
« La pharmacie d’en face poste des réels avec une mascotte licorne. Et nous, on a le droit de faire quoi, exactement ? Parce que j’ai une idée de vidéo avec le tensiomètre… »Sam, préparateur · mardi 14 h 30
Bonne nouvelle pour Sam : depuis le 6 mars 2026, le nouveau code de déontologie des pharmaciens (décret n° 2026-156 du 3 mars 2026, JO du 5 mars) a remplacé des règles écrites avant Instagram. L’information au public est désormais largement facilitée, y compris sur les réseaux sociaux, dans le respect du tact et de la mesure ; la publicité en faveur de l’officine devient possible mais reste encadrée, et la promotion du médicament demeure interdite. Voici la ligne de partage, exemples à l’appui.
Ce qui a changé le 6 mars 2026
C’est la première refonte complète du code depuis son intégration au code de la santé publique en 1995. Les anciens articles R. 4235-1 et suivants (interdiction de « solliciter la clientèle », publicité quasi bannie) sont intégralement remplacés. Le nouveau texte :
- définit enfin ce qui relève de l’information et ce qui relève de la publicité ;
- reconnaît les outils numériques (sites, réseaux sociaux) comme canaux légitimes de communication ;
- autorise la publicité en faveur de l’officine, y compris via un groupement, à condition qu’elle soit honnête, loyale, conforme à la dignité de la profession, et qu’elle reste accessoire par rapport à l’information sanitaire ;
- maintient les fondamentaux : secret professionnel, tact et mesure, indépendance, primauté de la santé publique.
Information ou publicité ? La distinction qui commande tout
Tout le nouveau régime tient dans cette paire de définitions :
- L’information : un message « dépourvu de caractère publicitaire », à visée éducative, sanitaire ou sociale, scientifiquement étayé, formulé avec tact et mesure. C’est la voie royale, très largement ouverte.
- La publicité : « tout procédé par lequel le pharmacien assure auprès du public la promotion, à des fins commerciales, de son activité, de son établissement ou des produits qu’il propose à la vente ». Elle est permise pour l’officine et les produits hors monopole, encadrée partout, et la promotion du médicament reste interdite.
Avant de poster, pose-toi donc une seule question : est-ce que j’informe, ou est-ce que je pousse à l’achat ? La réponse détermine le régime applicable.
Ce que ton officine peut publier désormais
- Ton équipe : visages, fonctions, diplômes, spécialisations (orthopédie, dermo, véto…), pour éclairer le libre choix du patient.
- Tes services et missions : vaccination sans rendez-vous, TROD angine, entretiens pharmaceutiques, téléconsultation, horaires, gardes.
- De la prévention et du bon usage : vidéos pédagogiques, carrousels « idées reçues », relais des campagnes de santé publique, tant que c’est étayé et mesuré.
- La vie de l’officine : coulisses, recrutement, travaux, nouveau rayon (hors médicament).
- Ta présence en ligne : fiche Google complète, annuaires, site, communication de ton groupement.
- La parapharmacie (hors monopole) : offres et programmes de fidélité possibles, dans le respect du code de la consommation, et sans jamais y mêler le médicament.
Les 5 interdits qui demeurent
- Promouvoir un médicament. Aucun post promotionnel, aucun « envoi groupé d’informations tarifaires ou promotionnelles » (mailing, story sponsorisée, tract numérique) portant sur des médicaments.
- Inciter à la consommation. Pas de « -20 % », pas de « 2 achetés, 1 offert », pas de mise en scène poussant à consommer un médicament, même d’automédication.
- Fidéliser sur le médicament. Points, cagnottes, cadeaux et parrainages sont réservés au hors-monopole.
- Faire apparaître les patients. Témoignages, avis mis en scène, photos ou stories où quelqu’un est reconnaissable : le secret couvre « ce qui a été confié, vu, entendu ou compris ». Il s’applique plein pot sur TikTok.
- Dénigrer ou se comparer. Pas de « moins cher que », pas de pique aux confrères ni aux prescripteurs, rien de trompeur.
Et au-dessus de tout : tact et mesure, dignité de la profession. C’est le filtre final de chaque publication, et le critère qu’appliqueront les chambres de discipline.
Le test en situations réelles
| Le post envisagé | Verdict |
|---|---|
| Réel « comment utiliser ton spray nasal sans t’arracher le nez » | Autorisé : Information pédagogique |
| Story « bienvenue à Léa, notre nouvelle préparatrice » | Autorisé : Vie de l’équipe |
| Carrousel « 5 idées reçues sur les antibiotiques » | Autorisé : Prévention étayée |
| « Vaccination grippe sans rendez-vous ce samedi » | Autorisé : Service proposé |
| Jeu concours « coffret solaire à gagner » | Autorisé sous conditions : Hors monopole, code conso à respecter |
| « -30 % sur le paracétamol ce week-end » | Interdit : Promotion d’un médicament |
| Trend filmée au comptoir, patiente visible en arrière-plan | Interdit : Secret professionnel |
| « La pharmacie la moins chère du quartier » | Interdit : Comparaison déloyale |
| Repost d’un avis 5 étoiles avec le prénom du patient | Interdit : Témoignage + secret |
Trois garde-fous avant de lancer (ou relancer) le compte
- Une charte interne d’une page : qui filme, qui poste, qui valide ; la responsabilité déontologique reste celle du pharmacien.
- Le test des trois questions avant chaque publication : info ou promo ? un patient est-il identifiable ? est-ce digne de la profession ?
- Une veille sur les recommandations de l’Ordre : le nouveau code donne au CNOP le pouvoir d’émettre des recommandations interprétatives, et un guide commenté est annoncé. Les premières décisions disciplinaires dessineront la jurisprudence. Cet article sera mis à jour.
Les questions qui reviennent
L’humour, c’est compatible avec la déontologie ?
Oui. C’est même ce qui fait vivre les meilleurs comptes de pharmaciens. La limite est claire : on rit des situations, jamais des patients, et on ne dramatise pas un sujet de santé pour faire des vues.
Un préparateur peut-il tenir le compte de l’officine ?
Oui, et c’est souvent une excellente idée. Mais la responsabilité déontologique des contenus reste celle du titulaire : prévois une validation avant publication.
Je peux répondre aux avis Google ?
Oui, mais sans jamais confirmer qu’une personne fréquente l’officine ni évoquer sa situation, même si elle en parle elle-même publiquement. On prépare un article dédié avec des modèles de réponses.
Et collaborer avec un influenceur qui recommanderait ma pharmacie ?
Terrain glissant : la promotion par un tiers reste de la publicité, et le témoignage à visée promotionnelle reste proscrit. En l’absence de recommandations du CNOP sur ce point, abstiens-toi.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie
Le verrou a sauté, pas la boussole. Informe autant que tu veux : équipe, missions, prévention. Vends ce qui se vend : la parapharmacie, jamais le médicament. Et relis chaque post en te demandant qui pourrait s’y reconnaître : le secret professionnel ne prend pas de vacances sur TikTok.
Sources
- Légifrance, Décret n° 2026-156 du 3 mars 2026 modifiant le code de déontologie des pharmaciens (JO du 5 mars 2026), consulté le 18 juin 2026.
- Ordre national des pharmaciens, Le code de déontologie, consulté le 18 juin 2026.
- Vidal, Publication du nouveau code de déontologie des pharmaciens, consulté le 18 juin 2026.
- URPS Pharmaciens Grand Est, Votre code de déontologie se modernise (mémo du 12 mars 2026), consulté le 18 juin 2026.
- Le Moniteur des pharmacies, Nouveau code de déontologie : ce qui change dès maintenant, consulté le 18 juin 2026.
Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.
Repères pour professionnels : vérifier le code de déontologie en vigueur et les recommandations de l’Ordre national des pharmaciens.