
« Une patiente sous nomégestrol depuis des années, ordonnance de renouvellement en règle… mais pas d’attestation dans le dossier. Elle me dit que personne ne lui en a jamais parlé. Je délivre ou pas ? »Sam, préparateur · un mardi de juillet
Non, pas en l’état : pour plusieurs progestatifs, la délivrance est conditionnée à une attestation annuelle d’information cosignée par le prescripteur et la patiente (dès la première boîte pour l’acétate de cyprotérone, au-delà d’un an de traitement pour les autres). Des règles ANSM déployées entre 2019 et 2024, liées au risque de méningiome, et qui se jouent en grande partie au comptoir. Le point complet.
Les molécules concernées
- Acétate de cyprotérone 50 ou 100 mg (Androcur et génériques) : le régime le plus strict, en place depuis 2019 : attestation annuelle cosignée exigée pour toute délivrance, dès la première boîte.
- Acétate de nomégestrol (Lutényl et génériques) et acétate de chlormadinone (Lutéran et génériques), soumis à attestation depuis 2021-2022, rejoints par la médrogestone (Colprone) et l’acétate de médroxyprogestérone injectable (Depo-Provera) dans le dispositif harmonisé applicable au 1er juillet 2024 (publication ANSM du 28 juin) : attestation annuelle exigée pour les traitements de plus d’un an ; en deçà, la mention « traitement inférieur à 1 an » portée sur l’ordonnance par le prescripteur permet la délivrance.
Le principe est commun : ces progestatifs exposent, en usage prolongé, à un sur-risque de méningiome, et l’information de la patiente doit être tracée. Seul le déclencheur de l’attestation change d’une molécule à l’autre.
Ce que tu vérifies au comptoir
- Cyprotérone ? Attestation cosignée à chaque délivrance, quelle que soit l’ancienneté du traitement. Autre molécule de la liste ? Attestation dès que le traitement dépasse un an ; en deçà, vérifier la mention « traitement inférieur à 1 an » sur l’ordonnance. Sans le bon document, pas de délivrance : on contacte le prescripteur, sans dramatiser au comptoir.
- Première délivrance ? On s’assure que la patiente a reçu le document d’information sur le risque de méningiome ; il est remis par le prescripteur à l’initiation comme au renouvellement, et le pharmacien peut le redonner.
- Le suivi IRM relève du prescripteur, selon le calendrier ANSM : IRM à l’initiation pour la cyprotérone, à un an de poursuite pour les autres molécules (d’emblée en cas de facteur de risque), puis à 5 ans, puis tous les 2 ans ; et IRM sans attendre si des signes apparaissent. Au comptoir, on n’exige pas le compte rendu d’IRM : on vérifie l’attestation, qui prouve que l’information et le cadre de suivi ont été discutés avec le prescripteur.
- Signes d’appel à connaître : maux de tête persistants, troubles de la vision, du langage, de l’audition, de la mémoire : orientation médicale, même si le traitement est arrêté depuis longtemps.
En parler sans affoler
Le risque est identifié, encadré, et il diminue à l’arrêt du traitement. Le message qui tient en une phrase : « Ce traitement demande un point annuel avec votre médecin, c’est le papier qu’on doit voir chaque année. » Jamais d’arrêt brutal conseillé au comptoir : la conduite se décide avec le prescripteur. À noter : l’ANSM a aussi publié fin 2024 des données sur certains progestatifs utilisés en contraception orale, puis des recommandations de bon usage et de suivi en mars 2025 (désogestrel, certaines associations, implant) ; à ce stade, pas de nouvelle condition de délivrance. On s’en tient aux règles en vigueur, et on surveille les mises à jour (des documents administratifs sur le Depo-Provera ont encore été mis en ligne par l’ANSM début juillet 2026, sans nouveau cadre de délivrance).
Le récap au comptoir
| La situation | Le réflexe |
|---|---|
| Renouvellement d’un traitement > 1 an, attestation présente et datée de moins d’un an | Délivrance normale ; on garde le réflexe des signes d’appel. |
| Renouvellement > 1 an, pas d’attestation | Pas de délivrance en l’état : appel au prescripteur pour régulariser, explication posée à la patiente. |
| Initiation de traitement | Cyprotérone : attestation dès la première délivrance. Autres molécules : document d’information remis, mention « traitement inférieur à 1 an » sur l’ordonnance. |
| Maux de tête inhabituels, troubles visuels sous traitement | Orientation médicale sans délai : signes d’appel à prendre au sérieux, même après l’arrêt. |
Les documents officiels (attestations par molécule, fiches d’information patientes) sont disponibles sur le site de l’ANSM, régulièrement mis à jour.
Les questions qui reviennent
La patiente n’a jamais entendu parler de ce risque : on lui dit quoi ?
La vérité, posément : ce traitement est efficace, et il demande une information annuelle tracée parce qu’un risque de méningiome existe en usage prolongé. Le rendez-vous avec le médecin sert exactement à ça. Le comptoir informe, il n’alarme pas.
L’attestation vaut pour combien de temps ?
Un an : c’est une attestation annuelle, à renouveler chaque année de traitement (dès la première année pour la cyprotérone, à partir de la deuxième pour les autres molécules).
Et si la patiente refuse de retourner voir son médecin ?
La délivrance ne peut pas se faire sans l’attestation : c’est une condition réglementaire, pas un zèle de l’officine. On peut faciliter les choses : appel au cabinet, messagerie sécurisée, explication du caractère obligatoire.
Les pilules progestatives classiques sont-elles concernées ?
Non : les conditions renforcées de délivrance visent les cinq molécules citées. Pour certains progestatifs contraceptifs, l’ANSM a publié des données en 2024 puis des recommandations de suivi en 2025, sans nouvelle obligation de délivrance à ce jour : on suit les mises à jour officielles.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie
L’attestation n’est pas une paperasse : c’est la preuve qu’une patiente sait ce qu’elle prend. Le jour où elle manque, le comptoir ne bloque pas « pour le principe » : il rattrape une information qui s’est perdue quelque part entre le cabinet et la boîte. Vérifier ce papier, c’est exactement notre métier.
Sources
- ANSM, courrier aux professionnels de santé « Progestatifs et méningiome » (juin 2024), consulté le 31 juillet 2026.
- ANSM, fiche professionnel de santé « Progestatifs et méningiome » (28 juin 2024 : attestations et calendrier IRM), consultée le 31 juillet 2026.
- ANSM, acétate de cyprotérone (Androcur et génériques) : renforcement de l’information sur le risque de méningiome (2019), consulté le 31 juillet 2026.
- ANSM, documents transmis le 3 juillet 2026, Depo-Provera, consultés le 31 juillet 2026.
- ANSM, nouvelles données sur le risque de méningiome et progestatifs en contraception orale, consultées le 31 juillet 2026.
Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.
Repères pédagogiques pour professionnels : toujours vérifier le RCP et les recommandations en vigueur.