant de filmer, le réflexe confidentialité. Tourne hors présence de patients, idéalement avant l’ouverture ou après la fermeture. Aucun patient, aucun échange au comptoir, aucune ordonnance ni écran métier ne doit apparaître, même en arrière-plan. Pour l’équipe, recueille un accord clair, précis sur les réseaux visés et révocable à tout moment.
1. Une phrase, quatre émotions (le « Wow, okay » challenge)
La trend : une même phrase courte prononcée quatre fois d’affilée, avec un ton différent à chaque prise : bienveillant, déçu, sarcastique, théâtral. Les prises sont numérotées à l’écran et le public vote pour sa préférée en commentaire. Pas de musique : son original, un téléphone, de la lumière. À voir : le décryptage complet de la trend et une compilation d’exemples en vidéo.
La version officine : « Vous avez la carte vitale ? » décliné énervé, joyeux, triste, surpris. Une phrase que l’équipe prononce cent fois par jour, quatre émotions : la recette exacte de la trend, transposée au comptoir. La version en duo (un collègue réagit à chaque prise) performe encore mieux.
2. Le carrousel « That’s My Why »
La trend : trois photos, trois lignes de texte. La première présente une personne ou un lieu, la deuxième dit ce qui le rend spécial, la troisième conclut par « that’s my why » (« voilà pourquoi »). Format photo, texte minimal, zéro montage. À voir : la trend expliquée avec des exemples dans le guide New Engen de juin.
La version officine : trois photos du lieu et de l’équipe, sans aucun patient à l’image, tournées hors ouverture. Diapo 1 : le rideau qu’on lève à 8 h 30, l’officine encore silencieuse. Diapo 2 : les commandes du matin rangées avant l’ouverture, la vitrine refaite de frais. Diapo 3 : l’équipe au complet, légendée « Voilà pourquoi on ouvre chaque matin ». Le post le plus simple du mois, à une condition : l’accord clair de chaque personne identifiable.
3. La révélation surprise
La trend : pointer un espace vide, coupe invisible, l’objet apparaît dans le plan suivant comme par magie. La surprise visuelle pousse au replay, et le montage est à la portée de tous : deux plans fixes, une coupe. À voir : des exemples en vidéo sur la veille Epidemic Sound.
La version officine : le comptoir vide qui se « remplit » d’une trousse de voyage complète, ou la vitrine solaire montée en un claquement de doigts. Le reveal met un objet en vedette : garde-le pour un objet du quotidien ou un réflexe de bon usage, sans ériger un médicament précis en argument promotionnel.
4. La transformation express de fin de journée (« How Fast I Get Unready »)
La trend : filmer sa transformation express du mode « présentable » au mode confort, en accéléré. Tout le monde vit ce moment, personne ne le filmait : le spectateur se reconnaît instantanément. À voir : la trend expliquée en détail, avec ses adaptations par secteur, sur la veille Takema Studio.
La version officine : la fermeture du samedi soir en accéléré : la blouse pliée, le rideau baissé, les lumières éteintes une par une, et l’équipe qui souffle enfin. Utilise un son original ou un son autorisé pour un usage commercial sur la plateforme (les comptes professionnels n’ont pas accès à toute la musique grand public). Un contenu purement humain, sans aucun produit à l’image : c’est le genre de vidéo que préparateurs et pharmaciens s’envoient entre eux, et qui circule très bien d’officine en officine.
5. Le carrousel présentation « trop honnête »
La trend : un carrousel photo qui enchaîne deux présentations flatteuses et stéréotypées (« mon copain travaille dans la tech… ») avant une troisième diapo brutalement honnête. Le contraste fait le rire. À voir : des exemples sur la même veille Epidemic Sound.
La version officine : deux diapos fières et véridiques (« Notre officine : le conseil avant tout », « Une équipe qui se tient à jour toute l’année »), puis la diapo honnête que toute la profession reconnaîtra : « Et un logiciel qui choisit toujours le samedi matin, en pleine affluence, pour planter ». L’autodérision porte sur le quotidien du métier, jamais sur les patients.
Par où commencer ? La sélection du mois
Si ton équipe ne doit en tourner qu’une, c’est la phrase en quatre émotions : une seule réplique à jouer (« Vous avez la carte vitale ? »), aucun décor à préparer, quatre coupes au montage. C’est le meilleur rapport simplicité/impact du mois, et le format pardonne tout : surjouer fait partie du jeu.
Si personne n’est à l’aise face caméra, le carrousel « That’s My Why » est l’option sans vidéo : trois photos de l’officine, trois phrases, publiable tel quel sur Instagram et Facebook. Dans tous les cas, deux règles avant de publier : uniquement des membres de l’équipe consentants à l’image, et jamais de patient reconnaissable ni d’ordonnance lisible dans le champ.
Le bonus repéré au comptoir : le quiz au tampon
Le format : deux membres de l’équipe face caméra (pharmacien contre préparateur, par exemple), et une troisième voix hors champ qui pose des questions de pharmacie : « la DCI de ce médicament ? », « un médicament qui commence par la lettre Y ? », « le prix d’une boîte de paracétamol ? ». Le buzzer fait tout le sel du format : un tampon encreur, et le premier qui tamponne sa feuille prend la main. Trente secondes à une minute, très présent sur les comptes de pharmacie français sur Instagram et TikTok.
Pourquoi ça marche : la compétition bon enfant entre collègues, le suspense du buzzer, et le spectateur qui joue en même temps puis compare son score en commentaire. Le tampon, objet du quotidien officinal, rend le format immédiatement identifiable.
Le garde-fou : on reste dans le pédagogique et le bon usage ; le format sert à valoriser les connaissances de l’équipe, pas à mettre en avant un médicament à des fins promotionnelles.
Six hooks à piocher, avec ce qu’il y a derrière le comptoir
Le hook, c’est la première seconde et demie : ce qui décide si on reste ou si on scrolle. Six ouvertures qui n’utilisent que le matériel de l’officine :
- Le tiroir de colonne ouvert d’un coup sec, plein cadre : le geste du métier, reconnaissable instantanément.
- La pluie de boîtes vides qui tombe sur le comptoir face caméra, avant le premier mot.
- Le triple bip de la douchette en rythme, comme un compte à rebours sonore, puis la question du jour.
- Le coup de tampon plein écran qui claque : parfait pour lancer le quiz ci-dessus ou ponctuer un vrai/faux.
- La liste texte affichée dès la première image (« 1. Sortir en plein été sans SPF… ») : le hook « à reconnaissance », chacun se sent visé et reste pour la suite de la liste.
- « POV : il est 18 h 59 » en texte sur un rideau à moitié baissé : l’heure que toutes les équipes connaissent.
Dans tous les cas : le mouvement ou le son d’abord, la parole ensuite, et des sous-titres dès la première seconde, parce que la majorité des vidéos se regardent sans le son.
Et à l’étranger, qu’est-ce qui inspire ?
Aux États-Unis, certains pharmaciens créateurs très suivis (comme Phil Cowley, environ 1,5 million d’abonnés Instagram selon Feedspot, 2026) misent sur un décor reconnaissable, un ton léger et une seule idée par vidéo. Autre format qui voyage, le « day in the life » d’officine en accéléré, des États-Unis à la Corée. Garde la mécanique, pas le copier-coller : en France, le contenu doit rester compatible avec la déontologie, le secret professionnel et les règles de publicité. Avant de t’en inspirer, vérifie toujours les chiffres d’audience et les contenus sources.
La trend à ne pas suivre : les médicaments stars de TikTok
⚠️ La tentation du mois : surfer sur les médicaments qui buzzent, comme les GLP-1 présentés en « injection minceur » ou l’isotrétinoïne détournée à des fins esthétiques. L’ANSM a précisément alerté, le 12 mars 2026, contre la promotion de l’isotrétinoïne pour « affiner le nez » : risques graves, aucune efficacité esthétique. Même sous couvert d’humour, un médicament sur prescription ne doit jamais devenir un produit d’appel, un décor promotionnel ou le ressort d’une tendance.
Depuis le décret n° 2026-156 (en vigueur le 6 mars 2026), l’officine peut communiquer sur tous les supports, mais cette liberté reste encadrée : information sanitaire scientifiquement étayée, communication loyale et honnête, sans témoignages de tiers ni comparaison avec d’autres officines, et publicité des médicaments soumise à des règles spécifiques. En clair, dans un post : pas de médicament sur ordonnance en vedette, pas de promotion, et pas de lien entre une information sur un médicament et une publicité pour l’officine.
Les questions qui reviennent
Une pharmacie a le droit de publier sur TikTok ou Instagram ?
Oui. Depuis le 6 mars 2026 (décret n° 2026-156), le pharmacien peut communiquer par tout moyen, réseaux sociaux compris. La communication doit rester loyale et honnête, scientifiquement étayée lorsqu’elle porte sur la santé, sans témoignages de tiers ni comparaison avec d’autres officines.
Peut-on parler d’un médicament dans une vidéo ?
Une information de santé neutre et sourcée, oui, tout comme un conseil de bon usage. En revanche, une vidéo ne doit pas transformer un médicament en produit d’appel, en promesse de résultat ou en argument de vente. Pour les médicaments relevant du monopole, des règles de publicité spécifiques s’ajoutent.
Faut-il être présent sur toutes les plateformes ?
Non. Un seul réseau tenu avec régularité vaut mieux que trois comptes à l’abandon. Le bon choix dépend de ta patientèle : Facebook pour l’information locale et les horaires, Instagram et TikTok pour la pédagogie en vidéo courte.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie
Les trends passent, la mécanique reste : montrer le métier, glisser un vrai conseil par vidéo, ne jamais mettre un médicament en vitrine. L’étude du mois le confirme : ce qui buzze n’est pas ce qui informe. C’est précisément pour ça qu’une équipe officinale qui publie régulièrement, même modestement, rend un service que l’algorithme ne rend pas.
Sources
- Marcon A. et al., « Sunscreen is overwhelmingly promoted on TikTok, but content with misinformation exhibits proportionally high levels of audience interaction », PLOS Digital Health, 18 juin 2026 (données anglophones collectées en 2024), consulté le 2 juillet 2026.
- service-public.gouv.fr, « Deux médicaments contre l’obésité remboursés depuis le 15 juin », juin 2026, consulté le 2 juillet 2026.
- Assurance maladie (ameli.fr), prise en charge médicamenteuse de l’obésité et justificatif d’accompagnement, consulté le 2 juillet 2026.
- Décret n° 2026-156 du 3 mars 2026 modifiant le code de déontologie des pharmaciens, Légifrance (en vigueur le 6 mars 2026), consulté le 2 juillet 2026.
- ANSM, alerte sur les usages détournés de l’isotrétinoïne à des fins esthétiques, 12 mars 2026, consulté le 2 juillet 2026.
- Top Santé, « Pour l’été 2026, la crème solaire préférée des Français est… », 19 juin 2026 (estimation idealo.fr, mai 2026 : intérêt de recherche), consulté le 2 juillet 2026.
- Veilles de formats TikTok, juin 2026 : Thicket Trends, New Engen, Epidemic Sound et Takema Studio, consultées le 2 juillet 2026.
- Feedspot, « Top Pharmacist Influencers on Instagram 2026 » (estimation d’audience, à vérifier), consulté le 2 juillet 2026.
Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.