Nicardipine
L'essentiel
Inhibiteur calcique de la famille des dihydropyridines, à action surtout vasculaire : il dilate les artères et fait baisser la pression. Au comptoir, tu le croises essentiellement sous forme orale à libération prolongée dans l’hypertension artérielle. La forme injectable, elle, reste hospitalière : urgences et poussées hypertensives menaçant le pronostic vital, sous surveillance étroite. C’est un traitement de fond, jamais un médicament de la crise aiguë à prendre soi-même. Attention au réflexe : ce n’est pas un anti-angineux que l’on délivre pour prévenir l’angine de poitrine ; chez le coronarien, c’est même une molécule à manier avec prudence (voir le réflexe sécurité).
Posologie
- Adulte (forme LP orale, hypertension) : le plus souvent autour de 100 mg/jour répartis en 2 prises (matin et soir), la posologie étant ajustée par le prescripteur selon la tension et la tolérance. Se reporter au RCP de la spécialité délivrée.
- Modalités de prise : avaler la gélule ou le comprimé LP entier, sans l’ouvrir, l’écraser ni le croquer, sous peine de libérer toute la dose d’un coup.
- Régularité : prises à heures fixes, sans interrompre brutalement le traitement même si la tension paraît normalisée.
- Sujet âgé, insuffisance rénale ou hépatique : initiation prudente et adaptation possible par le prescripteur ; en cas de doute, renvoyer au RCP.
Pense terrain cardiaque avant tout. La nicardipine est contre-indiquée dans l’angor instable, dans les suites immédiates d’un infarctus et en cas de rétrécissement aortique serré. Comme toutes les dihydropyridines à action rapide, elle peut, par tachycardie réflexe, aggraver un angor préexistant. Si une personne signale une douleur thoracique nouvelle ou qui s’aggrave depuis le début du traitement, on ne banalise pas : on oriente vers le médecin, voire les urgences si la douleur est aiguë.
Interactions
- Pamplemousse (jus et fruit) : inhibe le métabolisme (CYP3A4) et augmente l’exposition à la nicardipine, donc l’effet hypotenseur. À déconseiller pendant le traitement.
- Autres antihypertenseurs et dérivés nitrés : addition des effets sur la tension, majoration du risque d’hypotension. Surveillance attendue, surtout en début ou changement de traitement.
- Inhibiteurs ou inducteurs du CYP3A4 (certains antifongiques azolés, macrolides, antirétroviraux, millepertuis, etc.) : variation des concentrations de nicardipine, dans un sens ou dans l’autre.
- Bêtabloquants, et a fortiori les inhibiteurs calciques bradycardisants (vérapamil, diltiazem) : vigilance sur la fonction cardiaque, risque de décompensation ; en cas d’association inhabituelle, vérifier l’intention du prescripteur.
Grossesse / allaitement
- Grossesse : la nicardipine peut être utilisée en milieu hospitalier dans des situations encadrées (poussées hypertensives sévères de la grossesse), mais en seconde intention et sous surveillance étroite, des cas d’œdème aigu du poumon ayant été rapportés. Cette décision relève strictement du suivi spécialisé. Hors de ce cadre, on renvoie au prescripteur et au RCP.
- Allaitement : données limitées ; l’usage se décide au cas par cas avec le médecin. Ne rien affirmer au comptoir, orienter vers l’avis médical.
Conseils de comptoir
- Forme LP, on n’y touche pas : ne jamais ouvrir, écraser ni croquer une gélule ou un comprimé LP. Casser la libération prolongée transforme une dose étalée sur la journée en pic brutal, avec chute de tension et tachycardie réflexe. Si la personne a du mal à avaler, on ne bricole pas : on rappelle le prescripteur pour une forme adaptée.
- Effets liés à la vasodilatation, fréquents en début de traitement et souvent transitoires : bouffées de chaleur, rougeur du visage, maux de tête, sensation de jambes lourdes. Rassurer sans banaliser, et signaler si cela persiste.
- Œdèmes des chevilles : gonflement des membres inférieurs classique avec les dihydropyridines. Ce n’est pas une rétention d’eau qu’un diurétique réglera forcément ; si c’est gênant, en parler au médecin (parfois adaptation ou changement de molécule).
- Prévenir des sensations de vertige ou d’étourdissement, surtout en se levant : se lever doucement, attention au début de traitement et chez la personne âgée.
- Ne jamais arrêter seul un traitement antihypertenseur : une tension qui redescend, c’est le médicament qui fait son travail, pas un signe qu’on peut s’en passer. Encourager le suivi de la tension et l’observance, l’effet protecteur ne se ressentant pas.
Teste-toi
Mémo
Nicardipine = une dihydropyridine en -dipine : ça dilate les artères. D’où le trio à connaître au comptoir : rougeurs et maux de tête au départ, œdèmes des chevilles ensuite, et jamais on ne casse le LP. Et côté terrain, on garde en tête que ce n’est pas un ami du cœur ischémique : prudence chez le coronarien. Le pamplemousse, lui, reste au placard.
À voir aussi
Inhibiteurs calciques :
Et dans la même aire (Cardio) :
Références bibliographiques
- RCP Nicardipine, Base de données publique des médicaments (ANSM/HAS) Consulter (nouvel onglet)
- HAS, Prise en charge de l'hypertension artérielle de l'adulte (fiche mémo) Consulter (nouvel onglet)
- Thésaurus des interactions médicamenteuses, ANSM Consulter (nouvel onglet)
- Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), médicaments et grossesse / allaitement Consulter (nouvel onglet)
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