
« Une maman arrive avec une ordonnance pour un anticorps dont je n’avais jamais entendu le nom, et elle me demande si je peux piquer le bébé tout de suite. »Sam, préparateur · un lundi de rentrée
La campagne de prévention des infections à VRS démarre le 14 septembre 2026 en France métropolitaine. Deux nouveautés cette saison : un deuxième anticorps monoclonal disponible en ville, et un remboursement passé à 65 %. Voici le circuit exact, et les deux points où le comptoir se fait piéger.
Le calendrier de la campagne
La Direction générale de la santé a fixé le cadre dans un DGS-Urgent daté du 10 août 2026. La prise en charge démarre en même temps que la campagne sur chaque territoire.
| Territoire | Début de campagne |
|---|---|
| France métropolitaine | 14 septembre 2026 (fin le 28 février 2027) |
| Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy | 31 août 2026 au 28 février 2027 |
| La Réunion | 28 septembre 2026 au 28 mars 2027 |
| Mayotte | 1er octobre 2026 au 31 mai 2027 |
| Guyane | Toute l’année, sans date de fin |
Trois anticorps, un vaccin maternel, deux circuits
La nouveauté de la saison, c’est l’arrivée d’Enflonsia (clésrovimab, MSD), qui rejoint Beyfortus (nirsévimab) et Synagis (palivizumab). Attention à ne pas tout mettre dans le même sac : Abrysvo n’est pas un anticorps mais un vaccin administré à la mère, et il ne suit pas les mêmes règles. Il faut aussi distinguer ce qui passe par l’officine de ce qui reste hospitalier.
| Produit | Schéma | Circuit |
|---|---|---|
| Beyfortus (nirsévimab) | Dose unique adaptée au poids : 50 mg en dessous de 5 kg, 100 mg à partir de 5 kg, en intramusculaire. Pour les enfants vulnérables abordant leur 2e saison : 200 mg en deux injections de 100 mg. | Ville et établissements de santé |
| Enflonsia (clésrovimab) : nouveau | Dose unique de 105 mg en intramusculaire, quel que soit le poids. | Ville et établissements de santé |
| Synagis (palivizumab) | Injection mensuelle de 15 mg/kg pendant la période à risque. | Établissements de santé uniquement |
| Abrysvo (vaccin maternel) | Une dose chez la femme enceinte, entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée. | Ville et établissements de santé. Le pharmacien peut le prescrire et l’administrer (c’est un vaccin, chez une adulte), mais la date de démarrage en ville varie selon les ARS : voir plus bas. |
Enflonsia et Beyfortus s’adressent à tous les nourrissons au cours de leur première saison d’exposition au VRS, avec ou sans facteur de risque. Le prescripteur choisit : les deux ne se cumulent pas.
Qui prescrit, qui administre, qui dispense
C’est là que les raccourcis circulent, y compris dans la presse professionnelle. Reprenons dans l’ordre, en s’en tenant à ce que disent les autorités.
- Prescription : médecin pour les deux anticorps. La sage-femme peut prescrire Beyfortus, mais pas Enflonsia : le décret n° 2023-878 du 14 septembre 2023 a ajouté le nirsévimab à la liste des médicaments qu’elle peut prescrire (article D.4151-31 du Code de la santé publique), et le clésrovimab n’y figure toujours pas. Certaines pages régionales présentent les deux produits sur le même plan : entre une page d’information et un décret, c’est le décret qui prime.
- Administration : médecins, sages-femmes et infirmiers, ainsi qu’en PMI (l’arrêté du 2 septembre 2024 n’y liste que le nirsévimab). Le pharmacien ne prescrit ni n’administre ces anticorps, et la raison n’est pas l’âge du nourrisson : ce sont des anticorps monoclonaux, pas des vaccins. La compétence vaccinale du pharmacien porte sur les vaccins listés par arrêté (article R.5125-33-8 du Code de la santé publique, dans sa rédaction issue du décret n° 2024-1132 du 4 décembre 2024) : elle ne couvre pas l’immunisation passive du nourrisson (voir le cadre 2026 de la vaccination à l’officine). Si un parent te demande de piquer le bébé, la réponse est non, et on oriente.
- Dispensation : c’est ton rôle. Beyfortus, Enflonsia et Abrysvo sont approvisionnés en ville par les circuits classiques, sur ordonnance nominative.
- Abrysvo, le cas à part : c’est un vaccin, donc le pharmacien habilité peut le prescrire et l’administrer à la femme enceinte entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée. La campagne démarre le 14 septembre en métropole, et l’ARS Île-de-France annonce la vaccination en pharmacie à partir de cette date. L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes indique en revanche un démarrage à partir d’octobre 2026 pour les pharmaciens, sages-femmes et infirmiers de ville : vérifie la consigne de ton ARS avant de proposer l’injection.
Le piège de la rentrée : une ordonnance de sage-femme pour Enflonsia
L’Ordre des sages-femmes a signalé le 2 septembre 2026 qu’Enflonsia n’est pas encore inscrit sur la liste des médicaments que les sages-femmes sont autorisées à prescrire, malgré une saisine déposée dès octobre 2025. Elles ne peuvent donc actuellement ni le prescrire ni l’administrer, alors qu’elles le peuvent pour Beyfortus. Si tu reçois une ordonnance de sage-femme pour Enflonsia, ce n’est pas une erreur de saisie : appelle la prescriptrice, la sortie la plus simple étant le plus souvent un basculement sur Beyfortus. Ce point peut évoluer : à revérifier avant de trancher.
Ce qui change côté remboursement
En ville, Beyfortus est passé de 30 % à 65 % au 31 août 2026. Enflonsia, lui, est inscrit d’emblée à 65 % (Journal officiel du 8 août 2026) : ce n’est pas un relèvement, c’est son taux d’entrée. À l’hôpital, la prise en charge est de 100 %.
Ne confonds pas les deux horloges. Le changement de taux du 31 août n’ouvre pas la campagne : en métropole, l’éligibilité démarre le 14 septembre. Entre les deux, le tarif est à jour mais le calendrier ne l’est pas encore (aux Antilles, la campagne est ouverte depuis le 31 août).
Le reste à charge en ville n’est pas anecdotique : Vidal indiquait au 27 août 2026 un prix public de 401,80 € TTC pour Enflonsia, identique à Beyfortus en 50 et 100 mg. Aucun des deux n’est le produit « cher » : ils sont au même tarif. Autant l’annoncer avant de commander, surtout si la famille pensait le produit gratuit parce qu’il est proposé en maternité.
Au comptoir, la routine qui sécurise
- Commande sur la base de l’ordonnance nominative, sans stock d’avance : à ce prix, avec cette chaîne du froid et cette péremption, on n’anticipe pas « au cas où ».
- Chaîne du froid : 2 à 8 °C, sans congélation, à l’abri de la lumière. Vérifie la durée de conservation hors réfrigérateur indiquée au RCP avant d’affoler une famille dont le rendez-vous est le lendemain : elle est de 48 heures à température ambiante pour ces deux produits. Cela n’autorise pas à laisser la boîte traîner sur le comptoir (voir la chaîne du froid, du frigo au sac du patient).
- Vérifie le dosage contre le poids pour Beyfortus : 50 ou 100 mg, c’est le seul des deux qui dépend du poids. Pour Enflonsia, 105 mg quel que soit le poids, donc pas de calcul.
- Explique où se fera l’injection et par qui : c’est la question numéro un des parents, et la source des retours au comptoir avec un produit sorti du frigo depuis deux heures.
- Rattrapage : les enfants nés entre le 21 février et le 13 septembre 2026 peuvent bénéficier d’une immunisation de rattrapage en ville. Ceux qui naissent à partir du 14 septembre se voient proposer une dose en maternité, ce qui n’exclut pas un passage par l’officine si elle n’a pas été faite.
Ce que la donnée dit de l’efficacité
Ce n’est pas un pari, mais les chiffres méritent d’être cités exactement. Pour la saison 2023-2024, Santé publique France et l’Institut Pasteur ont estimé l’efficacité du nirsévimab entre 75,9 et 80,6 % contre les bronchiolites à VRS chez les nourrissons admis en réanimation, et à environ 5 800 le nombre d’hospitalisations évitées après passage aux urgences (intervalle de 3 700 à 7 800, France métropolitaine). Dire « 80 % contre les formes graves » serait déjà surpromettre : l’indicateur porte sur les admissions en réanimation. C’est l’argument à donner aux parents hésitants, sans en faire un bouclier contre tous les rhumes de l’hiver.
À retenir
- Campagne du 14 septembre 2026 au 28 février 2027 en métropole, prise en charge à partir de la même date.
- Enflonsia (clésrovimab) rejoint Beyfortus : dose unique de 105 mg sans calcul de poids, contre 50 ou 100 mg selon le poids pour Beyfortus.
- Les anticorps, tu les dispenses sans les administrer : l’injection revient au médecin, à la sage-femme, à l’infirmier ou à la PMI. Abrysvo, le vaccin de la femme enceinte, tu peux le prescrire et l’administrer, à la date d’ouverture fixée par ton ARS.
- Beyfortus à 65 % en ville depuis le 31 août 2026, Enflonsia à 65 % d’emblée : mais l’éligibilité à la campagne, elle, n’ouvre que le 14 septembre en métropole.
- Une ordonnance de sage-femme pour Enflonsia sort de son périmètre à ce jour (le décret ne liste que le nirsévimab) : appelle la prescriptrice.
Les questions qui reviennent
Beyfortus ou Enflonsia, lequel conseiller ?
Ce n’est pas au comptoir de trancher : les deux sont recommandés pour tous les nourrissons lors de leur première saison, et le choix revient au prescripteur. Ton rôle est de délivrer le produit prescrit, au bon dosage, et de signaler une incohérence entre le poids de l’enfant et le dosage de Beyfortus.
Le bébé a déjà reçu une dose en maternité, faut-il refaire une injection ?
Non. L’immunisation est une dose unique pour la saison (hors schéma spécifique de deuxième saison chez les enfants vulnérables, sur prescription). Si l’ordonnance semble faire doublon avec une dose reçue en maternité, vérifie le carnet de santé et appelle le prescripteur.
Puis-je garder une boîte d’avance pour dépanner ?
Ce n’est pas la bonne pratique : on commande sur la base de l’ordonnance nominative. À plus de 400 € la boîte, avec une conservation au froid et une péremption à surveiller, une réserve « au cas où » se transforme vite en perte sèche.
La mère a été vaccinée par Abrysvo pendant la grossesse, faut-il quand même immuniser le bébé ?
Les deux stratégies existent et ne s’additionnent pas systématiquement : c’est une décision médicale, prise selon le moment de la vaccination maternelle et la situation de l’enfant. Oriente vers le prescripteur plutôt que de trancher au comptoir.

La juste doserelu et validé par Joseph Hobekkaya, docteur en pharmacie
Retiens trois lignes : Enflonsia, c’est 105 mg sans calcul ; Beyfortus, c’est 50 ou 100 mg selon les 5 kg ; et l’injection de l’anticorps ne se fait pas à l’officine. Le reste, c’est du froid bien géré et une famille correctement prévenue du reste à charge. Une stratégie créditée d’environ 5 800 hospitalisations évitées en une saison mérite qu’on soigne la logistique autant que le discours.
Sources
- Vaccination Info Service (professionnels), campagne de vaccination et d’immunisation VRS 2026-2027, d’après le DGS-Urgent du 10 août 2026, consulté le 8 septembre 2026.
- ARS Île-de-France, « Bronchiolite des nourrissons : la campagne de prévention 2026-2027 » (26 août 2026) : prescripteurs, administration, rattrapage, taux de prise en charge et vaccination par Abrysvo en pharmacie à partir du 14 septembre, consulté les 8 et 24 septembre 2026.
- ARS Auvergne-Rhône-Alpes, « Bronchiolite : mise en œuvre de la campagne d’immunisation 2026-2027 par les professionnels de santé » (21 septembre 2026) : en ville, démarrage à partir d’octobre 2026 pour les pharmaciens, sages-femmes et infirmiers, consulté le 24 septembre 2026.
- Vidal, « Enflonsia : nouvel anticorps monoclonal pour la prévention des bronchiolites du nourrisson » (27 août 2026) : posologie, remboursement et prix public, consulté le 8 septembre 2026.
- Ordre des sages-femmes, « CMV et bronchiolite : une liste de médicaments à mettre à jour » (2 septembre 2026), consulté le 8 septembre 2026.
- Décret n° 2023-878 du 14 septembre 2023 complétant l’article D.4151-31 du Code de la santé publique : ajout du nirsévimab à la liste des médicaments prescriptibles par les sages-femmes (le clésrovimab n’y figure pas), consulté le 8 septembre 2026.
- Santé publique France et Institut Pasteur, « Bronchiolite : deux études françaises démontrent l’efficacité du Beyfortus » (26 avril 2024) : efficacité en réanimation et hospitalisations évitées, saison 2023-2024, consulté le 8 septembre 2026.
- Le Moniteur des pharmacies, « La campagne VRS démarre le 14 septembre avec trois anticorps monoclonaux » (11 août 2026), consulté le 8 septembre 2026.
Thomas, Inès et Sam sont des personnages pédagogiques fictifs qui font vivre les situations de comptoir.
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