
« Deux personnes viennent de se présenter : pharmaciens inspecteurs de l’ARS. La titulaire est en réunion à l’extérieur. Je fais quoi, moi, là, tout de suite ? »Sam, préparateur · un jeudi, 9 h 40
On accueille, on prévient le pharmacien présent, et on coopère : l’inspection peut être inopinée, c’est prévu par les textes. La bonne nouvelle, c’est qu’une officine tenue au quotidien n’a rien à craindre : les points contrôlés sont connus, et un outil d’auto-évaluation officiel permet de s’y préparer toute l’année. Voici le déroulé, la check-list et les suites possibles.
Qui inspecte, et comment ça se passe
Les pharmaciens inspecteurs de santé publique et inspecteurs des ARS contrôlent le respect de la réglementation (code de la santé publique). Ils peuvent intervenir dans les locaux de 8 h à 20 h (et en dehors de ces heures quand l’officine est ouverte au public ou qu’une activité y est en cours, une garde par exemple), de façon programmée ou inopinée. Pendant la visite : présentation des documents demandés, visite des locaux, entretiens. Ensuite, la procédure est contradictoire : un rapport provisoire liste les écarts et remarques, l’officine dispose du délai fixé par l’ARS (de quelques jours à quelques semaines selon l’urgence) pour répondre avec justificatifs et corrections déjà réalisées, puis le rapport définitif est établi et l’ARS notifie les mesures et les délais.
Ce qui est réellement contrôlé
- Présence pharmaceutique effective à toute heure d’ouverture, inscriptions à l’Ordre (titulaire, adjoints), adéquation des effectifs à l’activité.
- Registres et traçabilité : registre des stupéfiants, ordonnancier, enregistrements des retraits de lots, mentions de délivrance.
- Chaîne du froid : enceinte dédiée, relevés de température tenus, conduite en cas d’excursion.
- Stocks : absence de périmés en rayon, zone de quarantaine, gestion des retours et des médicaments non utilisés.
- Locaux : espace de confidentialité, accès direct conforme, zones de stockage, hygiène, préparatoire le cas échéant.
- Affichages obligatoires : pharmacie de garde, prix et honoraires, informations patients.
- Communication : vitrine, site, respect des règles de publicité.
S’y préparer toute l’année : l’auto-évaluation
L’Ordre met à disposition la démarche qualité à l’officine (demarchequaliteofficine.fr) : une auto-évaluation en ligne de 48 questions sur 4 thèmes, à refaire au moins une fois par an, qui produit un bilan et un plan d’action. C’est l’outil idéal pour transformer la crainte de l’inspection en routine d’équipe : un point du référentiel passé en revue chaque mois, et le tour est joué.
Les suites possibles
Selon la gravité : simples recommandations (améliorations sans texte opposable), injonctions de mise en conformité avec délai, mesures de police administrative, saisine de la chambre de discipline de l’Ordre, signalement au procureur pour les faits pénaux, information des caisses en cas d’anomalies de facturation (avec récupération d’indus). La plupart des inspections se soldent par des demandes correctives : y répondre point par point, dans les délais, avec preuves, est la meilleure défense.
Le récap au comptoir
| Le moment | Les bons gestes |
|---|---|
| Toute l’année | Auto-évaluation annuelle (48 questions), registres à jour, relevés de température tenus, tri des périmés tracé. |
| Le jour J | Accueillir, vérifier la qualité des inspecteurs, prévenir le pharmacien, fournir les documents, ne rien dissimuler. |
| Après la visite | Répondre au rapport provisoire dans le délai, corriger vite, joindre les preuves de chaque correction. |
| En continu | Un référent qualité dans l’équipe et un point mensuel de 15 minutes sur un thème du référentiel. |
Faire obstacle à une inspection est pénalement sanctionné : la coopération est la règle, la préparation fait le reste.
Les questions qui reviennent
L’inspection est-elle toujours inopinée ?
Non, elle peut être programmée ou inopinée. Dans les deux cas, les inspecteurs peuvent intervenir de 8 h à 20 h (et au-delà quand l’officine est ouverte ou qu’une activité est en cours) et demander tout document utile. Une officine bien tenue n’a pas besoin de préavis.
Quels sont les écarts les plus fréquents ?
Registres incomplets (stupéfiants notamment), relevés de température absents ou troués, périmés retrouvés en rayon, affichages manquants, traçabilité des retraits de lots non démontrable, confidentialité insuffisante. Tous se corrigent par de la routine d’équipe.
Le préparateur peut-il répondre aux inspecteurs ?
Il peut accueillir, faciliter la visite et répondre factuellement sur son périmètre, mais c’est le pharmacien présent qui conduit l’échange. En l’absence du titulaire, l’adjoint prend le relais et le titulaire est prévenu immédiatement.
Un écart déjà corrigé peut-il quand même être sanctionné ?
Oui, une suite disciplinaire reste possible pour des manquements passés, mais la correction rapide et documentée pèse toujours en faveur de l’officine dans l’appréciation des suites.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie
Le secret d’une inspection sereine tient en une phrase : tout ce qui se fait se trace, tout ce qui se trace se retrouve. Registres à jour, températures relevées, périmés triés, preuves classées. L’auto-évaluation annuelle de l’Ordre est gratuite et prend moins d’une heure : c’est la meilleure assurance anti-sueurs froides que je connaisse.
Sources
- Ordre national des pharmaciens, La qualité à l’officine (inspections et auto-évaluation), consulté le 2 juillet 2026.
- Démarche Qualité Officine, Référentiel, auto-évaluation et guide pratique, consulté le 2 juillet 2026.
- ARS, Inspections, contrôles et évaluations : déroulement et suites, consulté le 2 juillet 2026.
- ARS Île-de-France, Précis de réglementation applicable à l’officine, consulté le 2 juillet 2026.
Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.
Repères pour professionnels : vérifier les textes en vigueur et les référentiels de l’Ordre ; cette page ne remplace pas l’analyse de votre situation par votre conseil habituel.