
« Une patiente pose une lettre de l’ANSM sur le comptoir, blême : “C’est ma pilule depuis huit ans. Je fais quoi, j’arrête ce soir ?” »Sam, préparateur · un mardi de septembre
Non, elle n’arrête pas ce soir. Le 10 septembre 2026, l’ANSM a annoncé l’envoi, dans les jours suivants, d’un courrier nominatif à environ 1,6 million de femmes qui ont eu une prescription remboursée de désogestrel 75 µg au cours des douze derniers mois. Ce courrier informe d’un risque très faible de méningiome, estimé à un cas supplémentaire opéré pour 67 000 utilisatrices : ce sur-risque augmente avec la durée d’utilisation et n’est plus observé un an après l’arrêt. Il ne demande ni arrêt, ni rendez-vous en urgence, ni IRM systématique. Ce qu’il demande, c’est une discussion à la prochaine consultation. Au comptoir, ton rôle tient en trois gestes : rassurer avec les vrais chiffres, ne jamais faire arrêter une contraception sans relais, et connaître les signes qui justifient une consultation rapide.
Ce qui s’est passé, dans l’ordre
Le dossier n’est pas nouveau, et c’est important à dire aux patientes qui découvrent le mot « méningiome » dans leur boîte aux lettres.
| Date | Ce qui a été publié |
|---|---|
| 19 décembre 2024 | Résultats de l’étude Epi-Phare (Assurance maladie et ANSM) sur les progestatifs en contraception orale : très faible augmentation du risque avec le désogestrel en usage prolongé, aucune augmentation avec le lévonorgestrel, seul ou combiné. |
| 2025 | Publication de l’étude dans le BMJ ; recommandations de suivi de l’ANSM. |
| 6 au 9 juillet 2026 | Le comité de pharmacovigilance européen (PRAC) recommande d’ajouter le méningiome au RCP de tous les contraceptifs au désogestrel et à l’étonogestrel : nouvelle contre-indication, mise en garde, effet indésirable de fréquence indéterminée. |
| Août 2026 | Courrier aux professionnels de santé (DHPC) diffusé en France par les laboratoires, validé par l’ANSM. |
| Début septembre 2026 | Courrier nominatif de l’ANSM et de l’Assurance maladie aux prescripteurs, avec la liste de leurs patientes concernées. Le 10 septembre, l’ANSM annonce l’envoi aux femmes majeures concernées, dans les jours suivants, avec une page de questions-réponses. |
Les chiffres exacts à avoir en tête
Les patientes arrivent avec des titres de presse. Voici ce que dit l’ANSM, à citer tel quel.
| Situation | Ce que disent l’étude Epi-Phare et l’ANSM |
|---|---|
| Toute utilisatrice de désogestrel 75 µg, quelle que soit la durée | Un cas supplémentaire de méningiome intracrânien opéré pour 67 000 femmes exposées (67 300 dans le chiffrage européen). |
| Au-delà de 5 ans d’utilisation | Risque multiplié par 1,7 : un cas supplémentaire de méningiome opéré pour 17 000 femmes exposées plus de 5 ans. |
| Au-delà de 7 ans | Risque multiplié par 2. |
| Femmes de plus de 45 ans | Le sur-risque apparaît dès la première année d’utilisation. |
| Exposition, dans les six années précédentes, à un progestatif déjà connu pour ce risque (acétate de cyprotérone, de nomégestrol, de chlormadinone, médrogestone, médroxyprogestérone, promégestone) | Le risque devient significatif dès la première année de désogestrel, multiplié par 3,3. |
| Après l’arrêt | Le sur-risque n’est plus observé un an après l’arrêt. |
| Comparaison | Un risque « très inférieur à celui observé avec les macroprogestatifs » selon le courrier de l’ANSM aux prescripteurs : rien à voir avec l’acétate de cyprotérone. |
Ces deux chiffres comptent des méningiomes intracrâniens opérés sur la période d’étude 2020-2023 : ce sont des moyennes de population, pas un risque annuel individuel. Le facteur 3,3 vaut pour toute exposition antérieure à l’un de ces progestatifs dans les six années précédentes, sans durée minimale ; le seuil de plus d’un an sert ailleurs, à décider d’une IRM à l’instauration. Le méningiome est une tumeur des méninges le plus souvent bénigne (neuf méningiomes opérés sur dix dans l’étude), mais qui peut nécessiter une chirurgie et laisser des séquelles. La très grande majorité des utilisatrices n’en développeront jamais : c’est la phrase de l’ANSM, et c’est celle à répéter.
Ce qui change dans le RCP et la notice
À la suite du PRAC de juillet 2026, l’EMA et l’ANSM ont annoncé la mise à jour de l’information produit de tous les contraceptifs au désogestrel et à l’étonogestrel (le désogestrel est métabolisé en étonogestrel). Le courrier aux professionnels d’août 2026 fait foi : à la publication de cet article, la base de données publique des médicaments affiche encore, pour plusieurs de ces spécialités, un RCP sans la contre-indication. Ce qui change :
- Contre-indication en cas de méningiome actuel ou d’antécédent de méningiome. C’est la nouveauté qui engage la délivrance : une patiente qui te dit avoir été opérée d’un méningiome ne doit pas repartir avec sa boîte sans appel au prescripteur.
- Mise en garde : avant d’initier, le prescripteur doit compter les expositions antérieures aux progestatifs associés au méningiome : cyprotérone, chlormadinone, nomégestrol, médrogestone, médroxyprogestérone, promégestone (plus commercialisée).
- Surveillance des signes évocateurs pendant le traitement, et arrêt impératif si un méningiome est diagnostiqué.
- Effet indésirable ajouté avec une fréquence « indéterminée ».
Les produits concernés par cette mise à jour : les pilules au désogestrel 75 µg seul (Antigone, Cerazette, Elfasette, Optimizette et leurs génériques), les pilules combinées désogestrel et éthinylestradiol (Desobel, Mercilon, Varnoline, Varnoline continu et génériques), l’implant à l’étonogestrel (Nexplanon) et les anneaux vaginaux étonogestrel et éthinylestradiol (Nuvaring, Etoring et générique). Les marques sont citées ici parce qu’elles figurent dans les courriers que les patientes t’apportent.
Qui reçoit le courrier, et qui ne le reçoit pas
- Reçoivent un courrier nominatif : les femmes majeures ayant eu une prescription remboursée de désogestrel 75 µg seul au cours des douze derniers mois. Les envois ont démarré dans les jours qui ont suivi le 10 septembre.
- Ne le reçoivent pas : les utilisatrices d’implant, d’anneau ou de pilule combinée au désogestrel. Le risque n’a pas été étudié directement chez elles ; leur RCP est mis à jour, mais elles ne sont pas ciblées par l’envoi. Une patiente sous Nexplanon qui n’a rien reçu n’a pas été « oubliée ».
- Les prescripteurs, environ 90 000 médecins selon l’AFP qui relaie le point presse de l’ANSM, ont reçu début septembre un courrier avec la liste nominative de leurs patientes concernées et les consignes de réévaluation.
Ce que l’ANSM demande aux prescripteurs
Connaître les consignes données aux médecins et aux sages-femmes t’évite de dire l’inverse au comptoir.
- Informer chaque patiente du risque, et réévaluer chaque année le bien-fondé de la contraception, jusqu’à la ménopause, en fonction de l’âge, des traitements antérieurs, des antécédents et du mode de vie.
- Après 45 ans, réévaluer la pertinence du maintien du désogestrel. Le courrier ajoute deux rappels utiles : éviter un relais par une association estroprogestative à cet âge (risque thromboembolique), et ne jamais utiliser le désogestrel comme traitement hormonal de la ménopause (il n’a qu’une AMM en contraception).
- IRM cérébrale réservée à deux situations : signes évocateurs de méningiome, ou instauration d’un désogestrel chez une femme exposée plus d’un an, par le passé, à un progestatif à risque (recommandations d’octobre 2023). Pas d’IRM systématique.
Au comptoir : ce que tu dis, ce que tu ne fais pas
- Tu délivres le renouvellement normalement. Aucune attestation n’est exigée, contrairement aux macroprogestatifs soumis à l’attestation annuelle cosignée. Le courrier de l’ANSM ne crée aucune formalité supplémentaire ; la contre-indication, elle, vient du RCP (point 6).
- Tu ne conseilles jamais d’arrêter. Un arrêt sans relais expose à une grossesse non désirée dès les jours qui suivent : l’ovulation peut reprendre rapidement. Le choix de poursuivre ou de changer se fait avec le prescripteur, selon l’âge, la durée et les antécédents. Des alternatives existent (le lévonorgestrel, seul ou combiné, n’est pas associé au risque dans l’étude ; le DIU au cuivre ne contient pas d’hormone et sort du champ de cette étude sur les contraceptifs oraux), mais c’est au prescripteur de trancher, pas au comptoir. Une seule exception ne se décide pas au comptoir : si un méningiome est diagnostiqué, le traitement doit être arrêté et le relais organisé par le prescripteur.
- Tu donnes la phrase qui remet à l’échelle. « Ce courrier est une information envoyée à 1,6 million de femmes. Il ne dit pas que vous avez un problème. Le risque est très faible, il n’est plus mesuré un an après l’arrêt, et la question se pose tranquillement au prochain rendez-vous. »
- Tu poses la question qui compte : « Avez-vous déjà pris Androcur (cyprotérone), Lutéran (chlormadinone), Lutényl (nomégestrol), Colprone (médrogestone), Depo-Provera (médroxyprogestérone) ou Surgestone (promégestone, retirée du marché) ? Et pendant combien de temps ? » C’est le facteur qui change le raisonnement du prescripteur : toute exposition antérieure compte pour le risque, et au-delà d’un an elle justifie une IRM si un désogestrel est instauré. L’historique du dossier pharmaceutique ne remonte pas assez loin pour retrouver un traitement d’il y a cinq ans : la réponse vient de la patiente, et tu l’invites à la donner à son médecin.
- Tu connais les signes qui font consulter sans attendre : maux de tête persistants ou qui s’aggravent, troubles de la vision (vision double ou floue), baisse d’audition ou acouphènes, perte d’odorat, troubles de la mémoire, du langage ou de l’équilibre, faiblesse d’un bras ou d’une jambe, crise d’épilepsie nouvelle. Là, on oriente vers le médecin, qui décidera d’une imagerie.
- Une seule situation bloque la délivrance dans ce dossier : la patiente qui te dit avoir ou avoir eu un méningiome. Contre-indication nouvelle, appel au prescripteur avant délivrance.
- Tu déclares tout méningiome survenu sous progestatif sur le portail de signalement des événements sanitaires indésirables (signalement.social-sante.gouv.fr). L’étude française, elle, repose sur les données de remboursement et d’hospitalisation du Système national des données de santé : les deux voies se complètent.
Le récap au comptoir
| La situation | Le réflexe |
|---|---|
| Renouvellement de désogestrel, patiente inquiète après le courrier | Délivrance normale, chiffres exacts, pas d’arrêt seule, sujet à aborder au prochain rendez-vous. |
| Patiente qui veut arrêter aujourd’hui | Expliquer le risque de grossesse, proposer d’appeler ou de prendre rendez-vous rapidement avec le prescripteur pour organiser un relais. Ne pas laisser partir sans protection ni plan. |
| Antécédent de cyprotérone, chlormadinone, nomégestrol, médrogestone, médroxyprogestérone ou promégestone (Androcur, Lutéran, Lutényl, Colprone, Depo-Provera, Surgestone) | Information à transmettre au prescripteur, avec la durée : au-delà d’un an, l’ANSM recommande une IRM à l’instauration d’un désogestrel. |
| Plus de 45 ans, désogestrel depuis des années | Délivrance normale, mais la réévaluation annuelle prend un sens particulier : encourager le rendez-vous. |
| Méningiome actuel ou passé | Contre-indication : pas de délivrance en l’état, appel au prescripteur. |
| Signes neurologiques ou visuels nouveaux | Consultation médicale rapide, sans dramatiser. |
À retenir
- Information, pas alerte individuelle : recevoir le courrier ne signifie ni avoir un méningiome ni présenter un risque élevé.
- Un cas supplémentaire pour 67 000 femmes, un pour 17 000 au-delà de 5 ans, sur-risque qui n’est plus observé un an après l’arrêt.
- Trois nouveautés dans le RCP : contre-indication si méningiome, comptage des progestatifs antérieurs, surveillance des signes.
- Aucune formalité de délivrance supplémentaire, à la différence des macroprogestatifs, mais une contre-indication nouvelle en cas de méningiome actuel ou passé.
- Jamais d’arrêt conseillé au comptoir : le relais se décide avec le prescripteur.
Les questions qui reviennent
Elle a 30 ans, elle prend du désogestrel depuis deux ans et n’a jamais pris d’autre progestatif : elle est à risque ?
C’est le profil le moins concerné. Dans l’étude, le sur-risque apparaît à partir de 5 ans d’utilisation et chez les femmes de 45 ans et plus ; en dessous, aucune augmentation significative n’a été mise en évidence. Absence de signal mesuré ne veut pas dire risque nul, et c’est exactement ce qu’il faut dire : « Dans votre situation, l’étude ne montre pas d’augmentation du risque. Le sur-risque apparaît au-delà de 5 ans, et il n’est plus mesuré un an après l’arrêt. Parlez-en au prochain rendez-vous, sans urgence. »
Sa fille de 17 ans est sous désogestrel et n’a rien reçu : c’est normal ?
Oui, l’ANSM n’a écrit qu’aux femmes majeures. L’information vaut pour elle aussi, avec les mêmes conclusions : pas d’arrêt, discussion au prochain rendez-vous. Le sur-risque n’a pas été mis en évidence sur des durées courtes chez les jeunes femmes.
L’implant Nexplanon est concerné ?
Le RCP de l’implant et de l’anneau est concerné par la même mise à jour (même contre-indication, mêmes mises en garde), parce que le désogestrel est métabolisé en étonogestrel. Mais le risque n’a pas été étudié directement chez ces utilisatrices, et elles ne reçoivent pas le courrier nominatif. Même conduite : pas de retrait précipité, discussion avec le prescripteur.
Faut-il qu’elle demande une IRM ?
Non, sauf signes évocateurs ou instauration d’un désogestrel après plus d’un an d’un progestatif à risque. L’ANSM écrit noir sur blanc aux prescripteurs de réserver l’IRM de dépistage à ces deux situations.
Et le lévonorgestrel, il est « safe » ?
L’étude Epi-Phare n’a mis en évidence aucune augmentation du risque de méningiome avec le lévonorgestrel, seul ou combiné à l’éthinylestradiol. Ce n’est pas un argument pour switcher au comptoir : le choix d’une contraception tient à bien d’autres paramètres, et il appartient au prescripteur.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie
Le danger de cette semaine, ce n’est pas le méningiome, c’est l’arrêt sauvage. L’enjeu au comptoir est d’informer sans provoquer d’interruption de contraception non accompagnée : ni le méningiome ni la grossesse non désirée ne se minimisent. Ta valeur ajoutée tient en une question et une phrase : « Avez-vous déjà pris un autre progestatif à risque, et combien de temps ? » et « On n’arrête rien ce soir, on en parle au rendez-vous. »
Sources
- ANSM, « Contraception à base de désogestrel et risque de méningiome : questions-réponses » (10 septembre 2026), consulté le 16 septembre 2026.
- ANSM, « L’ANSM diffuse une lettre personnalisée pour informer les femmes du très faible risque de méningiome associé à la contraception à base de désogestrel » (10 septembre 2026), consulté le 16 septembre 2026.
- ANSM, courrier aux professionnels de santé prescripteurs de désogestrel 75 µg (septembre 2026) : chiffres de l’étude, consignes de réévaluation et indications de l’IRM, consulté le 16 septembre 2026.
- Agence européenne des médicaments, points clés de la réunion du PRAC des 6 au 9 juillet 2026 : désogestrel et étonogestrel, nouvelle contre-indication et mise à jour de l’information produit, consulté le 16 septembre 2026.
- ANSM, information de sécurité « Contraceptifs à base de désogestrel et d’étonogestrel : risque de méningiome et mesures pour minimiser le risque » (11 août 2026), consultée le 16 septembre 2026.
- Ordre national des pharmaciens, « Retour d’information sur le PRAC de juillet 2026 », consulté le 16 septembre 2026.
- ANSM, « De nouvelles données sur le risque de méningiome associé à la prise de progestatifs en contraception orale » (19 décembre 2024, mise à jour le 20 mars 2025) : absence d’association pour le lévonorgestrel, consulté le 16 septembre 2026.
- Vidal, « Désogestrel et risque très faible de méningiome : le courrier de l’ANSM et ses recommandations » (10 septembre 2026), consulté le 16 septembre 2026.
- Euronews avec AFP, « Contraceptifs au désogestrel : 1,6 million de femmes alertées » (10 septembre 2026) : nombre de prescripteurs informés, consulté le 16 septembre 2026.
Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.