Stagiaire de 6e année : ce que l’officine avance, ce que la CPAM rembourse

« Ma titulaire a dit oui au stagiaire en juin, quand la gratification tournait autour de 680 €. Elle a découvert le nouveau montant sur la première paie de septembre. »Sam, préparateur · une fin de mois

La réforme du troisième cycle des études de pharmacie entre en vigueur cette rentrée, et elle change deux chiffres d’un coup : ce que l’officine verse au stagiaire de 6e année, et ce que l’Assurance maladie lui rembourse. Un arrêté du 31 juillet 2026, publié au Journal officiel du 1er août et applicable depuis le 1er septembre, fixe le second. Voici le calcul complet, la condition qui peut tout annuler, et le piège de trésorerie.

Ce que l’officine verse : 1 114 € bruts par mois

La gratification a été fixée par l’accord de branche du 19 janvier 2026 relatif à l’accueil des stagiaires, étendu par arrêté du 3 juillet 2026 (Journal officiel du 9 juillet). Son texte est explicite : la gratification versée aux étudiants préparant le DES de pharmacie officinale est fixée à 1 114 euros bruts par mois de stage, et elle s’applique à chacun des deux stages du cursus.

Deux précisions qui évitent les mauvaises surprises : c’est un forfait mensuel brut, qui ne se recalcule pas selon le nombre de jours ouvrés ou de jours de cours ; et la prise en charge des transports reste distincte, elle n’est pas incluse dans ce montant.

Sur un stage de six mois à temps plein, l’officine verse donc 6 684 € bruts, avancés mois après mois, auxquels s’ajoutent les cotisations patronales dues sur la fraction dépassant le minimum légal. Pour mémoire, ce minimum légal était de 4,50 € par heure en 2026, soit environ 682,52 € pour 151,67 heures : la marche est haute pour une petite structure, et elle tombe pile quand la trésorerie de rentrée est déjà sollicitée.

Ce que la CPAM rembourse : 3 537 € cette année

C’est l’objet de l’arrêté du 31 juillet 2026. Pour la seule année universitaire 2026-2027, la compensation prend la forme d’un forfait de 3 537 € par stage de six mois effectué intégralement, sur une base de référence de 910,02 heures (soit six fois 151,67 heures mensuelles).

Quelques précisions qui comptent :

  • Le forfait ne dépend ni du chiffre d’affaires, ni de l’effectif, ni de la zone d’implantation de l’officine.
  • En cas d’absence du stagiaire ne donnant pas lieu au maintien de la gratification, le montant est réduit au prorata des heures non gratifiées.
  • Le dispositif concerne les pharmacies d’officine, les pharmacies mutualistes et celles des sociétés de secours minières.
  • À partir de 2027-2028, le forfait laisse place au calcul mensuel prévu par l’arrêté : gratification brute réellement versée (retenue dans la limite de 1 114 €, majorée des cotisations patronales) moins la gratification minimale légale, soit 15 % du plafond horaire de la sécurité sociale. Le forfait de cette année est donc une mesure de transition, pas un régime installé.
Ce qui bouge Avant Rentrée 2026-2027
Gratification mensuelle versée au stagiaire Minimum légal : 682,52 € pour 151,67 heures 1 114 € bruts par mois, transports en sus
Compensation versée à l’officine Aucune 3 537 € forfaitaires pour 6 mois
Moment du versement Sans objet Par la CPAM, au terme du stage, sur dossier
Régime applicable ensuite Sans objet Différentiel mensuel à partir de 2027-2028

Montants issus de l’arrêté du 31 juillet 2026 et de l’accord de branche du 19 janvier 2026 étendu le 3 juillet 2026.

La condition qui peut tout annuler

Le point à vérifier avant de signer la convention : le pharmacien qui encadre le stagiaire, titulaire ou adjoint, doit disposer de l’agrément de maître de stage délivré par décision du directeur général de l’ARS. Sans agrément, pas de compensation, alors que la gratification, elle, reste due. C’est la seule vraie ligne de rupture du dispositif, et elle se règle en amont, pas en janvier.

Le dossier à monter pour être payé

Le versement n’est pas automatique. Le responsable de la structure d’accueil adresse à sa CPAM un formulaire de demande conforme au modèle annexé à l’arrêté, accompagné :

  • des fiches de paie éditées pendant la durée du stage ;
  • de la convention de stage signée et de l’attestation de stage ;
  • de la copie de l’agrément de maître de stage.

Pour un stage hors académie, il faut y ajouter l’accord du directeur de l’UFR autorisant le stage et celui de l’ARS. Le conseil pratique tient en une phrase : ouvre le dossier le jour où le stagiaire arrive, pas le jour où il part. Les fiches de paie s’accumulent au fil de l’eau, l’attestation se signe à la fin, et le reste se perd si personne ne s’en occupe.

Le vrai sujet : la trésorerie et le temps d’encadrement

L’officine avance six mois de gratification et perçoit la compensation après la fin du stage. Le calcul de première approche est simple : 6 684 € bruts versés, moins 3 537 € remboursés, soit un reste à charge direct d’environ 3 150 €, auquel s’ajoutent les cotisations patronales sur la fraction soumise et l’éventuelle prise en charge des transports. Ce n’est pas un chiffre officiel, c’est un ordre de grandeur budgétaire, et il ne compte pas le temps d’encadrement, qui est la vraie dépense invisible d’un stage réussi.

Ce n’est pas un argument contre l’accueil d’un stagiaire, au contraire : un étudiant de 6e année bien encadré est autonome sur une partie du comptoir en quelques semaines, et c’est le meilleur canal de recrutement qui existe dans un métier en tension. C’est un argument pour budgéter le stage comme un recrutement, et non comme un coup de main gratuit.

À retenir

  • Gratification fixée à 1 114 € bruts par mois par l’accord de branche du 19 janvier 2026, étendu le 3 juillet 2026, transports en sus.
  • Compensation de 3 537 € pour un stage de six mois, pour la seule année universitaire 2026-2027 (arrêté du 31 juillet 2026, applicable au 1er septembre).
  • Pas d’agrément de maître de stage, pas de compensation : à vérifier avant de signer la convention.
  • Versement par la CPAM après le stage, sur dossier complet : fiches de paie, convention, attestation, agrément.
  • Dès 2027-2028, le forfait laisse place au calcul mensuel de droit commun prévu par l’arrêté : ne bâtis pas ton budget récurrent sur le forfait de cette année.

Les questions qui reviennent

Un adjoint peut-il encadrer le stagiaire ?

Oui, à condition d’être agréé maître de stage par décision du directeur général de l’ARS. L’agrément est attaché au pharmacien encadrant, pas à l’officine : si celui qui est agréé quitte l’équipe en cours de stage, la situation doit être régularisée.

Le stagiaire s’absente plusieurs semaines, que devient la compensation ?

Elle est réduite proportionnellement aux heures non gratifiées, sur une base de référence de 910,02 heures pour six mois. Si la gratification est maintenue pendant l’absence, le calcul n’est pas affecté.

Ce dispositif concerne-t-il les préparateurs en apprentissage ?

Non. Il vise les étudiants en DES de pharmacie officinale, dans le cadre de la réforme du troisième cycle. L’apprentissage en DEUST relève d’un tout autre régime, avec ses propres aides (voir la grille des salaires en officine).

Faut-il déclarer quelque chose à l’Ordre ?

La compensation relève de l’Assurance maladie, pas de l’Ordre. En revanche, l’agrément de maître de stage et la convention de stage suivent leur circuit habituel avec l’ARS et l’UFR.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie

Trois choses à faire cette semaine si tu accueilles un stagiaire : vérifier l’agrément de maître de stage, ouvrir le dossier CPAM dès le premier jour, et prévenir la trésorerie que près de 6 700 € bruts sortent avant que 3 537 € ne rentrent. Le stage de 6e année reste le meilleur canal de recrutement de la profession : il mérite d’être budgété comme tel, pas subi comme une charge découverte sur une fiche de paie.

Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.

Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.

Cet article t’a été utile ?

Retour anonyme, en un clic.