
« Plus une boîte du 100 mg habituel de mon patient sous stent, et le grossiste ne promet rien. J’ai le 75 mg d’une autre marque sous la main. J’ai le droit de dépanner, ou pas ? »Sam, préparateur · un jeudi de juillet
Depuis le 29 juin 2026, la réponse est oui, dans un cadre précis : face aux fortes tensions sur l’acide acétylsalicylique gastrorésistant en prévention cardiovasculaire, l’ANSM autorise à titre exceptionnel et temporaire le remplacement entre spécialités, sans nouvelle ordonnance, y compris entre les dosages 75 et 100 mg. L’enjeu est simple : qu’aucun patient n’interrompe son antiagrégant. Voici le mode d’emploi.
Le contexte : des tensions jusqu’à début 2027
Des difficultés de production chez un laboratoire entraînent, par report, de fortes tensions sur l’ensemble des comprimés gastrorésistants d’acide acétylsalicylique dosés à 75 mg et 100 mg, utilisés en prévention cardiovasculaire. Le laboratoire concerné estime le retour à la normale de ses approvisionnements début 2027. D’ici là, la consigne au comptoir tient en deux messages : on ne laisse personne sans traitement, et on n’arrête jamais un antiagrégant sans avis médical.
Ce que l’ANSM autorise
- Remplacer une spécialité par une autre de même dosage (75 mg par 75 mg, 100 mg par 100 mg), sans nouvelle ordonnance, même en l’absence de groupe générique au répertoire.
- Si aucun dosage équivalent n’est disponible : appliquer strictement le tableau de remplacement de l’ANSM : 75 mg/j remplacé par 100 mg/j ; 100 mg/j remplacé par 75 mg/j ; et 2 × 75 mg/j (soit 150 mg/j) remplacé par 100 mg/j, et non par 2 × 100. On délivre le nombre de boîtes nécessaire à cette posologie, sans équivalence libre en milligrammes.
Les trois obligations qui vont avec
- Inscrire sur l’ordonnance le nom du médicament réellement délivré ainsi que la posologie correspondante.
- Informer le prescripteur du remplacement, par tout moyen à ta disposition.
- Informer le patient : ce qui change (nom de boîte, éventuellement nombre de comprimés), ce qui ne change pas (le traitement continue), et la consigne de consulter en cas d’effet inhabituel.
Et le message de fond, à marteler : on n’arrête jamais son antiagrégant de sa propre initiative. Une interruption expose à un risque de thrombose bien supérieur au désagrément d’un changement de boîte.
Le récap au comptoir
| La situation | Le geste |
|---|---|
| Spécialité prescrite indisponible, même dosage en stock | Remplacement autorisé sans nouvelle ordonnance ; nom délivré inscrit sur l’ordonnance. |
| Aucun dosage équivalent disponible | Tableau ANSM strict : 75 mg/j remplacé par 100 mg/j ; 100 mg/j par 75 mg/j ; 2 × 75 mg/j par 100 mg/j. |
| Après chaque remplacement | Prescripteur informé par tout moyen, patient informé, consigne « ne pas arrêter » répétée. |
| Rien en stock du tout | Recherche confraternelle, contact du prescripteur : jamais d’interruption sèche d’un antiagrégant. |
La mesure est exceptionnelle et temporaire, liée à la tension : les tableaux de correspondance de l’ANSM font foi.
Les questions qui reviennent
Je passe de 100 mg à 75 mg : la dose n’est plus la même ?
Oui, et c’est prévu : le tableau de l’ANSM fixe la nouvelle posologie (100 mg/j remplacé par 75 mg/j, 2 × 75 mg/j par 100 mg/j…), sans équivalence libre en milligrammes. On inscrit cette posologie sur l’ordonnance et, au moindre doute clinique (double antiagrégation, antécédent hémorragique), on appelle le prescripteur.
Le patient doit-il repasser chez le médecin ?
Non, c’est tout l’intérêt de la mesure : pas de nouvelle ordonnance exigée. Le prescripteur est informé par le pharmacien, et le patient le verra au rythme habituel de son suivi.
Ça concerne aussi l’aspirine à dose antalgique ?
Non : la mesure vise uniquement les comprimés gastrorésistants de 75 et 100 mg utilisés comme antiagrégants en prévention cardiovasculaire. Formes antalgiques, effervescentes ou autres dosages : règles habituelles.
Que dire au patient inquiet de changer de boîte ?
Que la substance active est la même (acide acétylsalicylique), que le changement est encadré par l’agence du médicament, et que le vrai risque serait d’arrêter. S’il remarque un effet inhabituel, il consulte.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie
Une tension sur un antiagrégant, c’est le scénario où le comptoir sauve des situations : le cadre ANSM nous donne la main pour remplacer sans renvoyer le patient chez le médecin. Trois gestes et pas un de moins : j’inscris ce que je délivre sur l’ordonnance, je préviens le prescripteur, j’explique au patient. Et je répète la seule phrase qui compte : on n’arrête pas.
Sources
- ANSM, « Fortes tensions d’approvisionnement sur les comprimés gastro-résistants à base d’acide acétylsalicylique (aspirine) 75 mg et 100 mg » (29 juin 2026), consulté le 16 juillet 2026.
- ANSM, Recommandation de remplacement établie en application du V de l’article L. 5125-23 du code de la santé publique (29 juin 2026), consulté le 16 juillet 2026.
- Vidal, Tension en comprimé gastrorésistant d’acide acétylsalicylique : ce que les pharmaciens sont autorisés à faire, consulté le 16 juillet 2026.
- Le Moniteur des pharmacies, Aspirine 75 mg et 100 mg : l’ANSM autorise la substitution, consulté le 16 juillet 2026.
- La Juste Dose, Pénuries de médicaments : la boîte à outils anti-ruptures.
Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.
Repères pédagogiques pour professionnels : appliquer les tableaux de correspondance de la recommandation ANSM en vigueur et vérifier ses mises à jour.