
« Le délégué du labo m’a laissé un plan d’implantation pour mettre toute sa gamme à hauteur des yeux. On fait vraiment ce qu’on veut avec les rayons, ou il y a des règles ? »Sam, préparateur · un lundi de réimplantation
Il y a des règles, et elles sont plus précises qu’on ne le croit. L’espace de vente d’une officine, c’est deux mondes qui cohabitent : le médicament, très encadré, et la parapharmacie, où le merchandising s’applique presque comme ailleurs. Voici la ligne de partage, les obligations d’affichage, et les repères du facing qui font vendre sans rien enfreindre.
Le médicament en libre accès : un espace, une liste, un regard
Depuis le décret n° 2008-641 du 30 juin 2008, certains médicaments peuvent être présentés devant le comptoir, en accès direct. Mais pas n’importe comment :
- Uniquement les médicaments de la liste publiée par l’ANSM (médication officinale), plus les tests de grossesse et d’ovulation.
- Dans un espace dédié et clairement identifié, distinct de la parapharmacie.
- À proximité immédiate des postes de dispensation et d’alimentation du dossier pharmaceutique, pour permettre le contrôle effectif du pharmacien : le libre accès ne supprime pas le conseil.
- C’est une démarche volontaire du titulaire : rien n’oblige à en mettre.
Tout le reste du médicament reste derrière le comptoir, hors de portée du public.
Les prix : l’obligation qu’on oublie le plus
L’arrêté du 28 novembre 2014, qui a remplacé celui du 26 mars 2003, impose que le prix TTC de tout médicament non remboursable exposé à la vue du public soit visible et lisible par le consommateur, par étiquetage ou affichage. La DGCCRF le rappelle : cela vaut aussi pour les boîtes visibles derrière le comptoir. Pour les médicaments non exposés, le prix figure sur le conditionnement ou dans un catalogue des prix consultable. Le même arrêté impose que les honoraires de dispensation soient portés à la connaissance des patients (affichage ou catalogue).
Le facing, la science des étagères
Le facing, c’est le nombre de faces d’un même produit visibles de front. Les repères professionnels du merchandising officinal, valables côté parapharmacie et accès direct :
- Le niveau des yeux (environ 1,30 m à 1,70 m) est la zone en or : on y place les meilleures ventes et les produits à forte valeur. Le niveau des mains suit ; le sol accueille les grands formats, le haut les compléments de gamme.
- Un facing isolé est invisible : les repères du métier recommandent au moins 3 à 4 facings pour les leaders d’un univers.
- Zones chaudes (entrée, allées principales, abords du comptoir) pour le saisonnier et les nouveautés ; zones froides pour les produits que le patient viendra chercher de toute façon.
- La rotation saisonnière (solaires, antimoustiques, immunité, allergies) et le regroupement de produits complémentaires font le panier moyen.
La règle d’or : on implante d’après les ventes réelles de ton LGO, pas d’après le plan du laboratoire. Le linéaire appartient à l’officine, pas à la marque.
Ce que la déontologie encadre
Le nouveau code de déontologie (décret n° 2026-156 du 3 mars 2026) autorise la mise en avant des produits hors monopole, mais maintient les garde-fous : aucune incitation à une consommation excessive ou inappropriée de médicaments, pas de mécanique promotionnelle ni de fidélisation sur les produits du monopole, tact, mesure et dignité de la profession. Une tête de gondole « -30 % » sur un solaire, oui ; sur un antalgique, jamais.
Le récap au comptoir
| La zone | Ce qu’on y met |
|---|---|
| Espace accès direct (près des comptoirs) | Médicaments de la liste ANSM uniquement, espace identifié, sous le regard de l’équipe. |
| Niveau des yeux (1,30 m à 1,70 m) | Meilleures ventes et produits à forte valeur, 3 à 4 facings pour les leaders. |
| Zones chaudes (entrée, allées, abords du comptoir) | Saisonnier, nouveautés, animations parapharmacie. |
| Zones froides (fond, angles) | Produits d’obligation, références basiques recherchées. |
| Derrière le comptoir | Médicaments hors liste. Prix visibles pour toute boîte non remboursable exposée à la vue du public. |
Les niveaux et nombres de facings sont des repères professionnels, pas des normes : c’est l’historique de ventes du LGO qui tranche.
Les questions qui reviennent
Le laboratoire propose de réimplanter le rayon gratuitement, j’accepte ?
Tu peux écouter, mais la décision d’implantation reste celle de l’officine, sur ses propres données de vente. Un plan de marque sert d’abord la marque ; ton linéaire doit servir le patient et l’officine.
Je peux mettre des médicaments en vitrine ?
La vitrine valorise plutôt les services, la prévention et la parapharmacie. Si un médicament non remboursable est exposé à la vue du public, son prix doit être visible et lisible, et toute mise en scène incitative est à proscrire.
Une promotion « 2 achetés, 1 offert » sur l’accès direct ?
Non. L’accès direct reste du médicament : aucune incitation à la consommation. Les mécaniques promotionnelles se réservent aux produits hors monopole, parapharmacie en tête, dans le respect du code de la consommation.
Qui contrôle tout ça ?
Les pharmaciens inspecteurs de l’ARS lors des inspections (implantation de l’accès direct, affichage des prix) et la DGCCRF pour l’information sur les prix. Les manquements d’affichage sont parmi les écarts les plus faciles à éviter.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie
Trois règles pour un espace de vente carré : l’accès direct, c’est la liste ANSM près du comptoir et rien d’autre ; un prix visible pour toute boîte non remboursable visible ; et le facing se décide sur tes chiffres, pas sur le plan du délégué. Le merchandising a toute sa place en officine, tant que le médicament reste un produit de santé, pas un produit d’appel.
Sources
- Ordre national des pharmaciens, La mise en accès direct des produits de santé du monopole pharmaceutique, consulté le 2 juillet 2026.
- Légifrance, Arrêté du 26 mars 2003 relatif à l’information du consommateur sur les prix des médicaments non remboursables (abrogé et remplacé par l’arrêté du 28 novembre 2014, qui reprend et complète ses règles), consulté le 2 juillet 2026.
- DGCCRF, Affichage des prix des médicaments en pharmacie : les règles à connaître, consulté le 2 juillet 2026.
- ANSM, Médicaments en accès direct : informations pour les professionnels de santé, consulté le 2 juillet 2026.
- Légifrance, Décret n° 2026-156 du 3 mars 2026 modifiant le code de déontologie des pharmaciens, consulté le 2 juillet 2026.
Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.
Repères pour professionnels : vérifier les textes en vigueur et les recommandations de l’Ordre avant toute mise en avant en espace de vente.